Australie : le tabagisme quotidien au plus bas historique, le vapotage se stabilise

21 juillet 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 20 juillet 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Australie : le tabagisme quotidien au plus bas historique, le vapotage se stabilise

En Australie, la part de fumeurs quotidiens est tombée à 5,6 % de la population âgée de 14 ans et plus en 2025, son niveau le plus bas jamais enregistré, selon les résultats de la National Drug Strategy Household Survey (NDSHS) publiés le 17 juillet 2026 par l'Australian Institute of Health and Welfare (AIHW). L'usage quotidien de la cigarette électronique reste stable sur la même période, sans report vers le tabac fumé. Ces résultats viennent contredire les allégations, relayées ces derniers mois dans plusieurs pays et jusque dans les discussions européennes sur la révision des directives tabac, selon lesquelles un durcissement des règles applicables au vapotage entraînerait mécaniquement une remontée du tabagisme[1].

La NDSHS est l'enquête nationale australienne la plus ancienne et la plus large sur le tabac, le vapotage et les autres substances. Dans son édition de 2025, plus de 17 500 personnes âgées de 14 ans et plus ont été interrogés entre juin et décembre 2025. Les résultats publiés le 17 juillet 2026 constituent la première d'une série de trois publications. A ce premier document doit s’ajouter une analyse plus détaillée des usages du tabac, de la cigarette électronique et d’autres produits de nicotine émergents. Celle-ci est attendue en août 2026. Enfin un troisième volet consacré à l'alcool et aux drogues illicites à paraître fin 2026.

Le tabagisme quotidien à son niveau le plus bas jamais mesuré

Le tabagisme quotidien poursuit sa baisse engagée depuis le début des années 2000. Chez les 14 ans et plus, il recule de 19,5 % en 2001 à 8,3 % en 2022-2023, puis à 5,6 % en 2025, soit environ 1,3 million de fumeurs quotidiens contre 3 millions en 2001. Chez les adultes de 18 ans et plus, le taux atteint 5,8 % en 2025. Ce niveau place l'Australie en avance sur son objectif national de ramener le tabagisme quotidien adulte sous 10 % d'ici 2025, et sur la trajectoire de l'objectif de 5 % fixé pour 2030 dans la National Tobacco Strategy 2023-2030[2]. La proportion de personnes n'ayant jamais fumé continue elle aussi de progresser, pour atteindre 68,7 % en 2025.

Des chercheuses et chercheurs de l'Australian National University (ANU), rattachés au National Centre for Epidemiology and Population Health, soulignent que ce recul traduit l’efficacité de mesures fortes et complètes mises en place ces dernières années voire décennies par le gouvernement pour enrayer le tabagisme.

Vapotage : stabilisation de l'usage quotidien, sans hausse compensatoire du tabagisme

L'usage quotidien de la cigarette électronique, qui avait fortement progressé entre 2016 (0,5 % des 14 ans et plus) et 2022-2023 (3,5 %), se stabilise à 3,6 % en 2025. L'usage non quotidien mais courant du vapotage (quotidien, hebdomadaire ou moins fréquent) recule pour sa part à 6%, contre 7 % en 2022-2023. Chez les jeunes adultes de 18 à 24 ans, la proportion d’un usage courant de la cigarette électronique chute de 20,6 % en 2022-2023 à 14% en 2025, sans hausse correspondante du tabagisme dans cette tranche d'âge.

Ce constat vient directement contredire l'argument, avancé par des opposants au renforcement de la réglementation du vapotage, selon lequel restreindre l'accès aux cigarettes électroniques pousserait les jeunes vers le tabac fumé. Les données de 2025 ne confirment pas cette hypothèse : la baisse du vapotage chez les jeunes adultes s'accompagne d'une poursuite du recul du tabagisme, et non d'un report vers celui-ci.  L'usage de tout produit nicotiné dans la population des 14 ans et plus au cours des douze derniers mois recule également, à 15,2 % en 2025 contre 17,4 % en 2022-2023, son niveau le plus bas enregistré.

Sachets de nicotine : un usage émergent, particulièrement chez les jeunes adultes

L'enquête distingue pour la première fois en 2025 les sachets de nicotine du snus traditionnel, contenant du tabac, interdit à la vente en Australie depuis 1991. 1,8 % des personnes de 14 ans et plus déclarent avoir utilisé des sachets de nicotine au cours des douze derniers mois, contre 0,8 % pour le snus traditionnel. Cet usage est nettement plus élevé chez les 18-24 ans, avec 8,4 % dans cette tranche d’âge ayant utilisé des sachets de nicotine et 3,8 % du snus au cours de l'année écoulée. La part des personnes cumulant trois formes de nicotine ou plus a par ailleurs presque doublé depuis 2016.

Face à cette progression, le gouvernement fédéral a annoncé, le jour même de la publication de l'enquête, un durcissement de l'accès aux sachets de nicotine. À compter du 24 juillet 2026, ces produits ne seront plus accessibles via les dispositifs dérogatoires existants (Special Access Scheme, Authorised Prescribers Scheme, Personal Importation Scheme), et leur importation individuelle, y compris sur prescription, sera interdite. Le ministre fédéral de la Santé a justifié cette mesure par la nécessité de protéger les jeunes générations d'une nouvelle forme de dépendance à la nicotine.

Marché illicite : les "buralistes" au cœur du circuit parallèle

L'enquête pointe une progression marquée du recours au tabac illicite parmi les fumeurs actuels. 34 % d’entre eux ont déclaré en avoir acheté et/ou en consommer, contre 16,7 % en 2022-2023 et 10 % en 2019. Ce total recouvre 22,6 % de personnes ayant acheté du tabac « de marque » sans conditionnement neutre ni avertissements sanitaires graphiques au cours des trois derniers mois, et 16,4 % consommant du tabac non conditionné (dit « chop chop »), généralement vendu en vrac. Ces deux catégories ne sont pas exclusives : une partie des fumeurs cumulent les deux pratiques, ce qui explique que leur somme dépasse le total de 34 %. Le marché parallèle touche aussi le vapotage.  Plus de la moitié des personnes ayant acheté du tabac illicite de marque déclarent l'avoir obtenu auprès d'un buraliste. Le marché parallèle touche aussi le vapotage : parmi les personnes utilisant des cigarettes électroniques, seules 2,5 % les ont obtenues en officine de pharmacie et 4,8% via une pharmacie en ligne, le reste provenant de sources non autorisées, le plus souvent des buralistes.

Cette progression de l'offre illicite constitue, de l'aveu même des chercheurs à l'origine de l'analyse, le principal point de vigilance des résultats 2025. Elle appelle à un renforcement de l'application des règles existantes, plutôt qu'un assouplissement des politiques de réglementation, qu'il s'agisse du tabac ou du des produits du vapotage. Les inégalités territoriales et sociales dans la baisse du tabagisme, notamment au sein des populations prioritaires, restent également identifiées comme un axe de vigilance.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Becky Freeman, Michelle Jongenelis, Despite claims smoking has made a comeback, just 5.6% of Australians now smoke daily, The Conversation, publié 16 juillet 2026, consulté le jour-même

[2] Melissa Davey,  Smoking rates fall to historic low across Australia despite the rise of illicit tobacco, The Guardian, publié le 16 juillet 2026, consulté le jour-même

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