France : Forte baisse du tabagisme chez les adolescents, mais de nouveaux défis à relever

15 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 14 septembre 2025

Temps de lecture : 9 minutes

France : Forte baisse du tabagisme chez les adolescents, mais de nouveaux défis à relever

Les résultats 2024 de l’enquête ESPAD (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs), publiés par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), montrent une baisse significative de la consommation de tabac, d’alcool et de cannabis chez les jeunes de 16 ans en France[1]. Cette tendance, l’une des plus marquées en Europe, confirme l’efficacité des politiques publiques volontaristes mises en œuvre depuis une décennie. Toutefois, l’essor des nouveaux produits nicotiniques et la mobilisation persistante des lobbys rappellent que la vigilance doit rester de mise.

Réalisée tous les quatre ans, l’enquête ESPAD vise à suivre les comportements à risque des adolescents de 16 ans en Europe, et plus particulièrement leurs consommations de substances psychoactives. L’édition 2024 s’est déroulée entre avril et juin auprès d’un échantillon représentatif de 113 882 jeunes interrogés dans 37 pays, dont 3 376 en France.

Un recul historique du tabagisme

En France, l’expérimentation du tabac et surtout le tabagisme quotidien connaissent une chute sans précédent. En 2024, un cinquième seulement des jeunes de 16 ans (20 %) déclarent avoir déjà fumé une cigarette au cours de leur vie, contre 32 % en moyenne au niveau européen. L’écart avec d’autres pays est notable : en Hongrie ou en Slovaquie, plus de 45 % des adolescents de 16 ans ont expérimenté le tabac, tandis qu’en Islande, ils ne sont que 13 %.

Mais c’est surtout la baisse du tabagisme quotidien qui marque une avancée majeure. Alors qu’en 2015, environ 16 % des jeunes Français de 16 ans fumaient chaque jour, ils ne sont plus que 3,1 % en 2024 contre 7,9% en moyenne en Europe. La France figure ainsi parmi une dizaine de pays, principalement nordiques, où la prévalence est inférieure à 5 % à cet âge. Cette diminution est l’une des plus rapides observées sur le continent.

Cette dynamique résulte directement de politiques publiques volontaristes mises en place au cours de la dernière décennie : augmentation régulière des taxes conduisant à une hausse des prix du tabac, adoption du paquet neutre cassant le caractère promotionnel et attractif des conditionnements, interdiction du mécénat empêchant l’industrie du tabac de développer sa communication promotionnelle de RSE, campagnes de prévention et mobilisation de la collectivité lors du Mois sans tabac, ou encore le développement des lieux sans tabac etc.., autant de  mesures, démontrées comme efficaces par la littérature internationale et reprises dans les dispositions du traité de l’OMS, la Convention cadre pour la lutte antitabac, CCLAT, ratifiée par la France

Les dispositions antérieures d’interdiction complète de toute forme de publicité s’appliquant également aux nouveaux produits du tabac (le tabac chauffé) permettent également de contrer les stratégies de déploiement des cigarettiers pour mettre en avant ces nouveaux produits. L’ensemble de ces politiques induisent ainsi une véritable dénormalisation du tabac dans la société française. Alors qu’il constituait historiquement une porte d’entrée dans les consommations de substances psychoactives, le tabac perd progressivement cette place centrale dans les sociabilités juvéniles. En moins d’une décennie, la France est ainsi passée d’un des pays les plus concernés par le tabagisme adolescent à l’un de ceux qui affichent les niveaux les plus bas d’Europe, plaçant les jeunes générations dans un contexte de protection renforcée face aux risques d’addiction.

Une consommation d’alcool encore élevée

Si le recul du tabac est particulièrement marqué, l’alcool reste la substance la plus expérimentée par les jeunes de 16 ans en France. En 2024, près de sept adolescents sur dix (68 %) déclarent avoir déjà consommé de l’alcool, un niveau légèrement inférieur à la moyenne européenne (73 %) mais qui demeure élevé. Les jeunes filles apparaissent même légèrement plus nombreuses que les garçons à l’avoir expérimenté (70 % contre 67 %).

La consommation ponctuelle importante – définie par la prise d’au moins cinq verres en une seule occasion – concerne encore 22 % des jeunes Français au cours du mois précédant l’enquête, contre environ 30 % en moyenne en Europe. Si une baisse de près de 10 points a été enregistrée depuis 2015, ce phénomène reste préoccupant en raison de ses impacts sur la santé et la sécurité des adolescents. L’alcool constitue ainsi un point de vigilance majeur, car il demeure perçu comme une pratique banalisée, malgré ses risques avérés et alors même que le cerveau de ces jeunes et en plein développement.

Une baisse spectaculaire du cannabis

Le cannabis, longtemps marqué par une prévalence élevée en France, connaît une baisse particulièrement nette. L’expérimentation à 16 ans est passée de 31 % en 2015 à 8,4 % en 2024, soit une diminution par trois en dix ans. L’usage au cours du mois précédant l’enquête a suivi la même tendance, reculant de 17 % à 4,3 %. Ces résultats positionnent désormais la France dans le tiers des pays européens les moins consommateurs de cannabis, une situation inédite compte tenu de sa position passée parmi les pays les plus touchés.

Cette dynamique est probablement liée à la dénormalisation du tabac, souvent consommé avec le cannabis, mais aussi aux efforts de prévention menés concernant plus particulièrement cette substance Elle illustre comment des politiques cohérentes sur plusieurs substances peuvent produire des effets cumulatifs positifs sur les comportements de santé des jeunes.

Des usages réduits d’autres drogues illicites

La consommation d’autres drogues illicites (cocaïne, MDMA, amphétamines, crack, hallucinogènes, etc.) reste marginale mais non négligeable selon les chiffres de l’OFDT. En 2024, 3,9 % des adolescents français de 16 ans déclarent en avoir expérimenté au moins une fois, contre 5 % en moyenne européenne. La cocaïne arrive en tête (1,7 %), suivie des amphétamines (1,3 %) et de la MDMA/ecstasy (1,1 %). Ces niveaux ont significativement reculé en dix ans, puisqu’en 2015, près de 7,5 % des adolescents avaient expérimenté au moins une drogue autre que le cannabis.

Si ces consommations restent minoritaires, elles posent néanmoins un enjeu de vigilance car elles concernent des substances associées à des risques sanitaires graves. La baisse observée confirme toutefois que la dynamique de recul ne se limite pas au tabac et au cannabis, mais s’étend à l’ensemble des produits psychoactifs chez les adolescents français.

Nouveaux produits de la nicotine et puissance des lobbys : des menaces persistantes

Si la baisse du tabagisme des adolescents constitue un succès indéniable, elle ne doit pas masquer l’émergence de nouvelles menaces. La cigarette électronique occupe désormais une place importante dans la consommation de substances addictives des jeunes. En France, 38 % des adolescents de 16 ans déclarent en avoir déjà fait usage, un niveau inférieur mais relativement proche de la moyenne européenne (44 %). L’usage dans le mois précédant l’enquête concerne 16 % des jeunes, et près de 6 % en vapotent chaque jour. Ces chiffres montrent que, loin de disparaître, la dépendance nicotinique prend de nouvelles formes, avec un risque de normalisation de produits présentés comme moins nocifs mais qui entretiennent une addiction durable et dont les risques tendent à être de plus en plus établis.

Dans le même temps, d’autres produits comme les sachets de nicotine (« pouches ») se diffusent rapidement sur le marché, souvent promus par des campagnes marketing attractives qui ciblent explicitement les jeunes. Ils constituent une porte d’entrée vers la dépendance à la nicotine et menacent de fragiliser les progrès accomplis grâce aux politiques publiques.

Derrière cette diversification de l’offre se trouvent les stratégies bien rodées de l’industrie du tabac, qui investit massivement dans ces nouveaux produits pour maintenir et développer ses parts de marché. Le secteur s’appuie également sur ses relais, au premier rang desquels les buralistes, qui s’opposent systématiquement aux mesures de santé publique les plus efficaces : hausse des taxes du tabac particulièrement efficaces pour prévenir l’initiation et l’entrée dans la consommation, élargissement des espaces sans tabac,  interdictions de commercialisation de nouveaux  produits addictifs etc.. Ces acteurs invoquent la défense de leurs intérêts économiques, mais leurs prises de position contribuent directement à freiner des avancées reconnues comme essentielles pour la santé des jeunes. De même leur absence d’application de l’interdiction de vente aux mineurs ou la profusion de publicités illicites dans leurs débits associée à la vente de produits interdits qui ciblent les jeunes constituent autant d’obstacles pour parvenir à une génération sans tabac.

Cette influence du lobby du tabac au niveau des fabricants comme des tierces parties que sont les buralistes souligne la nécessité de préserver l’indépendance des politiques publiques face à leurs pressions économiques et commerciales. La Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac rappelle que l’industrie du tabac n’a pas sa place dans l’élaboration des politiques de santé. Les résultats de l’enquête ESPAD démontrent que lorsque des mesures fortes sont mises en œuvre, elles produisent des effets tangibles. À l’inverse, céder aux stratégies d’influence reviendrait à compromettre durablement les acquis et à exposer une nouvelle génération à la dépendance nicotinique sous des formes renouvelées.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, USAGES DE DROGUES EN EUROPE À 16 ANS, OFDT, publié le 11 septembre 2025, consulté le jour-même

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