Le vapotage, porte d’entrée vers le tabagisme des jeunes et facteur de risques accrus pour la santé

26 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 22 août 2025

Temps de lecture : 14 minutes

Le vapotage, porte d’entrée vers le tabagisme des jeunes et facteur de risques accrus pour la santé

Une étude de grande ampleur publiée dans la revue Tobacco Control[1] met en évidence les risques sanitaires et comportementaux liés au vapotage chez les jeunes. Cette analyse, qui compile 56 revues systématiques, établit un lien constant entre l’usage de la cigarette électronique et l’initiation ultérieure au tabagisme. Elle souligne également des associations avec la consommation d’alcool, de cannabis, des troubles respiratoires et des atteintes à la santé mentale. Ces résultats renforcent les appels à renforcer la réglementation encadrant l’accès et la promotion de ces produits auprès des adolescents et jeunes adultes.

Les travaux ont été coordonnés par l’Université de York et la London School of Hygiene & Tropical Medicine. Il s’agit de la plus vaste revue de revues consacrées au vapotage des jeunes, regroupant les données issues de 384 publications, parmi lesquelles 56 répondaient aux critères retenus[2]. Les auteurs ont inclus des études centrées sur les moins de 25 ans et publiées après 2015, afin de refléter l’évolution des dispositifs de vapotage, notamment la montée en puissance des modèles jetables.

Les bases de données médicales internationales telles que Medline, Embase, PsycInfo et KSR Evidence ont été mobilisées. L’évaluation des publications a été réalisée de manière indépendante par plusieurs chercheurs et validée par un contrôle croisé. Lorsque cela était possible, des analyses quantitatives ont été effectuées pour agréger les résultats et produire des estimations globales robustes. Un comité consultatif composé de jeunes de l’Association for Young People’s Health a également contribué en apportant un éclairage sur la réception et les implications des résultats au sein de leur génération.

Un effet passerelle entre le vapotage et le tabagisme qui se confirme

L’un des constats les plus constants et préoccupants de cette revue est le lien établi entre l’usage de la cigarette électronique et l’initiation au tabagisme chez les jeunes. Les résultats issus de 21 revues systématiques indiquent que les adolescents et jeunes adultes ayant déjà vapoté sont en moyenne trois fois plus susceptibles d’essayer par la suite une cigarette traditionnelle que ceux qui n’ont jamais eu recours au vapotage. Cette tendance a été observée dans plusieurs pays, avec des estimations statistiques variant mais convergeant toutes vers une augmentation significative du risque. Les analyses longitudinales, qui suivent les comportements sur plusieurs mois ou années, confirment la robustesse de cette association.

Plusieurs hypothèses existent pour expliquer ce phénomène. La première est celle de l’effet de passerelle, selon lequel la familiarisation avec la gestuelle, l’inhalation et la dépendance à la nicotine favorise le passage aux cigarettes combustibles. Une deuxième hypothèse, dite de la « prédisposition commune », suggère que les jeunes qui s’initient au vapotage présentent déjà des traits de vulnérabilité ou un environnement social les rendant plus enclins à expérimenter différents produits psychoactifs, dont le tabac. Une troisième explication, plus minoritaire, avance que le vapotage pourrait détourner certains jeunes de la cigarette en leur offrant une alternative perçue comme moins nocive.

L’ensemble des données réunies dans cette revue plaide toutefois contre cette dernière hypothèse. Dans la quasi-totalité des cohortes étudiées, les jeunes vapoteurs sont non seulement plus nombreux à initier le tabagisme, mais ils tendent également à fumer plus tôt, plus souvent et en plus grande quantité. Autrement dit, loin de réduire l’expérimentation du tabac, le vapotage semble en accroître la probabilité et l’intensité.

Ces résultats sont d’autant plus préoccupants qu’ils concernent une tranche d’âge particulièrement vulnérable selon les auteurs. L’adolescence et le début de l’âge adulte sont des périodes de forte sensibilité à la dépendance nicotinique. L’exposition à la nicotine par le vapotage peut ainsi créer un terrain favorable à l’installation rapide d’une consommation régulière de tabac. Ce mécanisme contribue à renforcer l’idée que le vapotage, en particulier lorsqu’il est initié à un âge précoce, constitue un facteur de risque majeur pour l’entrée dans le tabagisme et pour la pérennisation de l’épidémie de tabac.

Un lien étroit avec la consommation d’alcool et de cannabis

L’analyse met en évidence une association forte entre l’usage de la cigarette électronique et la consommation ultérieure d’autres substances psychoactives chez les jeunes, en particulier l’alcool et le cannabis. Cinq revues systématiques, totalisant 91 études primaires menées dans divers contextes internationaux[3], convergent vers le même constat : le vapotage s’accompagne d’une probabilité significativement plus élevée d’expérimentation et d’usage régulier de ces substances.

Concernant le cannabis, les résultats montrent que les jeunes vapoteurs présentent un risque multiplié par 2,7 à 6, de consommer cette substance. S’agissant de l’alcool, l’ampleur des associations est encore plus élevée. Trois revues systématiques indiquent que les jeunes vapoteurs ont un risque multiplié par 4,5 à 6,7 de consommer de l’alcool par rapport à ceux qui n’ont jamais utilisé de cigarette électronique. Ces associations apparaissent plus fortes chez les adolescents que chez les jeunes adultes, ce qui souligne l’influence déterminante du vapotage dans les trajectoires de poly-consommation à un âge précoce.

La cigarette électronique, souvent perçue comme un produit moins dangereux ou plus socialement acceptable que la cigarette traditionnelle, peut jouer un rôle de normalisation des usages et abaisser les barrières psychologiques vis-à-vis d’autres substances indiquent les auteurs. Les dispositifs de vapotage eux-mêmes, en particulier les modèles rechargeables, sont parfois utilisés comme vecteurs de consommation de cannabis ou d’autres drogues, ce qui contribue à renforcer le lien entre ces usages.

Ces données démontrent que le vapotage ne peut être considéré isolément. Il participe à un environnement où les jeunes cumulent plusieurs comportements de consommation susceptibles d’entraîner des risques sanitaires, psychologiques et sociaux accrus. Loin de constituer un outil neutre ou protecteur pour les jeunes, l’usage de la cigarette électronique apparaît comme un facteur d’amplification des vulnérabilités liées à l’alcool et au cannabis, deux substances déjà largement consommées à l’adolescence et responsables de conséquences sanitaires et sociales majeures.

Des conséquences respiratoires et d’autres effets sanitaires préoccupants

L’un des ensembles de résultats les plus documentés concerne les atteintes respiratoires associées au vapotage. Huit revues systématiques ont mis en évidence une augmentation significative du risque d’asthme chez les jeunes. Les données indiquent une hausse de 20 à 36 % de la probabilité de recevoir un diagnostic d’asthme, et une augmentation de 44 % du risque d’exacerbation chez les personnes déjà asthmatiques. Ces résultats reposent sur 47 études primaires, dont plusieurs cohortes de grande envergure, et confirment la cohérence des associations observées dans différents contextes nationaux.

Outre l’asthme, d’autres troubles respiratoires apparaissent plus fréquents chez les jeunes vapoteurs. Des études transversales ont montré une prévalence accrue de la toux chronique, avec des risques multipliés par 1,3 à 2,1 selon l’intensité de l’usage. Des cas de bronchite et de pneumonie ont également été signalés, de même que des épisodes de respiration sifflante et de dyspnée. Les données de terrain suggèrent que l’exposition aux aérosols de cigarettes électroniques peut provoquer des réactions inflammatoires et des irritations aiguës des voies respiratoires.

Les effets du vapotage ne se limitent pas au système respiratoire. La revue met en évidence un ensemble d’atteintes émergentes qui, bien que moins étudiées, suscitent une vigilance croissante. Des études sur la santé bucco-dentaire indiquent que les jeunes vapoteurs rapportent plus fréquemment des douleurs gingivales, des saignements, une sécheresse buccale et des lésions de la muqueuse orale. L’association avec une augmentation du risque de caries est également évoquée, bien que les données restent limitées.

D’autres effets concernent la sphère neurologique. Plusieurs enquêtes transversales signalent une fréquence accrue de céphalées, de migraines et d’étourdissements chez les jeunes utilisant des cigarettes électroniques par rapport à ceux qui n’en font pas usage. Ces symptômes, souvent considérés comme bénins, pourraient refléter des effets aigus de la nicotine et des solvants inhalés sur le système nerveux.

La fertilité figure également parmi les domaines où des signaux préoccupants émergent. Une étude menée auprès de jeunes hommes au Danemark montre que l’usage quotidien de la cigarette électronique est associé à une diminution du nombre total de spermatozoïdes. Si les données restent encore limitées, elles soulignent un risque à long terme pour la santé reproductive.

Des atteintes à la santé mentale préoccupantes

Au-delà des conséquences physiques, la revue met en évidence un ensemble de liens préoccupants entre le vapotage et la santé mentale des jeunes. Sept revues systématiques ont examiné ces associations, en s’appuyant sur plus de soixante études menées principalement en Amérique du Nord, en Europe et en Asie de l’Est. Les résultats, bien que souvent issus d’enquêtes transversales, convergent pour montrer une aggravation de divers troubles psychologiques chez les adolescents et jeunes adultes ayant recours à la cigarette électronique.

Les données les plus solides concernent la dépression et les troubles anxieux. Les jeunes vapoteurs présentent un risque accru de présenter des symptômes dépressifs par rapport à ceux qui n’utilisent pas de cigarette électronique. Plusieurs analyses mettent en évidence une prévalence plus élevée de troubles de l’humeur parmi les usagers réguliers, suggérant un lien possible entre l’exposition à la nicotine et la perturbation des mécanismes neurobiologiques qui régulent l’humeur et la motivation.

D’autres effets psychologiques sont également signalés. L’usage de la cigarette électronique apparaît associé à une fréquence plus importante de troubles de l’attention et de l’hyperactivité. Les études disponibles montrent aussi que le vapotage est lié à une dégradation de la qualité du sommeil : les adolescents qui vapotent rapportent une durée de sommeil plus courte, notamment durant les week-ends, et une proportion plus élevée de fatigue et de somnolence diurne. Ces perturbations, si elles s’installent dans la durée, peuvent entraîner des conséquences notables sur le bien-être psychologique, la santé physique, la réussite scolaire et l’intégration sociale des jeunes.

Des implications pour les politiques publiques

Les résultats de cette revue confirment la nécessité d’une action renforcée des pouvoirs publics pour encadrer le vapotage selon les auteurs. L’ampleur et la cohérence des associations mises en évidence – qu’il s’agisse du risque accru de passage au tabac, de la consommation d’alcool et de cannabis, des troubles respiratoires ou encore des impacts sur la santé mentale – montrent que la cigarette électronique ne peut être considérée comme un produit anodin dans cette tranche d’âge particulièrement vulnérable.

Plusieurs axes d’intervention se dégagent. Le premier concerne la restriction de l’accès des jeunes aux cigarettes électroniques. Cela implique un contrôle plus strict de la vente, y compris en ligne, ainsi que des sanctions adaptées pour limiter les pratiques de contournement de la réglementation. Les données suggèrent en effet que la facilité d’accès reste un facteur clé de l’expansion du phénomène. Le second axe porte sur la publicité et le marketing. Les dispositifs de vapotage sont souvent présentés de manière attractive, avec des arômes fruités ou sucrés et des designs colorés qui séduisent particulièrement les adolescents. Les résultats de la revue confortent l’idée que ces stratégies commerciales participent à l’initiation et à la banalisation du vapotage. Limiter, voire interdire, les arômes conçus pour attirer spécifiquement les jeunes, ainsi qu’encadrer strictement les pratiques promotionnelles, apparaît comme une mesure nécessaire de santé publique.

Un troisième levier réside dans la fiscalité et le prix des produits, qui constituent des instruments éprouvés de réduction de la consommation de tabac et pourraient être appliqués au vapotage. L’instauration de taxes spécifiques sur les dispositifs et les liquides de vapotage pourrait contribuer à réduire leur attractivité, en particulier auprès des plus jeunes, sensibles au facteur prix.

Enfin, ces résultats appellent à un renforcement de la surveillance et de la recherche. La rapidité de l’évolution des dispositifs de vapotage et des pratiques d’usage exige une veille scientifique et réglementaire constante. De nouvelles études, en particulier longitudinales, doivent être encouragées pour mieux comprendre les effets à long terme, notamment sur la santé mentale, la fertilité et le développement neurologique.

À l’échelle internationale, les conclusions de cette revue s’inscrivent dans les appels de l’Organisation mondiale de la santé, qui qualifie la progression du vapotage chez les jeunes d’« alarmante ». Elles invitent les gouvernements à intégrer la cigarette électronique dans leurs stratégies globales de lutte contre le tabac et les produits nicotiniques, en veillant à ce que les dispositifs de vapotage ne deviennent pas une porte d’entrée vers d’autres addictions.

Des résultats solides malgré certaines limites méthodologiques

Les auteurs relèvent néanmoins certaines limites méthodologiques. La majorité des revues incluses ont été évaluées comme de qualité variable selon l’outil AMSTAR 2, ce qui reflète surtout des lacunes fréquentes dans le reporting (par exemple, l’absence de liste détaillée des études exclues) plutôt qu’une faiblesse systématique des résultats. La plupart des données proviennent d’études observationnelles, ce qui ne permet pas d’établir formellement une relation de causalité, mais la constance et la cohérence des associations observées renforcent leur crédibilité. Cela est particulièrement vrai pour la santé mentale : si la majorité des travaux repose sur des études observationnelles qui ne permettent pas d’établir un lien de causalité directe, la convergence des résultats, leur cohérence dans différents contextes géographiques et l’existence de mécanismes biologiques plausibles — notamment les effets de la nicotine sur le système nerveux central en période de développement — soutiennent l’idée que le vapotage constitue un facteur de risque supplémentaire pour les jeunes. Les auteurs soulignent également un chevauchement entre certaines études primaires, ainsi qu’une hétérogénéité liée à la diversité des contextes, des dispositifs et des indicateurs analysés. Enfin, certains domaines restent encore peu explorés, comme la fertilité, la santé bucco-dentaire ou le neurodéveloppement, ce qui justifie la poursuite des recherches. Ces limites n’invalident pas les résultats, mais invitent à les interpréter comme un état des connaissances à ce jour, qui gagnera à être consolidé par de nouvelles études longitudinales de grande ampleur.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Golder S, Hartwell G, Barnett LM, et al Vaping and harm in young people: umbrella review Tobacco Control Published Online First: 19 August 2025. doi: 10.1136/tc-2024-059219

[2] Seuls les travaux portant sur des enfants, adolescents et jeunes adultes de moins de 25 ans ont été retenus, avec inclusion possible d’analyses séparées pour cette tranche d’âge lorsque les revues concernaient des populations plus larges. Seules les revues systématiques et les « umbrella reviews » ont été considérées, à l’exclusion des scoping reviews, éditoriaux ou études primaires. L’exposition étudiée portait exclusivement sur l’usage de cigarettes électroniques, avec ou sans nicotine, et les résultats devaient concerner les effets nocifs (santé physique ou mentale, initiation au tabagisme, consommation d’autres substances), à l’exclusion des bénéfices potentiels tels que le sevrage tabagique. Les revues publiées avant 2015 ou non disponibles en anglais (ou sans traduction) étaient exclues.

[3] Les auteurs précisent que les 91 études primaires incluses dans ces cinq revues systématiques ont été conduites dans un large éventail de pays, allant au-delà du seul contexte anglo-saxon : États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Suède, Hong Kong, Pologne, Russie, Islande, Canada, Suisse, Chine, Grèce, France, Mexique, Corée du Sud, Taïwan et Allemagne.

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