Au Sénégal, une baisse du tabagisme des adultes mais des efforts encore nécessaires
7 janvier 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 5 janvier 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Une enquête récente indique que les lois antitabac nationales et les autres mesures de lutte contre le tabagisme qui se rattachent au traité de l’OMS mises en œuvre au Sénégal ont contribué à une baisse significative de la consommation de tabac[1]. Toutefois, les résultats soulignent que des actions complémentaires restent nécessaires afin de consolider les progrès réalisés et d’en assurer la pérennité.
Une faible prévalence tabagique au Sénégal, grâce à l’application des mesures de la CCLAT
Ayant ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS le 27 janvier 2005, le Sénégal a progressivement appliqué des mesures antitabac strictes, telle l’interdiction de vente de tabac aux mineurs et de vente de cigarettes à l’unité, ou encore l’intégration dans sa législation de l’obligation de protéger ses politiques publiques de l’interférence de l’industrie du tabac, conformément à l’article 5.3 de la CCLAT.
Le Sénégal a aussi plus particulièrement adopté les mesures du programme MPOWER de l’OMS, un ensemble de six mesures techniques extraites de la CCLAT visant à réduire la demande de tabac[2] :
Depuis 2002, le Sénégal assure ainsi un suivi régulier de la consommation de tabac chez les jeunes, avec l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes (Global Youth Tobacco Survey – GYTS). Depuis 2015, le pays surveille de surcroît régulièrement la consommation de tabac chez les adultes dans le cadre de son Plan stratégique national de lutte antitabac 2018-2023, notamment grâce à l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (Global Adult Tobacco Survey – GATS). Celle-ci constitue un outil clé pour connaître les tendances de consommation, évaluer l’efficacité des politiques publiques et identifier les domaines nécessitant un renforcement des interventions.
Menée pour la première fois en 2015, puis renouvelée en 2023, cette enquête a mis en évidence l’impact positif de la politique sénégalaise de réduction du tabagisme : les résultats les plus récents montrent une diminution de plus de 25 % de la consommation de tabac chez les adultes depuis 2015. En 2023, 4,4 % des adultes sénégalais (8,2 % des hommes et 0,8 % des femmes) étaient consommateurs de tabac (tabac à fumer, sans fumée et/ou tabac chauffé), un niveau parmi les plus faibles du continent africain[3].
En outre, la loi antitabac de 2014 interdit de fumer dans les lieux publics, en particulier dans et autour des établissements de santé, les bâtiments administratifs et les établissements scolaires. À cela s’ajoutent les autres lieux à usage ou qui constituent des lieux de travail. Ainsi des actions de sensibilisation et de contrôle sont régulièrement menées, notamment dans les restaurants, bars et discothèques, afin d’en assurer l’application.
Par ailleurs, dans une optique d’information des consommateurs mais aussi de prévention à l’égard de l’entourage des fumeurs, des avertissements sanitaires illustrés couvrant 70 % des surfaces principales des paquets ont été introduits en 2017 afin de renforcer l’information sur les risques liés au tabac.
De plus, pour soutenir l’arrêt du tabac, un numéro vert du ministère de la Santé est affiché sur les paquets de cigarettes et des formations au sevrage tabagique sont proposées aux professionnels de santé.
Le Sénégal applique aussi une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage en faveur du tabac depuis 2014.
Enfin, la fiscalité sur les produits du tabac a également été renforcée, avec une hausse de la taxe d’accise de 45 % à 65 % en 2015, augmentant ainsi le prix des paquets de cigarettes et les rendant moins abordables, en particulier pour les jeunes adultes et les populations à faibles revenus.
Des mesures renforcées sont cependant nécessaires face à un marketing agressif de l’industrie et la permanence d’une exposition au tabagisme passif
Malgré ces mesures combinées qui ont mené à cette diminution de la prévalence, l’enquête relève que l’industrie du tabac ne demeure pas inerte. Cette dernière développe, comme dans l’ensemble des pays à l’échelle internationale, une stratégie active de promotion de nouveaux produits du tabac et de la nicotine, tels que les cigarettes électroniques, les sachets de nicotine et les produits du tabac chauffé. Deux cigarettiers se distinguent tout particulièrement, Philip Morris International (PMI) et British American Tobacco (BAT).
Ces nouveaux produits sont commercialisés au Sénégal par des canaux susceptibles de toucher les jeunes, en particulier les réseaux sociaux, le parrainage et des promotions lors d’événements culturels tels les festivals et les concerts, mais aussi via le recours à des arômes et des emballages attrayants.
Par ailleurs, l'enquête a révélé que l’application des interdictions de fumer demeurait insuffisante. Ainsi, environ un adulte sur cinq travaillant dans un lieu intérieur et/ou fréquentant les restaurants demeure exposé au tabagisme passif et près de 75 % des adultes ont déclaré l’être dans les boîtes de nuit et les bars. Or, comme le rappellent les dispositions de la CCLAT, l’exposition au tabagisme passif « entraîne la maladie, l’incapacité et la mort ».
Dans ce contexte, Bintou Camara Bityeki, directrice des programmes Afrique de l’ONG antitabac Campaign for Tobacco-Free Kids, salue les progrès réalisés par le Sénégal tout en appelant à l’adoption de mesures réglementaires supplémentaires, notamment l’adoption d’amendements proposés pour renforcer la loi antitabac avec l’extension des espaces publics sans tabac et leur application, afin de renforcer la protection de la population et de poursuivre la réduction du tabagisme.
Si le Sénégal est l’un des pays d’Afrique les plus en pointe en matière de lutte antitabac, les moyens dévolus à la lutte contre le tabagisme demeurent cependant très limités. Le ministère de la Santé sénégalais ne consacrait que 40 000 euros à la lutte contre le tabac en 2024, amenant l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (CICODEV Afrique) à demander un meilleur financement de la lutte antitabac, faute de quoi les progrès réalisés risquent d’être rapidement remis en cause.
AD
[1]Bintou Camara Bityeki, Survey Finds Senegal’s Tobacco Control Laws are Working, But Further Action Needed to Keep Up Progress, Campaign for Tobacco-Free Kids, publié le 29 décembre 2025, consulté le 31 décembre 2025
[2]GATS – Global Adult Tobacco Survey, Comparison Fact Sheet Senegal 2015 & 2023, publié le 10 novembre 2025, consulté le 31 décembre 2025
[3]GATS – Global Adult Tobacco Survey, Fact Sheet Senegal 2023, publié le 10 novembre 2025, consulté le 31 décembre 2025