Au Royaume-Uni, une organisation de ramassage de mégots accusée d’être financée par l’industrie

12 mai 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 11 mai 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Au Royaume-Uni, une organisation de ramassage de mégots accusée d’être financée par l’industrie

Une enquête récente a révélé que l’association caritative britannique Keep Britain Tidy (KBT), engagée dans la lutte contre les déchets, a reçu plusieurs millions de livres sterling de l’industrie du tabac via un intermédiaire, Clean Streets CIC. Cette situation suscite des inquiétudes, notamment pour les autorités locales partenaires de ses campagnes. En effet, conformément à l’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) que le pays a ratifiée, les institutions publiques doivent prohiber tout financement ou avantage provenant de l’industrie du tabac, afin de préserver l’indépendance des politiques de santé publique[1].

Un mode de financement opaque et en forte croissance

Selon les comptes de KBT, près de 9 millions de livres sterling (10 millions d’euros) ont été reçus en 2022 provenant de l’industrie du tabac, contribuant à tripler les revenus de l’organisation en 2022-2023. Ces financements ont transité par Clean Streets CIC, une structure créée en 2021 et financée par l’association des fabricants de tabac, la Tobacco Manufacturers Association (TMA). En sont membres les cigarettiers British American Tobacco, Imperial Brands et JTI. Deux membres du conseil d'administration de KBT sont aussi administrateurs de Clean Streets CIC. Depuis 2022, les budgets consacrés aux campagnes liées aux mégots atteignent environ 15 millions de livres sterling (17 millions d’euros) par an, sans que la part exacte d’origine industrielle soit clairement établie. Des interrogations subsistent également sur la transparence de ces financements auprès des partenaires locaux, notamment les autorités publiques tout particulièrement vigilantes sur l’absence de liens avec l’industrie du tabac.

Pourtant, en 2013, l'association avait communiqué sur son engagement à ne plus accepter de financement de l'industrie du tabac. Depuis, KBT a prétendu avoir rendu cette collaboration transparente. L’organisation antitabac Action on Smoking and Health (ASH) dément, de nombreux messages inquiets reçus de la part d’employés de collectivités locales attestant que le fait n’était pas connu de tous.

Des risques d’influence et de conflits d’intérêts

Le recours à des structures intermédiaires est une pratique courante et amplement documentée de la part de l’industrie du tabac pour soutenir des initiatives en apparence indépendantes, afin d’étendre son influence. L’enjeu pour les fabricants est également par ce biais de redorer leur image, une pratique qualifiée d’« écoblanchiment » (« greenwashing »), en plus d’éviter d’assumer elle-même les coûts environnementaux du tabac. Hazel Cheeseman, directrice générale d’ASH, a déclaré : « Il est profondément décevant de voir une association caritative influente comme Keep Britain Tidy accepter des financements liés à l'industrie du tabac. Cela compromet son intégrité et risque d'amener les autorités locales à manquer à leur obligation légale de protéger les politiques publiques contre l'influence de l'industrie du tabac. »[2].

Ces financements peuvent en effet soulever des questions quant à l’influence exercée sur les actions menées. Des autorités locales ont ainsi signalé que certaines propositions, comme l’intégration de messages d’aide à l’arrêt du tabac ou des indications sur les services de sevrage tabagique, auraient été refusées dans le cadre de campagnes soutenues par KBT.

Transparence, indépendance et responsabilité des cigarettiers sont désormais exigées

ASH appelle ainsi à faire respecter strictement l'article 5.3 de la CCLAT, qui exige des organismes publics qu'ils protègent l'élaboration des politiques contre les intérêts particuliers de l'industrie du tabac, notamment en ce qui concerne le refus de tout financement même indirect de la part des industriels et leurs représentants.

L’organisation plaide pour qu’un dispositif de collecte et de nettoyage des mégots soit mis en place selon le principe « pollueur-payeur », donc à la charge des fabricants, mais que le mécanisme de responsabilité élargie des producteurs prévoit un système de gouvernance indépendant des fabricants.

En attendant, Mary Creagh, du ministère de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra), a déclaré à la campagne de lutte contre les déchets qu'elle ne pouvait pas la soutenir[3].

©Génération Sans Tabac

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[1]Keep Britain Tidy’s income tripled after receiving tobacco industry money: conflict of interest questions are inevitable, Action on Smoking and Health (ASH), publié le 21 avril 2026, consulté le 22 avril 2026

[2]Alex Ralph, Tobacco industry gave millions to Keep Britain Tidy via middleman, The Times, publié le 7 avril 2026, consulté le 22 avril 2026

[3]Alex Ralph, Nature minister snubs Keep Britain Tidy over tobacco cash, The Times, publié le 10 mai 2026, consulté le 11 mai 2026

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