Tabac et communauté LGBT

La communauté LGBT est touchée de manière disproportionnée par le tabac

Contexte

Les membres de la communauté LGBT se caractérisent par des conduites à risques plus fréquentes résultant de divers facteurs. Parmi ces conduites à risques, le tabagisme est notamment particulièrement élevé par comparaison avec la prévalence moyenne enregistrée. Jusqu’à récemment, peu de données en relation à l’épidémie de tabagisme chez les LGBT étaient disponibles dans la mesure où les critères d’orientations sexuelles n’étaient pas retenus lors des enquêtes. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies que la recherche a pu démontrer cette très forte prévalence au sein de cette communauté.[1] Selon un rapport de 2011 de l’Institute of Medicine,[2] les chercheurs sont confrontés à de nombreuses difficultés pour mieux appréhender les besoins de santé des populations LGBT du fait de ce manque de données.

Un certain nombre de données sont cependant disponibles en ce qui concerne les actions de l’industrie du tabac en direction de cette communauté. En effet, depuis des années les fabricants de tabac ont cherché à attirer les consommateurs LGBT au travers de campagnes de publicités ciblées dans la presse LGBT, mais aussi de promotions agressives faites d’offres gratuites et de cadeaux. Aujourd’hui, la communauté LGBT fait partie de celles les plus gravement touchées par l’épidémie tabagique.[3] [4]

Taux de tabagisme dans la communauté LGBT

  • Aux Etats-Unis, 20,6% des adultes LGB et 35,5% des adultes transgenres sont consommateurs de cigarettes. A titre de comparaison, 14,9% des adultes hétérosexuels le sont. En 2013, les adultes transgenres étaient 2,1 fois plus susceptibles de fumer que les adultes cisgenres ; [5] [6]
  • Les lesbiennes, les gays et les bisexuels adultes fument jusqu’à 2,5 fois plus que les hétérosexuels [7]; 
  • Actuellement, seulement 11,8% des jeunes américains adultes hétérosexuels indiquent être fumeurs contre 19% des homosexuels, 16,9 % des bisexuels et 33,2% des jeunes adultes transgenres[8] ; 
  • Les femmes bisexuelles sont jusqu’à 3,5 fois plus susceptibles de fumer, elles essayent leur première cigarette à un âge plus jeune et sont davantage dépendantes à la nicotine que les femmes hétérosexuelles [9] ; 
  • Par ailleurs, les fumeurs LGBT sont considérablement plus susceptibles de fumer des cigarettes mentholées, dont les caractéristiques de renforcement à l’addiction sont bien établies. Selon la National Survey on Drug Use and Health (enquête nationale sur la consommation de drogues et la santé) menée en 2018 aux Etats-Unis, 51 % des lesbiennes et des gays sont consommateurs de cigarettes mentholées contre 29 % des hétérosexuels.[10] Une étude de l’université de médecine et d’ontologie du New Jersey révèle que les fumeurs de cigarettes mentholées absorbent davantage de nicotine et de monoxyde de carbone du fait que le menthol masque l’effet irritant de la fumée de cigarette. Par conséquent, la consommation de ces dernières en est facilitée et leur arrêt plus complexe[11] ; 
  • La prévalence tabagique d’autres types de produits du tabac comme les narguilés, les cigares, les cigarillos, est également plus élevée parmi les adultes LGBT que chez les adultes hétérosexuels[12]
  • Non seulement les LGBT présentent une prévalence tabagique relativement plus élevée, mais par ailleurs ces personnes sont aussi davantage exposées au tabagisme secondaire (tabagisme passif). Une étude de 2011 indique qu’aux Etats-Unis, les clients de bars LGBT étaient 38 % fois plus susceptibles d’être exposés à la fumée secondaire dans ces bars.[13] De plus, une autre étude met en avant la probabilité accrue pour une femme non fumeuse appartenant à une minorité sexuelle d’être exposée à la fumée secondaire[14];

De plus, même si les taux de tabagisme chez les jeunes ont globalement baissé pour atteindre les 6% en 2016,[15] la proportion de fumeurs parmi les jeunes LGB demeure considérablement plus élevée. Selon une analyse de données portant sur la période 1987 à 2000,[16] plus du double des élèves LGB scolarisés en classes de troisième à la terminale ont fumé une cigarette avant l’âge de 13 ans par rapport à leurs pairs hétérosexuels.[17] En outre, les lesbiennes et les filles bisexuelles sont 9,7 fois plus susceptibles de fumer des cigarettes régulièrement que leurs camarades hétérosexuelles.[18]

 

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La longue tradition du ciblage de la communauté LGBT par l’industrie du tabac

L’acceptation sociale et politique de la communauté LGBT, dans les années 1990, a conduit les spécialistes du marketing à vouloir cibler tout particulièrement ce segment de la population. Des documents internes prouvent que l’industrie du tabac était bel et bien consciente des forts taux de tabagisme au sein des minorités sexuelles, et que les stratégies de marketing mettaient bien en avant les efforts entrepris pour tirer profit du marché LGBT.

Par exemple, un des documents de l’industrie datant de 1997 mentionnait : « un large pourcentage de gays et de lesbiennes sont fumeurs. Afin d’accroître la part de marché ainsi que la notoriété de la marque (…) il est impératif d’identifier les nouveaux marchés à potentiel de croissance ».[19]

L’industrie du tabac cible ainsi la communauté LGBT depuis au moins 1991. Cette, année-là, pour mettre un terme au boycott engagé à son encontre, le cigarettier Philip Morris s’est engagé avec la promesse de dons juteux pour les programmes et recherches  pour lutter contre le SIDA.[20] Le boycott était mené par l’AIDS Coalition to Unleash Power (ACTUP) qui protestait contre le soutien du cigarettier apporté au Sénateur Jesse Helms, R-N. C., l’un des principaux opposants au financement de programmes contre le SIDA et adversaire des droits civils de la communauté LGBT.[21] En mettant en avant les dons apportés par l’entreprise comme preuves de son soutien à la communauté LGBT, Philip Morris a rapidement eu accès à ce marché, ouvrant ainsi la voie à d’autres entreprises du tabac qui lui ont emboîté le pas.

Les entreprises du tabac ont également commencé leurs campagnes publicitaires dans la presse gay au début des années 1990. Leur optique a été de normaliser la consommation de tabac dans cette communauté en présentant le tabagisme comme partie intégrante de la vie LGBT. En outre, de nombreuses publicités pour des produits autres que les cigarettes conféraient un caractère attractif au fait de fumer et de nombreux articles n’ayant aucun rapport avec la consommation de cigarettes étaient illustrés avec des images de tabac.

En 2000, des documents confidentiels de l’entreprise du tabac R.J. Reynolds ont fuité et ont révélé la stratégie marketing intitulée « Project SCUM » (Sub-Culture Urban Marketing – marketing des sous-cultures urbaines). Cette dernière, très controversée, avait pour objectif d’accroître les ventes de cigarettes en ciblant les hommes gays et les sans-abris avec des publicités et des présentoirs placés stratégiquement dans les centres d’accueil communautaires et les magasins spécialisés.[22] En plus des dons, des cadeaux et de la publicité accrue, l’industrie du tabac a mis au point une sensibilisation communautaire en organisant des évènements tels que les « LGBT bar nights » (soirées dans des bars à l’attention de la communauté LGBT) promouvant tout particulièrement certaines marques de cigarettes.

 

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Rompre les liens avec l’industrie du tabac et soutenir le sevrage tabagique

Campaign for Tobacco Free Kids (CTFK), une association américaine à but non lucratif, souligne la nécessité pour les associations LGBT de rompre tous leurs liens avec l’industrie du tabac car cette dernière continue de parrainer de nombreux évènements comme les marches des Fiertés. Celle-ci s’approprie également le visuel des LGBT (utilisation de symboles et de références tels que l’arc-en-ciel) et poursuit son ciblage de cette communauté par le biais de publicités dans la presse spécialisée.

Cette stratégie de marketing très segmentée de l’industrie du tabac pourrait ne pas être l’unique responsable de ces prévalences élevées. A cela s’ajoutent un accès restreint aux soins, des niveaux de stress plus élevés générés par la discrimination sociale et enfin l’incidence accrue de la toxicomanie dans cette partie de la population. CTFK met en avant le besoin de conduire des recherches supplémentaires afin de mieux comprendre les facteurs contribuant au taux élevé de tabagisme parmi les LGBT.1 La prévalence moyenne plus élevée est également associée à une moindre proportion de tentatives d’arrêts par rapport à la population fumeuse hétérosexuelle : respectivement 14,5% v/ 31,7% ont eu recours à des prises en charge et traitements pour un sevrage tabagique[23]. Une meilleure accessibilité des LGBT aux services de soins d’arrêt du tabac pourrait aider la communauté à réduire son niveau de tabagisme élevé.[24]                                                                                                      

Les nouveaux produits du tabac et de la nicotine, une nouvelle opportunité pour l’industrie du tabac

Alors qu’il est établi que la consommation de tabac est supérieure chez les LGBT, cette tendance se retrouve également pour la consommation des nouveaux produits du tabac et de la nicotine.  Selon les résultats de l’étude « E-cigarette use and risks behavior among Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender » de 2020 menée par le Kansas Journal of Medicine, les adultes LGBT consomment  quasiment trois fois plus de nouveaux produits du tabac et de la nicotine que les adultes hétérosexuels (prévalence de 13% contre 4,8%).[25] L’étude souligne que ces minorités ont davantage tendance à adopter des comportements à risques que leurs pairs hétérosexuels notamment en consommant, proportionnellement, plus de cigarettes traditionnelles, cigarettes électroniques et de marijuana. Ce schéma se retrouve aussi bien chez les hommes que les femmes LGBT et ce, quelle que soit la classe d’âge concernée.

Il est vrai que cette communauté continue à faire l’objet d’actions ciblées soutenues de la part de l’industrie du tabac pour ces nouveaux produits. Selon une enquête de 2013, les adultes LGB étaient bien plus exposés à la publicité du tabac et des nouveaux produits de la nicotine avec nombre de promotions par le biais de coupons ou de réductions. Les chercheurs de l’étude « Does tobacco industry marketing excessively impact lesbian, gay and bisexual communities ? » pointent le poids de ces stratégies marketing.[26]

En France

De manière générale, en France, les données sur le tabagisme au sein de la communauté LGBT ne sont pas encore disponibles. Bien qu’une étude sur les stigmatisations des minorités sexuelles et leur état de santé ait été publiée le 17 mai 2021 par Santé publique France, celle-ci ne fait pas état de la prévalence tabagique ou des comportements addictifs parmi les membres de la communauté LGBT. Les études américaines sur le sujet demeurent, pour le moment, la référence en la matière.

Pour plus d’informations sur l’effet disproportionné qu’a le tabac sur certaines populations, y compris les minorités raciales, les communautés à faibles revenus et ceux souffrant de maladies mentales, vous pouvez consulter le site truthinitiative.org (en anglais).

Note : Ce document est une version adaptée de la page de Truth Initiative sur le tabagisme au sein de la communauté LGBT. La terminologie employée dans ce document varie en fonction des études qui sont résumées afin de refléter avec fidélité les sources originales. Truth Initiative reconnaît que certains termes employés ne sont plus ceux préconisés par la communauté LGBT.

 

Crédits photos : ©Truth Initiative

©Génération Sans Tabac


[1] Bach L, « Tobacco use in lesbian, gay, bisexual and transgender (LGBT) communities », Campaign for tobacco Free Kids, 29 mars 2021

[2] Institute of Medicine, « The Health of Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender People: Building a Foundation for Better Understanding » National Academies Press 2011 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK64806/

[3] Smith EA, Malone RE, « The Outing of Philip Morris: Advertising Tobacco to Gay Men »  American Journal of Public Health 2003 https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.93.6.988

[4] Stevens P, Carlson LM, Hinman JM, « An Analysis of Tobacco Industry Marketing to Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender (LGBT) Populations: Strategies for Mainstream Tobacco Control and Prevention » Health Promotion Practice 2004 https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1524839904264617

[5] Centers for Disease Control and Prevention, « Current Cigarette Smoking Among Adults- United States, 2005-2015 » Morbidity and Mortalilty Weekly Report. 2016 https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/65/wr/mm6544a2.htm

[6] Buchting FO, Emory KT, Scout, et al, « Transgender Use of Cigarettes, Cigars, and E-Cigarettes in a National Study » American Journal of Preventive Medicine 2017 https://www.ajpmonline.org/article/S0749-3797(16)30623-7/fulltext

[7] Lee JGL, Griffin GK, Melvin CL « Tobacco use among sexual minorities in the USA, 1987 to May 2007: a systematic review » Tobacco Control 2009 https://tobaccocontrol.bmj.com/content/18/4/275

[8] Rath JM, Villanti AC, Rubenstein RA, et al, « Tobacco Use by Sexual Identity Among Young Adults in the United States » Nicotine & Tobacco Research 2013 https://academic.oup.com/ntr/article/15/11/1822/1543805

[9] Fallin A, Goodin A, Lee Y, et al, « Smoking characteristics among lesbian, gay, and bisexual adults » Preventive medicine. 2015 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25485860/

[10] Delnelvo CD, Ganz O, Goodwin RD, « Banning menthol cigarettes: a social justice issue long overdue » Nicotine & Tobacco Research 2020 https://academic.oup.com/ntr/article/22/10/1673/5906409

[11]  Partnership to End Addiction « Menthol cigarettes harder to quit, researchers find », 2009

[12] King BA, Dube SR, Tynan MA « Current Tobacco Use Among Adults in the United States: Findings From the National Adult Tobacco Survey » American Journal of Public Health 2012 https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2012.301002

[13] Fallin A, Neilands TB, Jordan JW, et al, « Second hand exposure among young adult sexual minority bar and nightclub patrons » American Journal of Public Health 2014 https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2013.301657

[14] Cochran SD, Bandiera FC, Mays VM, « Sexual Orientation–Related Differences in Tobacco Use and Second hand Smoke Exposure Among US Adults Aged 20 to 59 Years: 2003–2010 National Health and Nutrition Examination Surveys » American Journal of Public Health 2013 https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2013.301423

[15] Truth Initiative, « Youth smoking rate falls to 6 percent », 2016

[16] Ryan H, Wortley PM, Easton A, et al, « Smoking among lesbians, gays, and bisexuals: a review of the literature » American Journal of Preventive Medicine 2001 https://www.ajpmonline.org/article/S0749-3797(01)00331-2/fulltext

[17] Kann L, Olsen EO, McManus T, et al, « Sexual identity, sex of sexual contacts, and health-risk behaviors among students in grades 9-12–youth risk behavior surveillance, selected sites, United States, 2001-2009 » Centres for Disease Control and Prevention 2011 https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21659985/

[18] Austin SB, Ziyadeh N, Fisher LB, et al, « Sexual orientation and tobacco use in a cohort study of US adolescent girls and boys » JAMA Pediatrics 2004 https://jamanetwork.com/journals/jamapediatrics/fullarticle/485675

[19] Truth Initiative, « Tobacco use in LGBT communities », 2018

[20] Ramirez Antony, « Philip Morris to Increase AIDS Donations », The New York Times, 30 mai 1991

[21] Offen N, Smith EA, Malone RE, « From adversary to target market: the ACT-UP boycott of Philip Morris »Tobacco Control 2003 https://tobaccocontrol.bmj.com/content/tobaccocontrol/12/2/203.full.pdf

[22] CNCT, « « Liberté » et « choix » : comment les fabricants de tabac ciblent la communauté LGBTQ », 29 novembre 2016, consulté le 18 juin 2021

[23] Babb S, Malarcher A, Schauer G, et al, « Quitting smoking among adults –United States 2000-2015 » Centers for disease control and prevention 2017 https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/65/wr/mm6552a1.htm

[24] Lee JGL, Matthews AK, McCullen CA, et al, « Promotion of tobacco use cessation for lesbian, gay, bisexual and transgender people » American Journal of Preventive Medicine 2014 https://www.ajpmonline.org/article/S0749-3797(14)00452-8/fulltext

[25] Al Raifai M, Mirbolouk M, Jia X, et al, « E-cigarette use and risk behaviors among Lesbian, Gay, Bisexual and Transgender adults: the behavioural risk factor surveillance system (BRFSS) survey” Kansas Journal of Medicine 2020 https://journals.ku.edu/kjm/article/view/13861/13630

[26] Dilley JA, Spigner C, Boysun MJ, et al, « Does tobacco marketing excessively impact lesbian, gay and bisexual communities? » Tobacco Control 2008 https://tobaccocontrol.bmj.com/content/17/6/385.info

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 25 juin 2021