Dépistage du cancer du poumon, entre nouveau programme et nouvelles pistes
22 mai 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 21 mai 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Le ministère de la Santé français lance le programme « IMPULSION », une expérimentation nationale de dépistage précoce du cancer du poumon destinée à 20 000 fumeurs et ex-fumeurs à risque. Face à une maladie responsable de près de 31 000 décès chaque année en France, ce dispositif repose sur des scanners thoraciques à faible dose, associés à un accompagnement au sevrage tabagique. En parallèle, de nouvelles recherches internationales menées dans le cadre du Centre international de recherche sur le cancer ouvrent la voie à des tests sanguins capables d’affiner l’identification des personnes les plus exposées au risque de cancer du poumon.
Une maladie encore très meurtrière, essentiellement attribuable au tabagisme, qui serait détectée précocement
Le ministère de la Santé a annoncé le lancement du programme de recherche « IMPULSION » (IMplémentation du dépistage du cancer PULmonaire par Scanner en populatION), destiné à expérimenter un dépistage précoce du cancer du poumon, quand les chances de guérison sont plus élevées, auprès de 20 000 fumeurs ou ex-fumeurs âgés de 50 à 74 ans[1]. Le dispositif prévoit la réalisation de scanners thoraciques à faible dose, et, si nécessaire, une prise en charge médicale spécifique en cas de dépistage d’anomalies au cancer. Le programme débute dans cinq régions : l’Île-de-France, les Hauts-de-France, les Pays de la Loire, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Cinq à quinze centres de radiologie habilités ouvriront progressivement dans chacune de ces régions.
Selon le ministère, l’objectif du programme est de définir les modalités d’un futur programme national de dépistage précoce, qui doit se mettre en place « d’ici à 2030 », selon la ministre de la Santé Stéphanie Rist. Selon l’Institut national du cancer, un dépistage par scanner pourrait réduire de 20 à 25 % la mortalité liée au cancer du poumon après 10 ans de suivi, sachant que dans 73 % des cas aujourd’hui, le cancer du poumon est diagnostiqué à un stade avancé, avec un taux de survie globale à 5 ans de seulement 20 %.
Le cancer du poumon demeure la tumeur maligne la plus mortelle en France, avec environ 53 000 nouveaux cas et 30 900 décès chaque année. Dans près de huit cas sur dix, il est lié au tabagisme. Si le taux d'incidence tend à se stabiliser chez les hommes (- 0.2 % entre 2003 et 2023), il augmente de façon préoccupante chez les femmes (+ 5 % entre 2003 et 2023). Cette augmentation est le résultat d'une consommation de tabac chez les femmes qui a augmenté dans les années 1980-1990, tandis que celle des hommes commençait à diminuer[2].
Les professionnels de santé des régions concernées (médecins généralistes, tabacologues ou infirmiers) sont invités à identifier les personnes éligibles : les fumeurs ou anciens fumeurs, âgés de 50 à 74 ans, ayant fumé au moins 20 paquets-années et ayant arrêté depuis moins de 15 ans. Un paquet année correspond à la consommation de 10 cigarettes par jour pendant deux ans, d’un paquet de 20 cigarettes par jour pendant un an ou de deux paquets par jour pendant 6 mois.
Les personnes volontaires peuvent également contacter directement le centre d’appel national au 34 33 ou s’inscrire via le site officiel du programme. Un questionnaire et une consultation permettront ensuite de vérifier leur éligibilité.
Un suivi médical pris en charge intégrant un traitement de l’addiction tabagique
Les participants bénéficieront d’un scanner thoracique à faible dose remboursé à 100 % par l’Assurance maladie. En l’absence d’anomalie, un second scanner sera réalisé un an plus tard, puis tous les deux ans.
Si une anomalie est détectée, des examens complémentaires seront programmés dans des délais variables selon les résultats. En cas de diagnostic de cancer du poumon, les patients seront orientés vers une équipe spécialisée en oncologie thoracique avec un accompagnement médical et psychologique.
En parallèle, il est systématiquement proposé un accompagnement au sevrage tabagique. Combiner le dépistage et l'arrêt du tabac permettrait de réduire de 38 % le risque de décès par cancer du poumon[3]. Selon une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet, un dépistage précoce pourrait éviter environ 13 000 décès en cinq ans.
Un test sanguin complémentaire pourrait affiner le dépistage du cancer du poumon
Par ailleurs, une étude publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) suggère qu’un test sanguin pourrait améliorer le dépistage du cancer du poumon[4]. Aujourd’hui, le dépistage repose principalement sur les antécédents d’exposition au risque tabagique. Or, il apparaît que d’autres facteurs, comme des modifications génétiques ou des expositions environnementales, peuvent également influencer ce risque. De ce fait, les recommandations actuelles de dépistage excluent de nombreuses personnes vulnérables : jusqu’à 65 % des personnes atteintes d’un cancer du poumon ne sont pas éligibles au dépistage, 10 à 20 % d’entre elles n’ont jamais fumé.
Des chercheurs du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la santé, et leurs partenaires du Lung Cancer Cohort Consortium (LC3), ont établi le modèle INTEGRAL-Risk, intégrant sept cohortes de cas prédéfinies afin d’estimer le risque absolu de diagnostic de cancer du poumon en fonction de l’âge, des antécédents de tabagisme et de 13 protéines sanguines. En suivant près de 3 700 participants ayant des antécédents tabagiques, les chercheurs ont comparé le modèle INTEGRAL-Risk à des méthodes existantes permettant de déterminer qui est éligible au dépistage du cancer du poumon par tomodensitométrie (comme des questionnaires). Le dispositif INTEGRAL-Risk a permis d’identifier 85 % des cancers du poumon survenant dans l’année suivante, contre 70 % avec un modèle de référence basé sur un questionnaire et 63 % avec les critères de dépistage actuellement en vigueur aux États-Unis.
« Notre objectif n’est pas de remplacer la tomodensitométrie à faible dose (LDCT) comme test de dépistage, mais plutôt d’affiner le processus de dépistage en le ciblant sur les personnes les plus susceptibles d’en bénéficier », a expliqué la Dr. Hilary Robbins, chercheuse au CIRC, qui a codirigé l’étude, ajoutant que « ces résultats fournissent des preuves solides que les biomarqueurs sanguins pourraient jouer un rôle important dans la prochaine génération de stratégies de dépistage du cancer du poumon. »[5]. Le test est encore en phase de recherche et devra être évalué dans des études à plus grande échelle avant une éventuelle utilisation clinique.
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[1]Dépistage du cancer du poumon : un programme pilote gratuit lancé dans cinq régions, Le Monde, publié le 18 mai 2026, consulté le 19 mai 2026
[2]Dépistage du cancer du poumon : le programme IMPULSION recherche 20 000 volontaires, Hospices Civils de Lyon, mis à jour le 19 mai 2026, consulté le même jour
[3]Oihana Gabriel, Cancer du poumon: un nouveau programme de dépistage pilote lancé, voici comment y participer, Notre Temps, publié le 19 mai 2026, consulté le même jour
[4]Zahed H., Feng X., Alcala K., et al., Biomarker-Based Eligibility for Lung Cancer Screening: Validation of the Protein-Based INTEGRAL-Risk Model, JAMA, publié le 18 mai 2026, consulté le 19 mai 2026
[5]New study finds that blood test could increase the impact of lung cancer screening with low-dose computed tomography, International Agency for Research on Cancer, World Health Organization, publié le 18 mai 2026, consulté le 19 mai 2026