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La nicotine de synthèse, une faille de la FDA

Parce qu’elle n’est pas dérivée du tabac, la nicotine de synthèse échappe au contrôle de la Food and Drug Administration (FDA) et peut encore être vendue aux États-Unis avec de nombreux arômes, créant une brèche parmi les produits du tabac et de la nicotine.  

La FDA a beau avoir engagé en juillet 2020 la révision de tous les produits de vapotage, dont la plus grande partie a depuis été interdite, un pan entier de ce secteur demeure encore hors régulation. Pourtant habilitée depuis 2009 à superviser tout ce qui se rapporte aux produits du tabac et de la nicotine, le segment de la nicotine synthétique sortirait de ses prérogatives, au  motif qu’elle n’est pas un dérivé direct du tabac.

Un flou juridique commercialement porteur

Ce flou juridique a déjà été exploité depuis 2021, en particulier par la marque Puff Bar. Après avoir été sommée en 2020 par la FDA de retirer du marché ses e-cigarettes jetables et ses nombreux e-liquides aromatisés, la marque a de nouveau commercialisé en février 2021 des e-cigarettes jetables contenant de la nicotine de synthèse[1]. Ce subterfuge lui permet plus particulièrement de continuer à vendre des produits aromatisés qui rencontrent du succès auprès des jeunes. Une étude réalisée début 2021 pour le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et la FDA indique en effet que près de 85% des collégiens qui utilisent des cigarettes électroniques optent pour des saveurs aromatisées, celles aux goûts de fruits, de desserts, de bonbons ou menthe/menthol étant les plus prisées[2]. L’étude précise aussi que parmi les utilisateurs de e-cigarettes, 53% ont déjà recours aux modèles jetables, plaçant Puff Bar en première position des marques citées (26% chez les lycéens, 30% chez les collégiens).

« Les adultes aiment les arômes », s’est défendu Patrick Beltran, co-fondateur et directeur général de Puff Bar. « Le fait que nous ayons des arômes ne signifie pas forcément que nous ciblons les jeunes », a-t-il ajouté, en rejetant la faute de la vente aux mineurs sur les commerçants et sur l’inventivité des mineurs, comme en matière de ventes d’alcool[3].  Selon un argumentaire très proche de celui des cigarettiers, il a aussi invité la FDA à se pencher davantage sur la question des contrefaçons des produits de vape de synthèse.

La FDA fragilisée par la rotation de ses dirigeants

Une sénatrice républicaine, Mikie Sherill, a bien tenté d’intégrer la nicotine de synthèse aux prérogatives de la FDA, mais la motion n’a pas été suffisamment soutenue. La FDA avertit elle-même qu’elle compte s’emparer de ce dossier et qu’elle traitera d’ici là les sujets « au cas par cas ». Ceci semble pour l’instant hypothétique : Robert Califf, le candidat de Joe Biden pour prendre les commandes de la FDA, pourrait en effet ne pas recueillir tous les suffrages nécessaires. Par ailleurs, Mitch Zeller, à la tête de la branche tabac de la FDA, doit quitter ses fonctions en avril prochain. Ces deux incertitudes risquent de différer d’autant les décisions en matière de tabac et de nicotine.

Disponible depuis 2014, la nicotine de synthèse était un produit encore cher voici quelques années et peu de gens croyaient en son potentiel commercial, la plupart des fabricants de produits de tabac et de la vape s’en étant détournés. Même si elle reste plus onéreuse que la nicotine issue du tabac, la nicotine de synthèse est aujourd’hui devenue nettement plus abordable et suscite l’intérêt des industriels. De nouveaux arrivants sur ce marché, tels Zanoprima, devraient aussi rebattre les cartes et être tentés d’exploiter cette faille juridique[4]. Un chemin que d’autres industriels pourraient à leur tour emprunter, et qui invite à statuer rapidement sur les produits à base de nicotine de synthèse.

Mots-clés : nicotine de synthèse, arômes, jeunes, FDA, Puff Bar, États-Unis

©Génération Sans Tabac

MF


[1] États-Unis : nouveau contournement de l’interdiction de vente des produits aromatisés de vapotage, Génération Sans Tabac, publié le 5 mars 2021, consulté le 8 février 2022.

[2] Youth E-Cigarette Use Remains Serious Public Health Concern Amid COVID-19 Pandemic, Centers for Disease Control and Prevention, publié le 30 septembre 2021, consulté le 8 février 2022.

[3] Foley KE, Synthetic nicotine: Unregulated and increasingly popular, Politico, publié le 7 février 2022, consulté le 8 février 2022.

[4] Un laboratoire commercialise une nouvelle nicotine de synthèse, Génération Sans Tabac, publié le 15 octobre 2021, consulté le 8 février 2022.

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 9 février 2022