Argentine : le gouvernement met fin à l’interdiction du tabac chauffé, des sachets de nicotine et produits du vapotage

13 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 11 mai 2026

Temps de lecture : 7 minutes

Argentine : le gouvernement met fin à l’interdiction du tabac chauffé, des sachets de nicotine et produits du vapotage

Le gouvernement argentin a adopté un nouveau cadre réglementaire autorisant la commercialisation des cigarettes électroniques, des produits du tabac chauffé et des sachets de nicotine, revenant ainsi sur plusieurs années d’interdiction de ces produits dans le pays. Publiée début mai 2026, la résolution 549/2026 crée un régime d’autorisation, d’enregistrement et de contrôle applicable aux nouveaux produits nicotiniques. Les autorités argentines présentent cette évolution comme une réponse à l’échec de la prohibition, estimant que ces produits continuaient à circuler massivement via des circuits informels sans contrôle sanitaire ni fiscal[1].

Le gouvernement affirme vouloir mieux encadrer un marché déjà largement implanté, notamment chez les adolescents. Toutefois, cette décision suscite une vive opposition des organisations de santé publique, qui dénoncent un « grave recul » pour la lutte contre la dépendance à la nicotine et la protection des jeunes. Plusieurs sociétés savantes et associations médicales argentines alertent notamment sur le risque de normalisation des usages nicotiniques et sur l’ouverture d’un nouveau marché pour l’industrie du tabac et de la nicotine, dans un contexte de forte progression du vapotage chez les adolescents.

Une levée des interdictions malgré une hausse préoccupante du vapotage chez les jeunes

La réforme abroge les précédentes mesures restrictives adoptées par les autorités sanitaires argentines. La résolution 565/2023, qui interdisait les produits du tabac chauffé, est supprimée, tandis que l’ANMAT revient également sur sa disposition historique de 2011 interdisant l’importation, la commercialisation et la publicité des cigarettes électroniques en Argentine. Le nouveau dispositif crée désormais un régime d’autorisation et de contrôle des produits du tabac et de la nicotine. Les fabricants et importateurs devront enregistrer les produits, déclarer leur composition et respecter certaines exigences réglementaires. Le texte prévoit notamment des avertissements sanitaires obligatoires, des limitations relatives aux éléments de design susceptibles d’attirer les mineurs ainsi que certaines restrictions sur les arômes autorisés. Seuls les arômes tabac et menthol restent autorisés pour les sachets de nicotine, tandis que les cigarettes électroniques et produits chauffés devront être limités aux saveurs tabac.

Le gouvernement soutient que cette mesure vise à reprendre le contrôle d’un marché déjà largement existant et à lutter contre le commerce illégal. Les autorités invoquent notamment des données nationales montrant une progression importante du vapotage chez les adolescents. Selon les chiffres cités dans la résolution 549/2026, la prévalence d’usage des cigarettes électroniques atteindrait 35,5 % chez les lycéens au cours de l’année écoulée.

Ce point constitue toutefois l’un des principaux paradoxes dénoncés par les organisations de santé : alors même que les autorités reconnaissent des niveaux de consommation « alarmants » chez les jeunes, elles choisissent d’ouvrir légalement le marché de ces produits et d’en banaliser la consommation.

Les organisations de santé dénoncent un « grave recul » pour la santé publique

À la suite de l’annonce gouvernementale, plusieurs organisations médicales et de santé publique argentines ont publié un communiqué commun demandant la suspension immédiate de la réforme. Parmi les signataires figurent notamment l’Union Antitabac Argentine (UATA), l’Association argentine de tabacologie (AsAT), la Société argentine de médecine (SAM), la Fédération argentine de cardiologie (FAC) et la Société argentine de pédiatrie (SAP).

Les organisations dénoncent une décision qui, selon elles, « ouvre la porte à l’expansion d’un marché de produits addictifs », promus à travers des stratégies commerciales reposant sur « l’innovation technologique, le design attractif, la perception de moindre danger et la captation de nouveaux consommateurs ». Elles estiment que cette évolution affaiblit les politiques de prévention et de protection des mineurs face à la dépendance à la nicotine. Les signataires rappellent également que les produits concernés ne sont pas sans risque pour la santé. Ils soulignent les effets de la nicotine sur le développement cérébral des adolescents, les risques cardiovasculaires, les atteintes respiratoires liées aux produits inhalés ainsi que les risques d’intoxications accidentelles et de toxicité pendant la grossesse.

Le communiqué insiste également sur l’absence d’éléments scientifiques indépendants permettant de justifier cette évolution réglementaire. Les organisations estiment que les incertitudes persistantes concernant les effets à long terme des cigarettes électroniques, des produits chauffés et des sachets de nicotine devraient au contraire conduire à appliquer le principe de précaution et appliquer de manière effective les dispositions en jusqu’alors en vigueur plutôt qu’à organiser leur commercialisation à grande échelle.

Une ouverture du marché favorable aux stratégies de l’industrie du tabac

Au-delà du débat réglementaire, cette évolution intervient dans un contexte international marqué par l’expansion rapide des nouveaux produits de nicotine et par l’intensification des stratégies d’influence de l’industrie du tabac. Plusieurs organisations et acteurs favorables à la réforme ont soutenu publiquement l’approche argentine au nom de la « réduction des risques » et de la nécessité de « réguler plutôt qu’interdire ».

Ces arguments reprennent des éléments régulièrement mobilisés par les fabricants de produits nicotiniques : échec de la prohibition, différenciation des risques entre produits ou encore nécessité de lutter contre le marché informel. Les multinationales du tabac investissent aujourd’hui massivement les segments des cigarettes électroniques, du tabac chauffé et des sachets de nicotine afin de maintenir la dépendance à la nicotine et renouveler leurs marchés, notamment auprès des jeunes générations.

Les sachets de nicotine concernés par la réforme sont déjà commercialisés par plusieurs grands groupes du tabac sur les marchés internationaux, notamment British American Tobacco avec VELO ou Philip Morris International avec ZYN. En janvier 2026[2], plusieurs organismes en santé publique alertaient déjà sur le développement rapide de ces produits en Argentine et sur les stratégies de pénétration du marché déployées par l’industrie dans plusieurs pays d’Amérique latine.

Les acteurs de santé publique soulignent également que le nouveau cadre réglementaire ne comporte pratiquement aucune mesure concernant les points de vente, les réseaux sociaux ou l’interdiction de tout marketing numérique particulièrement utilisée pour promouvoir ces produits auprès des jeunes publics. Cette absence de contrôle des pratiques promotionnelles apparaît d’autant plus préoccupante que les produits concernés reposent largement sur des stratégies de séduction associant innovation technologique, discrétion d’usage, arômes attractifs et forte visibilité numérique.

Alors que plusieurs pays renforcent actuellement leurs réglementations sur les nouveaux produits nicotiniques, notamment par des interdictions d’arômes, des restrictions publicitaires ou des interdictions de certains dispositifs, l’Argentine fait ainsi le choix inverse en revenant sur des interdictions historiques pourtant fondées sur des préoccupations sanitaires et le principe de précaution.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Eugenia Leis Montero, Pese a que producen efectos nocivos en la salud, el Gobierno habilitó los vapeadores y las bolsitas de nicotina, Chequeado, publié le 5 mai 2026, consulté le 7 mai 2026

[2] Sachets de nicotine : une nouvelle offensive de l’industrie du tabac en Argentine, Génération sans tabac, publié le 13 janvier 2026, consulté le 7 mai 2026

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