Des sachets de nicotine au marketing « vert » qui suscitent des inquiétudes

11 septembre 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 4 septembre 2025

Temps de lecture : 6 minutes

Des sachets de nicotine au marketing « vert » qui suscitent des inquiétudes

Une nouvelle génération de produits nicotiniques, portée par la marque NOAT, mise sur une communication épurée et des arguments écologiques pour séduire les consommateurs. Présentés comme biodégradables, sans microplastiques et plus doux au goût que les produits concurrents, ces sachets s’inscrivent dans une tendance de diversification de l’offre au-delà du tabac combustible et des autres produits nicotinés. Derrière cette image moderne et responsable, ces produits demeurent toutefois fortement addictifs et soulèvent des préoccupations de santé publique.

Une image écoresponsable et soignée

La stratégie de NOAT[1] repose sur une communication visuellement épurée et une identité de marque qui se veut en rupture avec l’univers traditionnel du tabac voire des produits du vapotage. Les emballages sont conçus en carton, décrits comme biodégradables, et comportent un compartiment pour collecter les sachets usagés. La présentation met en avant l’absence de microplastiques, avec l’idée d’un produit qui n’aurait pas d’impact négatif sur l’environnement. Ce positionnement est renforcé par des codes graphiques sobres et minimalistes, largement utilisés sur le site internet et les réseaux sociaux de la marque.

L’entreprise associe ainsi ses produits à des valeurs de naturalité et de responsabilité, à travers un marketing qui se veut plus proche de celui de l’alimentation biologique ou des cosmétiques « verts » que de l’univers de la nicotine. Cette esthétique contribue à donner une impression de qualité et de transparence, renforçant la confiance des consommateurs. En insistant sur l’aspect biodégradable et sur la composition en fibres végétales, NOAT s’inscrit dans une tendance plus large où les arguments environnementaux deviennent des leviers puissants de différenciation.

La marque met également en avant une expérience sensorielle censée être plus agréable que celle proposée par d’autres sachets de nicotine : un goût décrit comme plus doux et neutre, sans picotement, et une diffusion plus progressive de la nicotine. Ces éléments sont intégrés dans un discours global qui associe l’usage du produit à un mode de vie « conscient », moderne et respectueux. L’ensemble renforce une image positive et l’idée implicite d’un produit « plus sûr » que ceux des concurrents.

Ce recours à un marketing visuellement soigné et axé sur l’écologie contribue à rendre ces produits attractifs pour des publics qui ne s’identifient pas aux codes traditionnels du tabac. C’est notamment le cas des jeunes adultes ou des consommateurs soucieux d’adopter des choix perçus comme durables, pour lesquels le discours de NOAT peut constituer un facteur d’adhésion puissant

Un discours rassurant aux promesses trompeuses

Au-delà de son design minimaliste et de son image écologique, NOAT diffuse un discours qui contribue à banaliser l’usage de la nicotine. Cette mise en avant d’une expérience plus confortable peut laisser croire qu’il s’agit d’un produit moins nocif, alors qu’il contient toujours une substance hautement addictive.

L’argument environnemental occupe également une place centrale. En soulignant le caractère biodégradable des sachets et l’absence de microplastiques, la communication laisse entendre qu’ils ne génèrent pas d’impact écologique. Ce message peut induire un double effet : d’une part, il entretient l’idée que la consommation serait sans danger pour la santé, et d’autre part, il peut inciter certains consommateurs à jeter les sachets dans la nature, persuadés qu’ils ne polluent pas.

Cette combinaison d’arguments sanitaires et environnementaux crée un paradoxe. Alors que, dans certains pays, ces produits sont purement interdits pour des raisons de santé et environnementales, ailleurs, lorsqu’ils sont réglementés, les avertissements obligatoires rappellent que la nicotine est addictive. Pourtant, le marketing global continue de véhiculer une image rassurante et valorisante, brouillant ainsi les repères du public.

Un enjeu de santé publique et de réglementation

Pour les acteurs en santé publique, le cas de NOAT met en lumière les défis associés à l’essor de nouveaux produits nicotiniques qui s’appuient sur des stratégies marketing innovantes. La combinaison d’arguments liés à la naturalité, à l’expérience utilisateur et à l’environnement illustre une évolution des pratiques de communication dans ce secteur. Ces approches soulèvent plusieurs questions pour la santé publique : comment considérer ces nouveaux produits qui inondent le marché de la nicotine avec la nécessité de contrôler et restreindre l’offre pour éviter une nouvelle épidémie de personnes dépendantes à la nicotine ? En cas d’autorisation de commercialisation sur un marché, comment garantir que les consommateurs disposent d’informations claires sur le caractère addictif de la nicotine, comment encadrer l’utilisation d’allégations environnementales dans un domaine où les risques sanitaires sont avérés lesquelles s’apparentent à une forme de publicité, et comment éviter que ces produits ne contribuent à la banalisation de la consommation chez les jeunes. Dans un contexte où l’offre se diversifie et où de nouveaux acteurs cherchent à se différencier des fabricants traditionnels de tabac, ces enjeux mettent en évidence l’importance d’une veille constante et la capacité des autorités sanitaires à encadrer voire anticiper ces phénomènes.

De plus en plus de pays s’orientent désormais vers l’interdiction de la commercialisation des sachets de nicotine. En France, le gouvernement a récemment obtenu le feu vert de la Commission européenne pour prohiber ces produits. L’enjeu est alors, comme le soulignent des associations comme le Comité national contre le tabagisme (CNCT)[2] de faire respecter cette interdiction et de prévenir les contournements comme le développement de nouvelles molécules analogues de la nicotine, telle la 6-méthyl-nicotine, déjà retrouvée dans certains sachets commercialisés sur le marché français.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Anders, hip en bewust, maar net zo verslavend, Tabaknee, publié le 1er septembre 2025, consulté le 4 septembre 2025

[2] Communiqué, Le CNCT alerte sur l’usage d’une nouvelle molécule addictive utilisée par l’industrie du tabac : la 6-Méthyl-nicotine, CNCT, publié le 29 mai 2025, consulté le 4 septembre 2025

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