Les Pays-Bas examinent l’option d’une interdiction des filtres de cigarettes

25 avril 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 23 avril 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Les Pays-Bas examinent l’option d’une interdiction des filtres de cigarettes

Le gouvernement néerlandais poursuit ses travaux sur une éventuelle interdiction des filtres de cigarettes, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à leur impact environnemental[1]. Appuyée par des données scientifiques récentes, notamment de l’Institut national de santé publique et de l’environnement (RIVM)[2], cette réflexion s’inscrit dans une dynamique plus large de réduction de la pollution plastique liée aux produits du tabac. Si aucune décision définitive n’a encore été arrêtée, les éléments disponibles, tant scientifiques que politiques, renforcent la crédibilité d’une telle mesure, désormais discutée également à l’échelle internationale, européenne et dans d’autres pays.

Une réflexion gouvernementale structurée et encore en cours

Aux Pays-Bas, la réflexion sur une éventuelle interdiction des filtres de cigarettes s’inscrit dans un processus politique engagé de longue date, nourri à la fois par des travaux d’expertise et par des objectifs environnementaux ambitieux. Les filtres de cigarettes, en tant que plastiques à usage unique contenant de nombreuses substances toxiques, sont désormais identifiés comme une source majeure de pollution environnementale.

Le gouvernement néerlandais vise notamment une réduction significative des déchets liés aux mégots, avec un objectif de diminution pouvant atteindre 70 % à l’horizon 2026, objectif qui s’avère difficile à atteindre avec les seuls dispositifs actuellement en place.

Dans ce contexte, plusieurs options ont été examinées, incluant des mesures de sensibilisation, des dispositifs de collecte ou encore des systèmes de consigne pour les mégots. Toutefois, les analyses commandées par les autorités, notamment l’étude réalisée par CE Delft, ont conclu que ces instruments ne permettraient pas d’atteindre les objectifs fixés. Les politiques existantes ne conduiraient qu’à une réduction limitée des déchets, estimée à environ 15 %, ce qui a conduit les pouvoirs publics à envisager des mesures plus structurelles, parmi lesquelles figure l’interdiction des filtres.

Par ailleurs, le gouvernement a explicitement reconnu les limites de certaines solutions alternatives. L’idée d’un système de consigne pour les mégots, bien qu’explorée, a été jugée difficilement applicable sur le plan opérationnel. De même, les filtres dits « alternatifs » ou « biodégradables » ne sont pas considérés comme une réponse satisfaisante, en raison de leur persistance dans l’environnement du fait que les conditions de dégradation requises ne sont pas réunies dans la vie réelle et de leur capacité limitée à réduire l’impact global de ces déchets.

Sur le plan juridique, les autorités néerlandaises ont également identifié des contraintes importantes. Une interdiction strictement nationale pourrait se heurter aux règles du marché intérieur européen, ce qui conduit le gouvernement à privilégier une approche coordonnée à l’échelle de l’Union européenne. À ce titre, les Pays-Bas ont engagé des démarches pour inscrire la question des filtres de cigarettes dans les discussions relatives à la révision de la directive sur les plastiques à usage unique, avec l’objectif de porter cette mesure au niveau européen.

Enfin, cette réflexion s’inscrit dans une dynamique politique plus large, marquée par une mobilisation croissante des acteurs institutionnels et de la société civile autour de la pollution liée aux mégots.

Des données scientifiques convergentes sur l’impact environnemental et sanitaire

Les travaux récents du Rijksinstituut voor Volksgezondheid en Milieu (RIVM), l’Institut national de la santé publique et de l’environnement des Pays-Bas apportent un éclairage déterminant sur les effets des filtres de cigarettes. Selon l’institut, une interdiction de ces dispositifs permettrait de réduire significativement les rejets de microplastiques dans l’environnement. Les filtres sont en effet principalement composés d’acétate de cellulose, un plastique persistant qui peut subsister pendant des décennies dans les milieux naturels. À ce titre, ils constituent une source durable de pollution plastique, bien au-delà des seuls enjeux de propreté urbaine. Ceci renforce la légitimité d’une intervention publique pour supprimer ces déchets à la source. L’institut souligne également que les filtres ne confèrent aujourd’hui aucun bénéfice sanitaire démontré pour les fumeurs, remettant en cause leur utilité au regard des dommages qu’ils génèrent.

Par ailleurs, les mégots relarguent de nombreuses substances toxiques, telles que la nicotine, des métaux lourds ou encore des hydrocarbures aromatiques polycycliques, contribuant à la contamination des sols et des milieux aquatiques. Si certaines incertitudes subsistent quant aux différences précises d’impact entre cigarettes avec ou sans filtre, les analyses disponibles convergent vers un constat clair : la suppression des filtres permettrait de réduire la charge globale de microplastiques issus de ces déchets.

Ces conclusions rejoignent celles d’autres instances scientifiques européennes, qui soulignent l’absence de bénéfice sanitaire aujourd’hui des filtres et l’inefficacité des alternatives présentées comme « biodégradables ». Dans ce contexte, les filtres apparaissent de plus en plus comme des composants plastiques sans utilité démontrée et à fort impact environnemental.

Une dynamique européenne et internationale en consolidation

La réflexion engagée aux Pays-Bas s’inscrit dans un mouvement plus large à l’échelle européenne. Les filtres de cigarettes sont déjà intégrés dans le champ de la directive sur les plastiques à usage unique (SUPD), qui impose aux fabricants des obligations le financement du nettoyage des déchets. Toutefois, ces dispositifs sont de plus en plus perçus comme insuffisants pour répondre à l’ampleur de la pollution générée.

Dans ce contexte, plusieurs États membres soutiennent une évolution vers des mesures de réduction à la source, dont l’interdiction des filtres constitue une option structurante. Cette question est également discutée dans le cadre des réflexions sur la révision de la législation européenne (en particulier les directives sur les plastiques à usage unique (SUP) et la directive sur les produits du tabac (TPD)), ainsi que dans les négociations internationales relatives à un traité mondial contre la pollution plastique.

Par ailleurs, cette dynamique dépasse désormais le cadre de l’Union européenne. Au Royaume-Uni, le projet de loi « Tobacco and Vapes Bill », qui devrait prochainement entrer en vigueur après l’approbation royale, prévoit la possibilité d’interdire les filtres de cigarettes au niveau national. Si la mise en oeuvre de cette mesure reste à ce stade imprécise, l’introduction de ce pouvoir réglementaire constitue un signal politique fort. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de renforcement du contrôle du tabac, incluant notamment l’instauration d’une génération sans tabac à partir de 2027.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Kabinet onderzoekt filterverbod nog steeds, TabakNee, publié le 20 avril 2026, consulté le 22 avril 2026

[2] Communiqué, Verbod op sigarettenfilters kan hoeveelheid microplastics in milieu verminderen, RIVM, publié le 20 avril 2026, consulté le 22 avril 2026

Comité national contre le tabagisme |

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