Les Pays-Bas alertent sur de nouveaux sticks nicotinés fortement dosés

9 juin 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 5 juin 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Les Pays-Bas alertent sur de nouveaux sticks nicotinés fortement dosés

L’agence néerlandaise de santé publique (RIVM) alerte sur la dangerosité de nouveaux sticks contenant de la nicotine sans tabac, formulés à base de plantes comme le thé rooibos, qui dépassent largement les seuils réglementaires de nicotine inhalée. Ces produits, souvent utilisés avec des dispositifs de tabac chauffé, ne sont actuellement pas soumis aux mêmes restrictions que les produits du tabac, ce qui permet à l’industrie de contourner les interdictions européennes, notamment sur les arômes. Une interdiction urgente est requise[1].

Des sticks nicotinés contenant des doses élevées de nicotine

Dans un rapport publié le 5 juin 2025, le Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu (RIVM), l’agence néerlandaise de santé publique, alerte sur la composition préoccupante de nouveaux sticks nicotinés sans tabac. Destinés à être insérés dans des dispositifs de tabac chauffé, ces produits contiennent de la nicotine en quantité bien supérieure aux valeurs de référence établies pour une exposition sans risque.

L’étude révèle que certains de ces sticks peuvent libérer jusqu’à 5,4 mg de nicotine par unité, soit près de trois fois la dose maximale recommandée de 2 mg par session d’utilisation. Cette dose est considérée par les autorités sanitaires comme un seuil au-delà duquel les risques d’effets nocifs pour la santé augmentent significativement. Pour comparaison, la quantité de nicotine délivrée par une cigarette traditionnelle se situe en moyenne entre 1 et 2 mg.

Le RIVM souligne que cette exposition élevée à la nicotine augmente fortement le risque de dépendance, notamment chez les jeunes et les personnes n’ayant jamais fumé. En effet, la nicotine est une substance psychoactive puissante qui agit rapidement sur le système nerveux central, entraînant des effets de renforcement addictif comparables à ceux des autres drogues dures.

En plus de son potentiel addictif, la nicotine en forte dose peut provoquer des effets aigus tels que des palpitations, des nausées, des vertiges, des hausses de tension artérielle, et, à long terme, contribuer au développement de maladies cardiovasculaires et neurologiques.

Dans son avis, le RIVM conclut que la commercialisation de ces produits sans encadrement spécifique représente un risque pour la santé publique. L’agence recommande donc leur interdiction, en l’absence de normes précises régissant leur composition, leur mode d’administration et leur accessibilité.

Des produits non encadrés utilisés pour contourner la réglementation sur le tabac chauffé

L’émergence de ces sticks nicotinés sans tabac s’inscrit dans une stratégie plus large de contournement réglementaire de la part de l’industrie du tabac. Bien qu’ils soient conçus pour être utilisés dans les mêmes dispositifs que le tabac chauffé — tels que les IQOS — ces sticks ne contiennent techniquement pas de tabac. À ce titre, ils échappent aux restrictions juridiques strictes imposées par la directive européenne sur les produits du tabac (TPD), notamment en matière d’interdiction d’arômes attractifs, d’étiquetage, d’avertissements sanitaires ou d’évaluation préalable à la mise sur le marché.

Ce flou réglementaire offre à l’industrie un levier commercial important : elle peut continuer à proposer des produits au design attractif, souvent aromatisés, tout en se soustrayant aux obligations de transparence et aux restrictions de commercialisation imposées aux produits du tabac. Le RIVM souligne que ces sticks sont souvent présentés comme des « alternatives plus sûres » ou des produits « sans tabac », induisant en erreur les consommateurs sur leur dangerosité réelle, en particulier pour les jeunes.

Ce n’est pas la première fois que les fabricants exploitent les lacunes du cadre juridique. En 2023, plusieurs pays européens[2] alertaient déjà sur une tactique similaire, avec la commercialisation de recharges aromatisées sans tabac compatibles avec les dispositifs de tabac chauffé, juste après la confirmation par la Cour de justice de l’Union européenne de la légalité de l’interdiction des arômes dans le tabac chauffé. En contournant l’interdiction, l’industrie avait ainsi pu continuer à séduire les jeunes avec des goûts sucrés et fruités tout en maintenant ses parts de marché sur les nouveaux produits.

Ces pratiques illustrent la volonté manifeste des fabricants de nicotine de se repositionner sur le marché avec des produits technologiquement innovants mais hautement addictifs, à travers des stratégies de contournement et de marketing agressif. L’absence de réglementation adaptée permet à ces produits de proliférer dans un contexte juridique qui peine à suivre l’évolution rapide des dispositifs de consommation de nicotine.

Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent en Europe, notamment aux Pays-Bas, pour étendre la réglementation existante à l’ensemble des produits contenant de la nicotine, avec ou sans tabac. L’objectif est clair : éviter que ces zones grises ne deviennent des portes d’entrée vers l’addiction, en particulier chez les jeunes, et mettre fin à une stratégie de l’industrie bien rodée : toujours garder une longueur d’avance sur la réglementation.

Une nécessité urgente de renforcer le cadre réglementaire

Le cas des sticks nicotinés sans tabac met en lumière une faille importante dans le cadre juridique européen actuel, qui ne couvre pas l’ensemble des produits contenant de la nicotine. Le RIVM appelle à un renforcement urgent de la réglementation afin de prévenir l’arrivée sur le marché de nouveaux produits nicotinés non encadrés et de retirer du marché les sticks actuellement vendus aux Pays-Bas.

Ce besoin d’encadrement renforcé est d’autant plus urgent que l’industrie du tabac investit massivement dans la recherche et la commercialisation de nouveaux dispositifs nicotinés, à la frontière de la législation actuelle. Ces stratégies sont souvent soutenues par des campagnes marketing agressives — notamment via les réseaux sociaux — et s’adressent en priorité aux jeunes et aux non-fumeurs, ce qui accroît le risque d’initiation à la dépendance nicotinique.

Plus largement, le cas des sticks sans tabac s’inscrit dans une tendance globale observée dans de nombreux pays européens : celle d’un glissement progressif du marché vers des produits dits « alternatifs », insuffisamment réglementés, qui prolongent la dépendance à la nicotine et sapent les efforts de lutte contre le tabagisme.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Dutch health agency urges ban on unregulated nicotine sticks, NL Times, publié le 5 juin 2025, consulté le jour-même

[2] Génération sans tabac, Les nouvelles « alternatives sans tabac » dans le viseur de certains pays européens, publié le 3 avril 2024, consulté le 5 juin 2025

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