La cytisine inscrite sur la liste des médicaments essentiels de l’OMS
12 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 8 septembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a décidé d’inclure la cytisine, un traitement de sevrage tabagique, sur la Liste modèle des médicaments essentiels (EML). Cette décision, adoptée par le Comité d’experts lors de sa 25e réunion, marque une avancée majeure dans la lutte mondiale contre le tabagisme. Elle ouvre la voie à un meilleur accès à ce médicament efficace, abordable et sûr, particulièrement dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où les options de sevrage restent limitées.
Un nouveau traitement reconnu par l’OMS
La cytisine (ou cytisinicline) est un alcaloïde naturel extrait de certaines plantes de la famille des Fabaceae, notamment le Cytisus laburnum. C’est un agoniste partiel des récepteurs nicotiniques, agissant comme « substitut pharmacologique » de la nicotine : elle atténue les symptômes de manque et réduit les effets du tabac fumé, sans produire les mêmes effets que la nicotine. Son mode d’action est analogue à celui de la varénicline, autre agoniste partiel de référence.
Utilisée depuis plus d’un demi-siècle en Europe de l’Est et en Asie centrale, la cytisine n’avait jusqu’à présent qu’une reconnaissance limitée au niveau international. Son inscription à la Liste modèle des médicaments essentiels de l’OMS constitue une étape décisive dans sa reconnaissance comme traitement de référence pour l’arrêt du tabac.
L’évaluation conduite par le Comité d’experts de l’OMS s’est appuyée sur un ensemble de données cliniques robustes. Plusieurs essais randomisés ont montré que la cytisine multiplie par deux à trois les chances d’abstinence à long terme par rapport à un placebo. Les résultats indiquent une efficacité comparable à celle de la varénicline, avec un profil de tolérance jugé favorable. Les effets indésirables, généralement bénins et transitoires, concernent principalement des troubles digestifs légers ou des nausées, nettement moins marqués que pour d’autres traitements de la dépendance au tabac.
La posologie standard, sous forme de cure de 25 jours, présente un avantage supplémentaire en termes de simplicité et d’observance. De nouveaux protocoles, testés sur 6 à 12 semaines, ont également montré une efficacité renforcée et une excellente tolérance, offrant davantage de flexibilité selon les profils de dépendance.
Plusieurs revues systématiques, dont la Cochrane 2023, confirment que la cytisine figure désormais parmi les traitements les plus efficaces disponibles, avec une efficacité comparable à la varénicline et un profil de tolérance souvent plus favorable. En l’inscrivant sur sa Liste modèle, l’OMS reconnaît officiellement son rôle stratégique dans la lutte contre le tabagisme et l’intègre aux côtés des substituts nicotiniques, du bupropion et de la varénicline, élargissant ainsi l’éventail des thérapies validées et accessibles.
Une réponse à un enjeu majeur de santé publique et un levier pour l’accessibilité
Le tabagisme demeure l’un des principaux fléaux sanitaires mondiaux, responsable de plus de 8 millions de décès prématurés par an. Il constitue également une lourde charge économique pour les systèmes de santé, du fait des maladies chroniques qu’il provoque (cancers, maladies cardiovasculaires, affections respiratoires, diabète). Dans ce contexte, renforcer l’accès à des traitements efficaces pour arrêter de fumer est une priorité majeure de santé publique.
L’OMS souligne que la diversité des options thérapeutiques est essentielle pour répondre aux besoins des patients. Certains tolèrent mieux les substituts nicotiniques, d’autres le bupropion ou la varénicline ; l’ajout de la cytisine élargit le champ des solutions, permettant des approches plus personnalisées et augmentant les chances de réussite du sevrage.
L’impact attendu va bien au-delà de la reconnaissance scientifique. L’intégration d’un médicament à la Liste modèle de l’OMS envoie un signal fort aux États, les incitant à l’inclure dans leurs propres listes nationales de médicaments essentiels. Cette inscription ouvre la voie à une diffusion plus large, notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où l’accès aux traitements de sevrage est souvent limité par leur coût ou leur disponibilité. Le faible coût de production de la cytisine représente un atout majeur, offrant la possibilité de réduire les inégalités d’accès et de stimuler la concurrence sur le marché, ce qui pourrait entraîner une baisse globale du prix des autres traitements de sevrage.
Au-delà de l’aspect thérapeutique et économique, cette décision s’inscrit dans une dynamique politique et normative mondiale. Elle vient renforcer la mise en œuvre de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), en particulier de son article 14, qui appelle les Parties à promouvoir l’accès à des traitements efficaces pour le sevrage tabagique et la dépendance à la nicotine. L’inclusion de la cytisine fournit ainsi un outil supplémentaire aux États pour respecter leurs engagements internationaux et renforcer leurs politiques de santé publique[1].
En rendant le sevrage tabagique plus accessible, indépendamment du revenu ou du pays de résidence, l’OMS envoie un message clair : l’arrêt du tabac doit devenir un droit universel. Cette avancée pourrait contribuer de manière décisive à accélérer la baisse du tabagisme au niveau mondial et à rapprocher les objectifs fixés par l’Agenda 2030 pour le développement durable en matière de santé.
AE
[1] Communiqué, Powerful New Tobacco Cessation Drug Added to WHO Essential Medicines List – Cytisine, Action on Smoking and Health, publié le 5 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025
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