L’arôme et le type de dispositif de vape joueraient un rôle clé dans les modifications génétiques

4 juin 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 3 juin 2026

Temps de lecture : 5 minutes

L’arôme et le type de dispositif de vape joueraient un rôle clé dans les modifications génétiques

Une étude californienne publiée dans la revue Frontiers in Oncology est consacrée aux effets du vapotage sur l’expression des ARN par les cellules de l’épithélium buccal[1]. Les chercheurs ont comparé des personnes qui vapotent, des fumeurs de cigarettes et des non-vapoteurs non-fumeurs, afin d’évaluer dans quelle mesure la dose d’exposition et certaines caractéristiques des produits influencent les modifications transcriptomiques. Les auteurs partent du constat que les cigarettes électroniques sont souvent présentées comme une « alternative moins nocive » au tabac combustible, mais que leurs effets biologiques restent encore incomplètement caractérisés. L’étude vise précisément à mieux distinguer ce qui relève de la dose consommée et ce qui dépend du type de dispositif ou de l’arôme du e-liquide utilisé.

Le protocole de recherche

L’équipe a analysé des cellules épithéliales buccales de 83 adultes répartis en trois groupes : 35 vapoteurs, 24 fumeurs et 24 non-utilisateurs. Les prélèvements ont été étudiés par séquençage ARN, avec une modélisation statistique ajustée sur l’âge et le sexe, afin d’identifier les gènes dont l’expression différait entre les groupes.

Les chercheurs ont aussi examiné plusieurs indicateurs d’exposition, dont la quantité cumulée de e-liquide, la quantité cumulée de nicotine, le nombre d’années de vapotage, les “paquets-années” pour les fumeurs et la cotinine plasmatique, un produit de dégradation de la nicotine. Chez les vapoteurs, ils ont en outre étudié l’effet de la génération du dispositif et du type d’arôme.

Des effets génétiques marqués et multifactoriels chez les vapoteurs

L’étude a fait le constat que le vapotage comme le tabagisme sont associés à une dysrégulation de l’expression génique par rapport aux non-utilisateurs. L’étude a identifié 3 124 gènes différentiellement exprimés chez les vapoteurs et 2 180 chez les fumeurs, avec un chevauchement partiel entre les deux groupes.

Les analyses fonctionnelles ont mis en évidence des voies biologiques perturbées dans les deux cas, notamment des mécanismes liés au cancer, au cycle cellulaire et à certaines voies de signalisation, dont la voie RHO GTPase Cycle, identifiée comme l’une des plus affectées dans les deux groupes. Les auteurs soulignent aussi que les modifications observées chez les vapoteurs ne sont pas exactement les mêmes que celles chez les fumeurs, ce qui suggère des effets moléculaires à la fois communs et spécifiques.

Si certaines modifications (28,8 % sur l’ensemble) sont liées à la fréquence ou à la quantité de produits vapotés, une proportion beaucoup plus importante (66,6 %) est associée au type d’arômes et de dispositifs utilisés : les saveurs sucrées étaient associées à des modifications de 2,9 % des gènes concernés, les saveurs menthe/menthol à des modifications de 0,9 %, les saveurs fruitées à des modifications de 31 % et les saveurs multiples à des modifications de 64,3 %. Ainsi, les dispositifs de dernière génération, tels que les mods, étaient associés aux modifications les plus importantes et les plus constantes de la régulation génique.

Une évaluation complexe des risques du vapotage qui appelle à davantage de réglementation et de prudence

Les chercheurs constatent que, en comparaison avec le tabac, la réponse biologique au vapotage est plus hétérogène et dépend davantage de facteurs combinés, comme la puissance du dispositif et la composition des arômes.

Dans leur conclusion, les chercheurs estiment que l’évaluation du vapotage ne peut pas reposer sur la seule quantité consommée. Ils plaident pour une prise en compte plus large et détaillée des arômes et des caractéristiques des produits dans les cadres d’évaluation des risques et dans les décisions de santé publique et de réglementation. Les mods et autres dispositifs récents peuvent délivrer des taux de nicotine plus élevés que les cigarettes électroniques de génération précédente, et beaucoup d'entre eux contiennent également des additifs potentiellement toxiques conçus pour rendre le vapotage plus agréable et plus plaisant.

Ahmad Besaratinia, professeur de recherche en sciences de la population et de la santé publique à la Keck School of Medicine de l'USC et auteur sénior de l'étude, ainsi que ses collègues, mènent actuellement une étude de suivi sur les produits chimiques utilisés dans les liquides à vapoter afin de déterminer quels composés sont liés à des modifications de l'expression génétique : « Une fois ces substances chimiques identifiées, les décideurs politiques pourraient enjoindre les fabricants à les éliminer ou à en réduire la concentration dans les produits de cigarettes électroniques afin de minimiser les risques potentiels », a-t-il déclaré[2].

Cette étude intervient alors que la FDA américaine vient au contraire d’assouplir sa réglementation sur les arômes sucrés et fruités de vapotage, sous l’influence de l’industrie du tabac et de la nicotine. Les experts de santé publique craignent que cette décision n’aggrave l’initiation et la dépendance des jeunes et non-fumeurs et induise des risques sanitaires à long terme.

©Génération Sans Tabac

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[1]George J, Tommasi S, Pabustan N, Kessler DM, Thomas ZL, Baezconde-Garbanati L, Siegmund KD et Besaratinia A, Multidimensional exposure architecture shapes vaping-associated transcriptomic dysregulation in oral epithelium, Frontiers in Oncology, publié le 1 juin 2026, consulté le 2 juin 2026

[2]Zara Abrams, E-cigarette flavor and device type play a key role in vaping-related molecular changes, study finds, Keck School of Medicine of USC, publié le 1 juin 2026, consulté le 2 juin 2026

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