Corée du Sud : vers une taxe sur le sucre pour protéger la santé publique

1 février 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 29 janvier 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Corée du Sud : vers une taxe sur le sucre pour protéger la santé publique

Le 28 janvier 2026, le président sud-coréen Lee Jae-Myung a proposé l’idée d’introduire une taxe sur le sucre, analogue à celle appliquée au tabac, dans le but de réduire la consommation de sucre, de financer les soins de santé régionaux et publics, et de lutter contre les maladies non transmissibles. Selon un sondage cité par le président, près de 80 % de la population soutiendraient cette mesure. Plusieurs pays ont déjà mis en place des taxes sur les boissons ou aliments riches en sucre, recommandées par l’Organisation mondiale de la santé.

Une fiscalité sanitaire pour réduire la consommation de sucre et renforcer les soins publics

La proposition du président Lee Jae-Myung a été formulée publiquement à la fin du mois de janvier 2026[1], à travers un message adressé directement à la population sur les réseaux sociaux. Le chef de l’État y a évoqué l’instauration, dans le cadre de la loi nationale de promotion de la santé, d’une taxe sur le sucre, inspirée du dispositif fiscal appliqué aux produits du tabac. Cette mesure viserait à réduire la consommation excessive de produits riches en sucres ajoutés tout en générant de nouvelles ressources destinées au financement des soins de santé publics et régionaux.

Selon les éléments communiqués par le président, près de 80 % des personnes interrogées se déclareraient favorables à l’introduction d’un tel prélèvement, perçu comme un outil de prévention et de solidarité sanitaire. Le gouvernement a indiqué souhaiter engager une phase de consultation élargie, associant experts, acteurs institutionnels et citoyens, afin d’évaluer l’impact sanitaire de la consommation de sucre, les effets potentiels de la mesure et en vue de définir les modalités précises d’une mise en œuvre si la mesure était adoptée.

Cette initiative s’inscrit dans un débat déjà ancien en Corée du Sud. Une proposition similaire avait été examinée en 2021 lors de discussions parlementaires portant sur une révision de la loi nationale de promotion de la santé, avec l’idée d’une taxation progressive fondée sur la teneur en sucre des produits. Faute de consensus politique, ce projet n’avait toutefois pas abouti avant la fin de la législature.

Une taxe comportementale inspirée des politiques antitabac

La taxe sur le sucre envisagée par les autorités sud-coréennes repose sur un principe déjà largement mobilisé en santé publique : utiliser l’outil fiscal pour modifier les comportements de consommation associés à des risques sanitaires avérés. À l’image des taxes appliquées aux produits du tabac, ce type de prélèvement vise à augmenter le prix des produits les plus nocifs afin d’en réduire l’accessibilité et l’attractivité, tout en envoyant un signal clair sur leurs effets délétères pour la santé.

La consommation excessive de sucre est aujourd’hui reconnue comme un facteur de risque majeur dans le développement des maladies non transmissibles, notamment l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et les caries dentaires. Les boissons et aliments riches en sucres ajoutés contribuent significativement à ces pathologies, sans apporter de bénéfices nutritionnels comparables.

Un rapport de l’OMS[2] indique qu’en 2024, au moins 116 pays appliquaient une taxe spécifique sur les boissons sucrées, couvrant toutes les régions du monde. Toutefois, ces taxes demeurent globalement faibles : la part médiane des taxes spécifiques dans le prix de vente d’une boisson sucrée standard de 330 ml n’atteint que 2,4 % au niveau mondial, un niveau insuffisant pour produire un effet durable sur l’accessibilité et la consommation, selon l’OMS. À titre de comparaison, les recommandations en matière de politique fiscale pour les produits du tabac font état d’un niveau minimal de taxation du produit à hauteur de 75% du prix de vente. A cela s’ajoute la nécessité d’adopter une politique fiscale continue de hausses significatives et répétées dans le temps.

Les évaluations menées dans les pays ayant instauré des taxes sur les boissons sucrées montrent cependant que ces mesures entraînent ont des effets favorables : il y est constaté une hausse des prix de vente, une diminution des volumes achetés et, dans certains cas, une reformulation des produits par les industriels afin de réduire leur teneur en sucre. Ces effets combinés participent à une baisse de l’exposition des populations aux sucres ajoutés et s’inscrivent dans une approche globale de prévention des maladies non transmissibles.

Agir sur les déterminants commerciaux de la santé

La proposition de taxe sur le sucre s’inscrit dans une approche plus large de santé publique visant à agir sur les déterminants commerciaux de la santé, c’est-à-dire l’ensemble des pratiques économiques, industrielles et commerciales qui influencent les comportements de consommation et l’état de santé des populations. Dans le cas des industries liées aux maladies non transmissibles tels le tabac, l’alcool, le sucre, leurs activités ont des répercussions négatives. Les secteurs de l’agroalimentaire et des boissons sucrées, à l’instar de l’industrie du tabac, reposent sur des modèles économiques fondés sur la diffusion massive de produits à forte teneur en substances nocives, associée à des stratégies de marketing intensives et à une normalisation de leur consommation dans la vie quotidienne.

Ces stratégies contribuent à façonner l’environnement alimentaire, en particulier pour les enfants et les publics les plus exposés, en rendant les produits riches en sucres ajoutés facilement accessibles, attractifs et socialement acceptables. Elles s’accompagnent fréquemment de discours minimisant les risques sanitaires, mettant en avant la responsabilité individuelle des consommateurs ou promouvant des solutions techniques marginales, telles que la reformulation partielle des produits, sans remise en cause du volume global de consommation.

Dans ce contexte, la fiscalité constitue un levier structurant pour rééquilibrer l’environnement de consommation et limiter l’influence des intérêts commerciaux au détriment de la santé des populations. En augmentant le prix des produits les plus nocifs, les taxes sanitaires permettent de réduire leur attractivité économique, d’encourager des choix alimentaires plus favorables à la santé et de corriger les externalités négatives générées par ces produits, notamment en matière de coûts pour les systèmes de santé.

À l’image des politiques antitabac, l’introduction d’une taxe sur le sucre participe également à un changement de norme sociale, en reconnaissant explicitement le rôle des produits riches en sucres ajoutés dans la charge croissante des maladies non transmissibles et la mise en péril des systèmes de soins. Elle contribue à déplacer le débat de la seule responsabilité individuelle vers une responsabilité collective, intégrant le rôle des acteurs économiques dans la production des risques sanitaires et la nécessité de réglementations publiques pour protéger la santé des populations et les systèmes de soins.

Enfin, en associant cette fiscalité à des politiques de prévention, d’éducation à la santé et de financement des soins publics, les autorités publiques disposent d’un outil cohérent pour agir à la fois sur l’offre, la demande et l’environnement de consommation. Cette approche globale est aujourd’hui reconnue comme essentielle pour répondre durablement aux défis posés par les maladies non transmissibles et pour limiter l’impact des déterminants commerciaux de la santé sur les inégalités sanitaires.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Yonhap, Lee floats idea of imposing sugar levy to support regional, public health care, The Korea Times, publié le 28 janvier 2026, consulté le jour-même

[2] Global report on the use of sugar-sweetened beverage taxes, 2025. Geneva: World Health Organization; 2025. Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

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