En France, de nombreux espaces publics extérieurs bientôt sans tabac

5 juin 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 2 juin 2025

Temps de lecture : 7 minutes

En France, de nombreux espaces publics extérieurs bientôt sans tabac

« Là où il y a des enfants, le tabac doit disparaître ». La ministre de la Santé, du Travail, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, a dévoilé fin mai 2025 une série de mesures visant à protéger les plus jeunes du tabagisme[1]. La principale mesure annoncée est une interdiction généralisée de fumer dans de nombreux espaces publics extérieurs à compter du 1er juillet 2025. La ministre a aussi l’intention de réduire le taux de nicotine et le nombre d’arômes dans les produits de vapotage.

L’interdiction du tabac dans de nombreux espaces publics extérieurs et des mesure anti-vapotage

Les plages, parcs, jardins publics, abords des écoles, abribus et équipements sportifs deviendront des espaces sans tabac sur l’ensemble du territoire à partir du 1er juillet 2025. Si certaines communes avaient déjà adopté de telles restrictions, cette nouvelle réglementation les étend désormais à tout l’Hexagone.

Toutefois, les terrasses de cafés et les cigarettes électroniques, ainsi que leurs liquides, ne sont pas concernées par l’interdiction, comme n’est pas concernée pour le moment l’interdiction de la consommation de tabac par les moins de 18 ans. La ministre précise néanmoins qu’elle « ne [s]’interdi[t] rien à l’avenir », reconnaissant que l’interdiction de vendre du tabac aux mineurs, sans en interdire la consommation, est paradoxale.

En cas de non-respect de ces nouvelles règles, une amende de 4e classe, soit 135 euros, pourra être infligée aux contrevenants. Les contrôles seront assurés par les agents de la police municipale, les officiers et agents de police judiciaire par principe également habilités pourront intervenir. Catherine Vautrin assure de sa confiance en « l’autorégulation de nos concitoyens. ».

La ministre justifie cette décision en rappelant que « la liberté de fumer s’arrête là où commence le droit des enfants à respirer un air pur ». Le périmètre d’interdiction autour des écoles sera précisé dans le décret de mise en œuvre. « Nous sommes en train de le déterminer avec le Conseil d’État, et nous ferons confiance aux élus pour le mettre en place de façon pragmatique », poursuit Mme Vautrin[2]. Les abords des collèges et lycées sont également concernés pour éviter notamment que « collégiens et lycéens ne fument devant leur établissement ».

Par ailleurs la ministre souhaite réduire le taux de nicotine autorisé et limiter les arômes dans les produits du vapotage. L’objectif ainsi présenté serait « de réduire le phénomène d’addiction et de favoriser le sevrage », en partenariat avec l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) et la Haute Autorité de santé (HAS). Ces mesures devraient être précisées d’ici fin juin 2026, après avis des experts.

Aucune hausse des taxes sur le tabac n’est en revanche prévue à court terme. Reprenant les arguments de l’industrie du tabac et des buralistes, la ministre indique que « sur cette question, je suis prudente quand je vois les ravages de la contrebande de tabac, et je veux qu’on accompagne la diversification des activités des buralistes, parce que ces commerces de proximité sont indispensables »[3]. Les paquets de tabac, qui ont atteint 12 € en 2025, devraient passer à 13 € en 2026.

Une stratégie nationale pour faire reculer durablement le tabagisme

Ce développement des lieux sans tabac extérieurs s’inscrit dans la mise en œuvre de l’actuel Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) 2023-2027, présenté par le ministre de la Santé de l'époque, Aurélien Rousseau, en 2023. L’objectif de ce plan est de faire émerger une génération sans tabac à l’horizon 2032. Parmi les priorités affichées figure la volonté de « dénormaliser » l’acte de fumer.

Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme (CNCT), souligne que ces espaces sans tabac protègent non seulement du tabagisme passif, mais incitent aussi les fumeurs à arrêter, une efficacité prouvée par plusieurs études. Il regrette que les terrasses ne soient pas concernées par l’annonce alors même que les familles s’y rendent avec leurs enfants.

Loïc Josseran, président de l’Alliance contre le tabac (ACT), a réagi en disant que cela représente « un pas en avant qui vont nous permettre de sortir un peu plus du tabagisme […] Mais je pense qu'on aurait pu aller un peu plus loin, notamment en allant sur les terrasses de café, qui sont de véritables aquariums à fumée et à fumeurs. […] Nous sommes là face à un réel lobby des industriels du tabac qui passe par l'entremise des cafetiers et restaurateurs », relevant que « bon nombre de ces restaurateurs, bars, sont aussi des buralistes » et que le gouvernement « n'a probablement pas voulu engager un bras de fer » avec cette profession. Il pointe l’improbabilité d’« une génération débarrassée du tabac dès 2032 », « sans augmenter la fiscalité » et « en laissant les espaces fumeurs sur les terrasses »[4].

Quant à Prisca Thévenot, ex-secrétaire d’État à la Jeunesse, celle-ci a accueilli positivement les nouvelles mesures. « Croyons ensemble que la règle sera respectée. C'est une démarche collective, on va réduire les maladies pulmonaires, les problèmes qu'a un certain nombre de jeunes enfants qui peuvent être exposés à la fumée du tabac ». Cela permet aussi « d'éviter un certain nombre de cancers, notamment du poumon. Si on évite un certain nombre de maladies, ce seront des dépenses en moins, donc c'est gagnant-gagnant. »[5].

Environ 1 600 communes ont déjà mis en place localement plus de 7 000 espaces sans tabac (plages, parcs, pistes de ski, abords d’écoles…), souvent en partenariat avec la Ligue contre le cancer ou dans le cadre du dispositif Ville libre sans tabac. Selon Philippe Bergerot, président de la Ligue, ces mesures sont aujourd’hui « globalement bien respectées », avec 62 % des Français qui sont favorables à une plus large interdiction de la cigarette dans l’espace public, selon un sondage commandité par l’association.

Le coût humain et économique du tabagisme reste très élevé, avec 75 000 morts chaque année. « C’est la première cause de mortalité évitable. […] Une vie n’a pas de prix, mais les cancers coûtent 150 milliards d’euros par an, ce qui n’est pas rien quand on pense à la situation financière de notre modèle social. Le tabac n’est pas qu’un problème individuel, c’est un fléau collectif », a exposé la ministre de la Santé[6]. En effet, selon les chiffres de l'Observatoire français des drogues et tendances addictives (OFDT), le tabagisme coûte 156 milliards d'euros par an à la société française (vies, qualité de vie et productivité perdues, dépenses publiques de prévention, répression, soins...) et contrairement aux idées reçues, le tabac coûte également cher à l’État, représentant un coût net de près de 2 milliards d’euros.

©Génération Sans Tabac

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[1]Petit Cyril, Richard Philippe, EXCLUSIF. « Fumer sera interdit sur les plages, au parc, près des écoles… », annonce la ministre, Ouest France, publié le 29 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

[2]Le Parisien, Plages, parcs, abords d’école… : la cigarette interdite à compter du 1er juillet, annonce le gouvernement, publié le 29 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

[3]Libération, Parcs, plages, près des écoles… la cigarette interdite au 1er juillet «là où il y a des enfants», annonce Catherine Vautrin, publié le 29 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

[4]Europe 1, Cigarettes interdites : l'Alliance contre le tabac regrette que les terrasses soient épargnées, publié le 31 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

[5]Lambret Agathe, Cigarette interdite à la plage, dans les parcs et aux abords des écoles : Prisca Thévenot "salue le courage" de la ministre de la Santé, Radio France, publié le 30 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

[6]Le Figaro, La cigarette interdite sur les plages, dans les parcs ou près des écoles à partir du 1er juillet, publié le 30 mai 2025, consulté le 2 juin 2025

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