Le tabac en Monténégro, une urgence de santé publique

12 août 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 août 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Le tabac en Monténégro, une urgence de santé publique

La consommation de tabac constitue la première cause de mortalité prématurée évitable au Monténégro, selon Mina Brajović, cheffe du bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans le pays. Elle rappelle que plus de 2 000 décès y sont enregistrés chaque année à cause de maladies liées au tabagisme, soit près de 30 % des décès annuels. En 2022, environ 32 % des adultes monténégrins consommaient du tabac, un chiffre supérieur à la moyenne européenne (25,3 %) et mondiale (20,9 %)[1].

Une réglementation encore peu appliquée

Brajović estime que la mise en œuvre des obligations issues de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, pourtant ratifiée par le Monténégro le 23 octobre 2006, reste insuffisante. Des mesures telles que l’interdiction de fumer dans les espaces publics clos, dans les lieux de travail ou dans les transports en commun ne sont toujours pas appliquées de manière effective. De plus, les services de santé pour accompagner l’arrêt du tabac ou surveiller la consommation demeurent limités.

Selon l’OMS, une stratégie efficace devrait inclure une interdiction totale de fumer dans les lieux publics, la suppression de toute forme de publicité, promotion et parrainage, l’imposition de paquets neutres et standardisés, un soutien renforcé à l’arrêt du tabac ainsi qu’une fiscalité dissuasive par le biais de taxes spécifiques.

La récente hausse des droits d’accise sur les produits du tabac est considérée comme un pas dans la bonne direction. L’OMS encourage les autorités à poursuivre cette politique, démontrée comme efficace pour réduire la consommation dès les premiers mois.

Le tabac a un coût tant sanitaire qu’économique, rappelle la dignitaire

« Les produits du tabac à fumer, y compris les narguilés, contiennent plus de 7 000 substances chimiques, dont au moins 250 sont reconnues comme toxiques ou cancérigènes. Le tabac à chiquer provoque également des problèmes de santé graves, parfois mortels. L'industrie du tabac ne produit pas des biens de consommation courants : elle vend des produits conçus pour créer et entretenir une dépendance, et qui tuent jusqu'à la moitié des consommateurs qui ne parviennent pas à arrêter. Ces produits contiennent de la nicotine, une substance addictive, ainsi que de nombreux produits chimiques toxiques qui affectent presque tous les organes du corps humain et ont un effet néfaste sur la santé tout au long de la vie. En moyenne, les fumeurs de longue date perdent au moins 10 ans de leur vie », souligne Mme Brajović.

Elle avertit que la consommation de tabac en 2021 était responsable de 15,4 % de tous les décès chez les hommes et de 4,7 % chez les femmes dans la région européenne de l'OMS.

Les conséquences économiques sont également significatives : en 2020, les pertes liées au tabac ont été estimées à 307 millions d’euros, soit 7,3 % du PIB annuel du pays. Ces pertes dépassent largement les revenus générés par les taxes sur le tabac.

Une industrie qui cible les jeunes générations

L’OMS souligne également les méthodes de la filière tabac et nicotine, qualifiée d’« industrie de la mort », qui utilise des tactiques marketing agressives. Les produits sont souvent présentés dans des emballages attrayants, avec des arômes destinés à séduire les plus jeunes. Ces arômes sont identifiés comme un facteur majeur de l’initiation et de la dépendance, rendant le sevrage plus difficile.

Brajović insiste sur le fait que l’industrie continue de diffuser des messages ambigus, affirmant que certains produits, comme les sachets de nicotine, ne seraient pas nocifs, ou que la hausse des taxes entraînerait des conséquences négatives sur l’emploi ou l’économie, des affirmations contredites par des données scientifiques solides.

Elle conclut en appelant les autorités monténégrines à adopter sans délai une nouvelle législation complète, accompagnée de mécanismes de contrôle et d’application efficaces, afin de protéger la santé publique, en particulier celle des jeunes générations.

Le Monténégro s’était déjà montré proactif en la matière en organisant, en mars 2025, plusieurs réunions techniques et politiques de haut niveau, réunissant décideurs, experts, ONG et représentants d’organisations internationales, afin de renforcer la coopération dans les Balkans occidentaux, accélérer la ratification du Protocole de l’OMS pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac et lutter contre l’ingérence de l’industrie du tabac.

©Génération Sans Tabac

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[1]Komatina Ana, Smoking claims 2.000 lives annually: WHO office head on control and manipulation of the "death industry", Vijesti, publié le 3 août 2025, consulté le 4 août 2025

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