Etats-Unis : Un rapport climatique critiqué pour ses méthodes proches de celles de l’industrie du tabac
5 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 septembre 2025
Temps de lecture : 5 minutes
Un rapport publié en juillet par le 12 suscite une controverse majeure. Plus de 80 scientifiques ont diffusé une analyse de ce rapport de plus de 400 pages dénonçant des biais méthodologiques, des manipulations factuelles et l’usage de sources discréditées[1]. Présenté comme une évaluation scientifique, ce document est accusé de reprendre des procédés historiquement employés par l’industrie du tabac pour semer le doute et fragiliser le consensus scientifique, dans un contexte politique où il pourrait servir à justifier un recul des politiques climatiques.
Contestation du processus scientifique et de l’impartialité
Le rapport du Département américain de l’Énergie, rendu public en juillet, a immédiatement suscité de vives réactions en raison des conditions de sa réalisation. Contrairement aux pratiques établies dans la recherche climatique, il n’a pas été soumis à un processus de relecture par les pairs, ce qui constitue une rupture avec les standards internationaux tels que ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ou de l’évaluation nationale américaine. Cette absence de validation externe fragilise la crédibilité scientifique du document et alimente les critiques quant à sa valeur académique.
Le choix des contributeurs constitue un autre point central de la controverse. Les cinq auteurs principaux sont tous connus pour leurs positions climatosceptiques et pour avoir régulièrement contesté le rôle majeur des activités humaines dans le réchauffement. Pour de nombreux observateurs, cette sélection d’experts marginaux traduit une volonté délibérée de privilégier une vision particulière, en contradiction avec la littérature scientifique dominante. Cette orientation, dès l’amont du processus, a conditionné la manière dont les données ont été collectées, interprétées et présentées, en accentuant les hypothèses alternatives et en minimisant les éléments de consensus.
Les critiques portent également sur le manque de transparence entourant la rédaction du rapport. Les modalités de sélection des sources, l’absence de justification claire sur les critères retenus et la non-publication des données complètes utilisées pour les analyses empêchent de vérifier la robustesse des conclusions. Les chercheurs ayant publié la contre-expertise soulignent que certains résultats robustes ont été volontairement omis ou présentés de manière tronquée, tandis que des interprétations minoritaires ou dépassées étaient mises en avant comme si elles faisaient partie intégrante du débat scientifique actuel.
Pour la communauté scientifique, ces choix témoignent d’une partialité assumée et d’un détournement des codes de la recherche afin de donner une apparence de légitimité à des thèses minoritaires. L’approche adoptée s’apparente davantage à une démarche politique qu’à un exercice scientifique, ce qui explique la sévérité des critiques formulées par les plus de 80 experts signataires de la réponse collective.
Manipulations factuelles et recours à des sources contestées
Au-delà des critiques sur le processus, le contenu même du rapport du Département de l’Énergie a été largement remis en cause pour ses nombreuses imprécisions et déformations. Les chercheurs qui ont produit la contre-expertise mettent en avant plusieurs exemples concrets de manipulations factuelles, où des données ont été présentées de manière sélective ou tronquée afin de minimiser les impacts du changement climatique.
Parmi les exemples les plus flagrants figure l’estimation de la fonte de la glace arctique. Le rapport affirme que la réduction serait limitée à environ 5 %, un chiffre manifestement erroné puisqu’il correspond en réalité aux évolutions observées en Antarctique. Les données scientifiques établies depuis plusieurs décennies montrent une perte supérieure à 40 % de la glace arctique estivale, ce qui illustre une présentation volontairement biaisée de la réalité. De même, le rapport mobilise des séries de données anciennes et peu fiables, notamment sur les incendies forestiers avant les années 1960, pour suggérer une baisse des feux de grande ampleur, alors que les données modernes révèlent une tendance inverse liée au réchauffement et à l’assèchement des sols.
Le document se distingue également par une mise en avant disproportionnée de certains effets potentiellement positifs du dioxyde de carbone sur la végétation et l’agriculture. En insistant sur la stimulation de la croissance végétale par le CO₂, il passe sous silence les effets délétères beaucoup mieux documentés, tels que l’augmentation du stress thermique, la raréfaction des ressources en eau ou encore la perte de rendements agricoles liée aux vagues de chaleur et aux sécheresses. Cette présentation sélective occulte l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles, en mettant en avant une vision partielle qui minimise les risques.
Un autre point central de la critique porte sur l’usage de sources contestées. Le rapport cite à plusieurs reprises des travaux publiés en dehors des circuits académiques reconnus ou déjà largement réfutés par la communauté scientifique. Ces références, marginales et discréditées, sont mises sur le même plan que des publications évaluées par les pairs et représentatives du consensus, créant artificiellement l’illusion d’une controverse scientifique. Selon les experts, cette stratégie revient à brouiller la hiérarchie des preuves et à diluer la robustesse des connaissances établies dans un ensemble hétérogène où toutes les positions paraissent équivalentes.
AE
[1] Plus de 80 experts étrillent un récent rapport climatique de l'administration Trump, L'Info Durable, publié le 3 septembre 2025, consulté le 4 septembre 2025
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