Les dépenses de lobbying en santé en forte hausse selon la HATVP

24 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 2 octobre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Les dépenses de lobbying en santé en forte hausse selon la HATVP

La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a publié son bilan 2024 des activités de représentation d’intérêts. Ce rapport révèle une augmentation notable des dépenses consacrées au lobbying, en particulier dans le secteur de la santé. Cette évolution interroge sur l’influence croissante des acteurs privés et tierces parties utilisées sur les décisions publiques touchant aux politiques de santé et de prévention.

Une hausse des investissements dans le lobbying santé

Selon le bilan 2024 de la HATVP, le secteur de la santé figure parmi les plus concernés par les activités de représentation d’intérêts, représentant près de 10 % des fiches déposées. Déjà en 2023, il occupait la première place parmi les domaines les plus ciblés par les représentants d’intérêts. Cette continuité confirme que la santé reste un champ stratégique majeur du lobbying, en raison de son poids dans les politiques publiques et de l’importance des enjeux financiers et sociaux qui y sont associés.

La principale évolution réside dans l’augmentation des moyens financiers mobilisés. Alors qu’en 2023, la majorité des acteurs déclaraient des dépenses comprises entre 50 000 et 100 000 euros, le rapport 2024 montre que de plus en plus d’organisations franchissent la barre des 100 000 euros, certaines atteignant même des fourchettes situées entre 200 000 et 300 000 euros. Cette progression traduit un renforcement des investissements consentis pour peser sur des décisions touchant à la réglementation du système de soins, aux dispositifs de financement ou encore aux politiques de prévention.

Entreprises et groupements en première ligne

Le rapport 2024 de la HATVP souligne que les entreprises et les groupements professionnels occupent une place prépondérante dans le lobbying lié à la santé. Ensemble, ils concentrent la majorité des dépenses déclarées dans ce secteur, avec des fourchettes qui dépassent souvent les 100 000 euros par an. Leur capacité financière leur permet de déployer une large palette d’actions : organisation de rendez-vous institutionnels, production d’informations, interventions dans les débats réglementaires ou encore participation aux consultations publiques.

Ces acteurs bénéficient d’un avantage structurel lié à l’ampleur des moyens dont ils disposent, mais aussi à la mutualisation de leurs moyens et à une représentation collective organisée, ce qui leur assure une présence régulière dans les processus décisionnels. Les fédérations professionnelles, en particulier, figurent parmi les entités les plus actives dans le domaine de la santé, avec une stratégie de lobbying soutenue et ciblée.

En comparaison, les organisations non gouvernementales et les associations de santé publique déclarent des niveaux de dépenses bien plus modestes, généralement inférieurs à 25 000 euros annuels. Ce contraste met en évidence un déséquilibre persistant entre les moyens financiers engagés par les acteurs économiques et ceux disponibles pour les structures investies dans la promotion de la santé publique et de la prévention et agissant pour l’intérêt général.

Un enjeu central pour la santé publique

La progression des investissements déclarés dans le lobbying santé traduit l’importance stratégique de ce secteur dans les débats publics. Les politiques de prévention, les choix budgétaires liés au système de soins ou encore la réglementation de produits ayant un impact sanitaire direct concentrent désormais une part croissante des actions de représentation d’intérêts. Cette dynamique s’explique par le fait que les décisions publiques en matière de santé entraînent des conséquences économiques et sociales considérables, ce qui incite de nombreux acteurs à renforcer leur présence auprès des décideurs.

Cette intensification du lobbying soulève toutefois des enjeux majeurs de gouvernance. D’un côté, les entreprises et groupements professionnels disposent de moyens financiers conséquents pour faire valoir leurs positions. De l’autre, les associations de santé publique et les organisations citoyennes, aux ressources limitées, doivent redoubler d’efforts pour garantir que les politiques adoptées tiennent compte avant tout de l’intérêt général.

Dans ce contexte, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) rappelle les obligations de la France en matière de protection des politiques publiques à l’égard de ce lobby du secteur tabac. Cette disposition demeure encore trop peu connue et prise en compte par les décideurs publics.  Or l’industrie du tabac et ses alliés, comme les buralistes poursuivent de manière multiple leurs stratégies d’influence mobilisent des ressources financières importantes pour peser sur décisions réglementaires et fiscales qui concernent les produits du tabac et de la nicotine. Bien que cette réalité ne soit pas détaillée dans le rapport de la HATVP, elle illustre de manière emblématique les déséquilibres qui traversent le champ de la santé : des industries dont les produits nuisent directement à la santé publique disposent de moyens largement supérieurs à ceux des organisations de prévention qui œuvrent pour la protection de la population.

L’évolution relevée dans le rapport 2024 confirme que la réglementation du lobbying en santé ne peut se limiter à une exigence de transparence, elle-même peu contrôlée s’agissant des acteurs du secteur tabac. L’encadrement du lobbying doit également permettre d’anticiper et de contenir l’influence disproportionnée d’acteurs privés sur des décisions déterminantes pour la santé publique.

©Génération Sans Tabac

AE


Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser