La Polynésie française souhaite interdire la cigarette électronique à partir de 2026

9 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 septembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

La Polynésie française souhaite interdire la cigarette électronique à partir de 2026

L’Assemblée de la Polynésie française a voté, à une large majorité, l’interdiction totale de l’importation et de l’usage des cigarettes électroniques et produits de vapotage à compter du 1er juillet 2026. Une mesure inédite en France et dans ses territoires, qui illustre la tendance mondiale à renforcer la réglementation pour protéger la jeunesse face à la progression du vapotage[1].

Une décision forte pour protéger la jeunesse

La lutte antitabac franchit un nouveau cap en Polynésie française. Les élus territoriaux ont adopté un amendement prévoyant le bannissement complet des cigarettes électroniques et accessoires comme les e-liquides, une mesure inédite sur le territoire français. Proposé par l’opposition autonomiste et soutenu par la majorité indépendantiste, ce vote massif (51 voix pour, 5 contre, 1 abstention) traduit une volonté politique claire : réduire l’attractivité des produits de vapotage et limiter leur disponibilité, en particulier pour les jeunes générations.

Les autorités sanitaires polynésiennes alertent depuis plusieurs années sur la banalisation rapide de ces produits auprès des adolescents, notamment les puffs, aux saveurs sucrées et fruitées, qui ont suscité un engouement similaire à celui observé dans l’Hexagone. À cela s’ajoute une inquiétude locale spécifique : certains dispositifs sont détournés pour la consommation d’autres drogues, comme la méthamphétamine (« ice »). Cette dérive a renforcé l’argumentaire en faveur d’une interdiction stricte, considérée comme un moyen de freiner l’initiation et de prévenir de nouvelles formes de dépendances.

Pour les élus polynésiens, le choix d’une interdiction totale plutôt que d’une réglementation progressive répond à une logique de prévention. Alors que les effets sanitaires du vapotage à long terme restent encore partiellement documentés, l’enjeu est de limiter l’émergence d’une nouvelle génération dépendante à la nicotine et exposée à des risques durables pour la santé. En mettant en avant la protection de la jeunesse comme priorité absolue, l’Assemblée territoriale envoie un signal fort : dans le débat entre santé publique et intérêts économiques, la première doit primer a indiqué Ernest Teagai, représentant du Tavini (Front de libération de la Polynésie)[2].

Un cadre juridique incertain

Si le vote de l’Assemblée de la Polynésie française marque un tournant politique, son application demeure fragile sur le plan juridique. Le président du territoire, Moetai Brotherson, a lui-même averti que l’interdiction générale de la cigarette électronique et de ses dérivés fera très certainement l’objet d’un recours car elle met en cause la liberté du commerce et de l’industrie. Cette atteinte à ces libertés et le caractère proportionné de la mesure seront étudiés au regard des enjeux de santé publique poursuivis.

En pratique cependant, toute interdiction absolue d’un produit légalement disponible dans l’Hexagone peut être attaquée devant la justice administrative, au motif qu’elle excède ce qui est strictement nécessaire pour atteindre l’objectif de santé publique poursuivi. Les acteurs économiques concernés – importateurs, distributeurs ou associations de commerçants – disposent donc de la possibilité de saisir le juge pour faire suspendre ou annuler l’amendement.

Le statut institutionnel particulier de la Polynésie française ajoute une complexité supplémentaire. Bien que le territoire bénéficie d’une autonomie renforcée en matière de santé publique et de réglementation locale, les décisions doivent rester compatibles avec les principes de droit commun applicables sur l’ensemble du territoire national. Ce jeu d’équilibre entre autonomie locale et cadre constitutionnel français pourrait faire de cette interdiction un cas d’école, suivi de près par les juristes comme par les acteurs de la santé.

En dépit de ces incertitudes, la portée du vote demeure forte. Même si la mesure devait être invalidée, elle met en lumière une volonté politique de tester les limites du droit actuel afin de mieux encadrer, voire éliminer, la disponibilité des produits de vapotage. Elle ouvre également le débat sur la possibilité pour les territoires et collectivités ultra-marines d’aller plus loin que la réglementation de l’Hexagone lorsqu’ils estiment que l’enjeu de santé publique l’exige.

Une dynamique internationale de contrôle du vapotage

La décision de la Polynésie française s’inscrit dans une tendance mondiale où de plus en plus d’États et de territoires adoptent des mesures restrictives face à l’essor du vapotage. Si les approches diffèrent, le point commun demeure la volonté de protéger les jeunes générations, particulièrement exposées à des produits fortement aromatisés et nicotinées. Ces décisions, bien que souvent contestées par les industriels du secteur, reflètent la montée en puissance d’une logique de précaution face à des produits dont les effets sanitaires à long terme restent incertains mais dont l’attractivité pour les jeunes est avérée.

Cette dynamique se retrouve également au niveau régional et international. L’Union européenne discute actuellement d’un renforcement de la directive sur les produits du tabac (TPD), qui pourrait inclure de nouvelles mesures sur les cigarettes électroniques, notamment concernant les arômes et le conditionnement. De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à travers la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), encourage les États à appliquer aux produits de vapotage des réglementations similaires à celles imposées aux produits du tabac, avec une priorité donnée à la protection des enfants et des jeunes.

Dans ce contexte, la Polynésie française apparaît comme un territoire pionnier au sein de l’espace français et européen, en choisissant la voie la plus restrictive. Même si la mesure adoptée reste juridiquement fragile, elle illustre une tendance mondiale : de plus en plus de gouvernements privilégient l’anticipation et la prévention, plutôt que l’attente de preuves définitives, pour limiter l’impact du vapotage sur la santé publique.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Caroline Perdrix, L’assemblée va plus loin que le gouvernement et bannit la « vape », Radio 1, publié le 29 août 2025, consulté le 4 septembre 2025

[2] L’assemblée vote l’interdiction des “vapotes” et produits de vapotage, Tahiti Infos, publié le 29 août 2025, consulté le 4 septembre 2025

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