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Un parlementaire britannique récompensé par l’industrie du vapotage

Déclaré « meilleur soutien parlementaire » par l’UK Vaping and Industry Association (UKVIA), le député conservateur Adam Afriyie est également mis en cause pour conflit d’intérêts. Son épouse est en effet actionnaire d’un magasin de vapotage et d’une marque de cigarettes électroniques jetable, alors que lui-même défendait les intérêts de cette corporation devant la Chambre des Communes.

Début novembre, le député conservateur Adam Afriyie prononçait le discours d’ouverture de la cérémonie annuelle de l’UK Vaping and Industry Association (UKVIA), en annonçant une « bataille mondiale » où l’industrie du vapotage ferait partie des « solutions du sans tabac ». Au cours de cette cérémonie, il a ensuite reçu le trophée du « meilleur soutien parlementaire » de cette industrie.

Très impliqué dans la réglementation des cigarettes électroniques au Royaume-Uni, Adam Afriyie a également fait partie des députés ayant exercé de fortes pressions sur le gouvernement britannique pour instituer les cigarettes électroniques comme axe majeur de la lutte antitabac. Il s’est notamment opposé à l’interdiction des cigarettes électroniques jetables (« puffs »). Adam Afriyie vient cependant d’être mis en cause dans un conflit d’intérêts impliquant son épouse. Celle-ci est non seulement l’une des principales actionnaires d’un magasin de vapotage, mais détient aussi des parts dans la société Nebulos, qui fabrique des cigarettes électroniques jetables vendues sous la marque Moodbar[1].

Un maillon parlementaire de la chaîne du lobbying

Adam Afriyie est donc soupçonné de conflit d’intérêts, une pratique interdite aux parlementaires. Le député aurait en effet dû déclarer les avoirs de son épouse au registre officiel des intérêts des parlementaires. Interrogé sur le sujet, il a indiqué ne pas vouloir faire de commentaires sur les membres de sa famille.

Adam Afriyie apparaît comme un des maillons de l’influence de l’industrie du vapotage sur le gouvernement britannique. Depuis 2010, il préside en effet l’Office parlementaire des sciences et des technologies, une « source indépendante, équilibrée et accessible d’analyse des politiques publiques » qui a notamment émis un rapport sur les cigarettes électroniques en 2016. Il est également vice-président du Groupe parlementaire transpartisan pour le vapotage (AAPG), directement lié à l’UKVIA. L’UKVIA a notamment accordé des financements à l’AAPG for Vaping pour l’organisation de ses évènements et a, de 2016 à 2020, assuré le secrétariat de ce groupe parlementaire[2].

Adam Afriyie est par ailleurs intervenu sur la législation britannique au Global Tobacco and Nicotine Forum 2023, la réunion annuelle de l’industrie du tabac. A cette occasion, il a touché une somme de 8 345 livres (9 763 euros), uniquement prévue, selon lui, pour couvrir ses frais de déplacement, d’hébergement et de nourriture. En mars 2022, il a défendu au Parlement l’intégration du tabac chauffé, des sachets de nicotine et des snus[3] dans la stratégie britannique de réduction des risques, tout en déclarant que le gouvernement devrait travailler plus étroitement avec l’industrie du tabac.

Influence de l’UKVIA sur la politique britannique

Se présentant comme une organisation de fabricants indépendants de cigarettes électroniques, l’UKVIA est pourtant clairement liée à l’industrie du tabac. Les quatre principales multinationales du tabac (Philip Morris International, British American Tobacco, Japan Tobacco International et Imperial Brands) en sont membres, elles figurent au conseil d’administration de cette organisation et participent à ses comités[4]. Le directeur général de l’UKVIA, John Dunne, a préalablement exercé durant douze ans pour Altria, le fabricant de Marlboro aux Etats-Unis. L’UKVIA n’est pourtant pas inscrit sur le registre parlementaire des lobbyistes.

Ouvertement opposée à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et à son traité, la Convention cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), l’UKVIA fait partie des groupes de pression qui tentent d’imposer le thème de la réduction des risques à l’agenda des Conférences des Parties (COP) de ce traité. S’appuyant sur des données fournies par l’UKVIA, Counterfactual et l’Adam Smith Institute, l’AAPG for Vaping a soutenu les positions des industriels du tabac et du vapotage lors de la préparation des COP 8, COP 9 et COP 10 et a fortement influé sur la position du Royaume-Uni. Dans un rapport de 2021 sur la réduction des risques, l’AAPG for Vaping estimait que l’industrie du tabac faisait partie de la solution aux problèmes du tabagisme. Ce positionnement va directement à l’encontre d’une des dispositions essentielles du traité de la CCLAT. Celle-ci prévoit en effet que les relations avec l’industrie du tabac doivent être limitées à ce qui est strictement nécessaire pour la réglementation des produits et de cette industrie et ce, en toute transparence, sans les associer aux politiques publiques d’une quelconque manière.

Le cas du député Adam Afriyie est caractéristique de l’exploitation de l’industrie du vapotage et du thème de la réduction des risques par l’industrie du tabac. Il pose de manière emblématique la question des conflits d’intérêts des parlementaires

Mots-clés : Royaume-Uni, Adam Afriyie, AAPG for Vaping, UKVIA, CCLAT, ingérence, lobby, vapotage

Crédit photo : @Kate Green/Alpha Press/Maxppp

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Wood P, The MP for vaping: Tory Adam Afriyie given award by lobbying industry, iNews, publié le 28 novembre 2023, consulté le 30 novembre 2023.

[2] All-Party Parliamentary Group (APPG) for Vaping, Tobacco Tactics, mis à jour le 29 septembre 2022, consulté le 30 novembre 2023.

[3] Sachets de tabac se plaçant entre la gencive et la lèvre ; distincts des sachets de nicotine, qui ne contiennent pas de tabac.

[4] UK Vaping Industry Association (UKVIA), Tobacco Tactics, mis à jour le 27 septembre 2023, consulté le 30 novembre 2023.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 5 décembre 2023