En Thaïlande, des experts de santé alertent sur la grande précocité des vapoteurs

20 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 14 septembre 2025

Temps de lecture : 5 minutes

En Thaïlande, des experts de santé alertent sur la grande précocité des vapoteurs

En Thaïlande, des associations de santé alertent sur l’augmentation de l’usage de la cigarette électronique chez les enfants et adolescents[1]. Une enquête nationale menée par le Département des services de santé (DHSS) en 2025 auprès de 40 344 jeunes Thaïs a révélé que le groupe le plus important d'utilisateurs de cigarettes électroniques est celui des 19-25 ans, qui représente 37,62 % du total. Viennent ensuite les 16-18 ans avec 29,26 % et les 13-15 ans avec 22,39 %. Des cas isolés d’enfants beaucoup plus jeunes, y compris un utilisateur âgé de six ans, ont marqué l’opinion publique.

Des risques sanitaires avérés et des coûts élevés

Selon la Fondation thaïlandaise pour la promotion de la santé (ThaiHealth), ces données mettent en lumière l’influence de l’entourage et des campagnes de marketing ciblées, qui présentent le vapotage comme une activité « tendance » ou inoffensive. Pour de nombreux adolescents, la banalisation du geste, jusque dans les repas, dans la voiture ou les lieux familiaux, illustre cette normalisation.

L'influence des pairs est un facteur majeur, 45,56 % des personnes interrogées citant leurs amis comme raison pour laquelle elles ont essayé la cigarette électronique[2]. Les réseaux sociaux jouent également un rôle important dans l'exposition, Facebook étant la principale plateforme pour les publicités sur les cigarettes électroniques avec 27,88 %, suivi de près par TikTok avec 27,60 %.

Les experts de santé soulignent que la nicotine nuit au développement cérébral et pulmonaire des jeunes, favorisant l’addiction et des troubles de l’apprentissage. Le Haut-Commissariat thaïlandais aux droits humains a rappelé au Premier ministre les dangers liés à l’exposition précoce à la nicotine. Des études récentes, notamment à l’hôpital Ramathibodi, estiment que les maladies associées au vapotage ont coûté environ 306 millions de bahts (8,2 millions d’euros) au pays en 2024, certaines étant liées à l’utilisation de substances non contrôlées comme l’huile de cannabis.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), sur la base des données scientifiques, indique que le vapotage est nocif et addictif, et appelle à des politiques plus strictes face aux stratégies de l’industrie visant les jeunes. Le Dr Jos Vandelaer, représentant de l'OMS en Thaïlande, a appelé à une action commune, déclarant que « L'industrie du tabac utilise des tactiques subtiles pour attirer les jeunes. Nous devons les informer de ces dangers et renforcer nos politiques afin que ces entreprises ne puissent pas nuire à nos systèmes de santé. ».

Un marché illégal difficile à contrôler

Bien que le seul fait de posséder une cigarette électronique ne soit pas illégal en Thaïlande, les utilisateurs peuvent tout de même être poursuivis en vertu des règles relatives à la contrebande et encourir jusqu'à cinq ans de prison ou des amendes équivalentes à quatre fois le prix du produit. Les importateurs et les vendeurs s'exposent à des sanctions encore plus lourdes, avec des peines d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 10 ans ou des amendes équivalentes à cinq fois la valeur des marchandises illégales.

Malgré cette interdiction officielle, les produits demeurent largement disponibles. Le marché parallèle est estimé entre 3 et 6 milliards de bahts (entre 96 et 161 millions d’euros), alimenté par des importations clandestines et une production locale. Les cigarettes électroniques jetables, souvent importées de Chine, sont vendues dans des villes comme Bangkok, Pattaya et Phuket, ainsi que sur Internet et les réseaux sociaux. Ces produits non réglementés soulèvent des inquiétudes quant à leur qualité et leur sécurité. Des saisies massives ont eu lieu depuis fin 2024, avec des centaines d’arrestations et des dizaines de milliers de produits confisqués.

Les autorités constatent que de nombreux articles sont spécifiquement conçus pour séduire les jeunes, avec des formes inspirées de personnages de dessins animés (comme le très populaire Doraemon), des couleurs vives et plus de 16 000 arômes sucrés.

Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement a lancé en 2025 une campagne nationale incluant la fermeture de points de vente, le blocage de milliers de sites Internet et un système de signalement citoyen via l’application mobile Thang Rath afin que les citoyens puissent signaler les activités illégales et obtenir jusqu'à 60 % des amendes perçues. Entre fin février et début mars 2025, 690 personnes ont été arrêtées dans 666 affaires liées au vapotage, et près de 455 000 articles de vapotage ont été confisqués. Pour lutter contre le commerce en ligne, le ministère de l'Économie et de la Société numériques a bloqué 9 515 URL liées à des ventes illégales entre mars 2024 et mars 2025.

ThaiHealth, avec l’appui de l’OMS et du Haut-Commissariat, appelle désormais à une révision de la loi sur le contrôle du tabac afin d’inclure tous les nouveaux produits, ainsi qu’à des campagnes d’éducation renforcées dans les écoles. L’objectif affiché est de freiner l’accès des jeunes aux produits de vapotage et de mieux protéger leur santé à long terme. Un porte-parole de ThaiHealth a déclaré que « Nous ne devons pas laisser l'industrie du tabac profiter de nos enfants. Des lois plus strictes sont nécessaires pour protéger la prochaine génération. ».

©Génération Sans Tabac

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[1]Jeff Tomas, Study Finds Children as Young as 6 Being Drawn into Vaping, CTN News, publié le 4 septembre 2025, consulté le 9 septembre 2025

[2]Apinya Wipatayotin, 6-year-olds now vaping, survey finds, Bangkok Post, publié le 4 septembre 2025, consulté le 9 septembre 2025

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