L’expérience tabagique chez les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans
1 février 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 30 janvier 2025
Temps de lecture : 4 minutes
Une étude publiée dans Tobacco Control s’intéresse à l’expérience tabagique de femmes lesbiennes, bisexuelles et transsexuelles. Alors que les résultats montrent que le tabagisme est vécu par les participantes comme un moyen d’expression de leur identité, et comme une manière de faire face à une expérience de marginalité et de stigmatisation, les auteurs soulignent la nécessité de développer une politique de sevrage inclusive et adaptée à ces populations.
L’étude se base sur 42 entretiens semi-directifs avec des femmes australiennes, fumeuses ou anciennement fumeuses. La plupart des personnes interrogées se déclaraient cisgenres (30), tandis qu’une minorité revendiquait une identité trans (8) ou non binaire (4)[1].
Une consommation étroitement liée à l’« expérience minoritaire »
La communauté LGBTQIA+ se caractérise par une prévalence tabagique plus élevée que la moyenne. Si cette situation peut en grande partie s’expliquer par les stratégies de ciblage de l’industrie du tabac, les auteurs de l’étude indiquent que le phénomène trouve également des explications culturelles et psychologiques, liées à l’« expérience minoritaire ». En effet, les entretiens menés montrent que les situations d’homophobies et de transphobies vécues par une partie des répondantes peuvent les conduire à la consommation tabagique, vécue comme un moyen de faire face à des émotions négatives. Si le tabagisme est perçu par certaines comme une aide susceptible de fournir un réconfort temporaire, d’autres répondantes voient la consommation de tabac comme une forme d’automutilation, généralement liée à des périodes de rejet d’elles-mêmes, et de non-acceptation de leur identité.
Un moyen d’expression de genre et d’appartenance communautaire
Les différents entretiens menés par les chercheurs permettent également de montrer que le tabagisme est vécu par les répondantes comme un moyen d’expression de genre, ou comme une forme de rébellion vis-à-vis des normes sociétales et sexuelles. Autrement dit, fumer est pour une partie des femmes cisgenres une manière d’explorer et d’affirmer leur identité de genre, via la consommation de cigarettes perçues comme « élégantes », et associées à un univers féminin. A l’inverse, les personnes transgenres ou lesbiennes vont davantage avoir tendance à adopter le tabagisme comme un moyen d’expression de masculinité, et ainsi défier les normes hétérosexuelles. Enfin, l’étude montre que le tabagisme est vécu par la communauté LGBTQIA+ comme un vecteur de sociabilisation. Plus précisément, des répondantes soulignent que le tabagisme leur permet de sortir d’un sentiment d’isolement, la consommation de tabac étant perçue comme un « ticket d’entrée » dans une communauté, offrant la possibilité à ces personnes de se vivre « marginales ensemble ».
La nécessité de politiques de sevrage inclusives
La construction culturelle et identitaire des femmes ou de la communauté LGBT autour du tabagisme renvoie à une stratégie publicitaire et marketing de l’industrie du tabac, cherchant à faire de ses produits un symbole de liberté et d’émancipation. De ce fait, le fort ancrage du tabagisme dans ces univers symboliques se traduit par un coût sanitaire élevé auprès de ces populations. Bien que l’étude se base sur un nombre limité de répondants, ces résultats sont cohérents avec les enseignements de la littérature scientifique. Pour les auteurs, les résultats de cette étude soulignent notamment la nécessité de développer des messages sanitaires davantage adaptés à l’expérience et aux motivations de ces publics.
©Génération Sans TabacFT
[1] Grant R, Mooney-Somers J, McNair R, et al. Psychological, social and cultural influences on smoking among lesbian, bisexual and queer women, Tobacco Control Published Online First: 27 January 2025. doi: 10.1136/tc-2024-059039
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