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Malaisie

Après la Nouvelle-Zélande, la Malaisie abandonne une politique antitabac

En Malaisie, le gouvernement a décidé de revenir sur sa proposition d’interdire la vente de tabac et de cigarettes électroniques à toute personne née à partir de 2007. Si la raison de ce revirement a été justifiée pour des raisons d’une potentielle inconstitutionnalité de la mesure, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce recul gouvernemental face au lobbying de l’industrie du tabac.

A la fin du mois de novembre, le nouveau gouvernement néo-zélandais a annoncé qu’il pourrait abandonner la mise en place de plusieurs politiques de santé publique, comme l’interdiction de vente de tabac à toute personne née à partir de 2009, la restriction du nombre de points de vente ou la réduction de la teneur en nicotine des produits du tabac. Quelques jours après ce potentiel revirement, c’est au tour du gouvernement malaisien d’annoncer que la politique d’interdiction de vente de tabac à toute personne née à partir de 2007 ne sera finalement pas retenue. Alors que la Malaisie compte encore cinq millions de fumeurs, une telle décision pourrait fragiliser l’objectif du pays de parvenir à une génération sans tabac d’ici 2045[1].

Le signe d’un fort lobbying de l’industrie du tabac en Malaisie

Le ministre malaisien de la santé, Zaliha Mustafa, a justifié la suppression de cette disposition en avançant que cette dernière comportait des lacunes juridiques, susceptibles d’être contestées devant les tribunaux. De son côté, l’ONG Papisma a qualifié la décision gouvernementale de « pire revers en matière de santé publique dans l’histoire de la Malaisie », tout en exhortant « les citoyens à exprimer leur désaccord avec le projet de loi au Parlement par le biais des médias sociaux et en communiquant avec leurs députés respectifs ». Un diagnostic similaire est partagé par une partie de la classe politique malaisienne, à commencer par Khairy Jamaluddin, l’ancien ministre de la santé du pays et auteur de la première version du projet de loi, qualifiant d’ « excuse bidon » la justification gouvernementale de la potentielle inconstitutionnalité de la mesure, imputant directement ce revirement à la puissance d’influence de l’industrie du tabac. De la même manière, le Parti islamique pan-malaisien, qui représente le premier groupe politique au Parlement en nombre de sièges (222 élus), a également fortement critiqué le manque de volonté du gouvernement. Dans un communiqué, le vice-président de la commission de la santé du parti a déploré que la Malaisie rate l’occasion de « mettre fin à la dépendance à la nicotine de la nouvelle génération ».

Un revirement très profitable à l’action de British American Tobacco

Dans le même temps, l’annonce d’abandon du projet de loi initiale d’interdiction de la vente de produits du tabac et du vapotage à toute personne née à partir de 2007 s’est traduite par une augmentation de 4,8% de la valeur de l’action de British American Tobacco à la bourse locale. Un tel rebond pourrait souligner que la profitabilité de l’industrie du tabac est inversement proportionnelle à la capacité des pouvoirs publics à mettre en place des réglementations protectrices, en particulier auprès des jeunes générations, qui constituent une cible prioritaire pour les fabricants. En d’autres termes, cette situation semble illustrer un postulat formulé par la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé, établissant l’existence d’un conflit irréconciliable entre les intérêts de l’industrie du tabac et ceux de la santé publique.

Mots-clés : Malaisie, interdiction de vente, British American Tobacco

©Génération Sans Tabac

FT


[1] South China Morning Post, Malaysia’s U-turn on smoking ban slammed by doctors as ‘worst public health setback’, 29/11/2023, (consulté le 04/12/2023)

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 8 décembre 2023