Vapes au « spice » : une menace émergente dans les écoles anglaises
13 septembre 2025
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 9 septembre 2025
Temps de lecture : 7 minutes
Une étude de l’université de Bath[1] met en lumière la présence préoccupante de cannabinoïdes synthétiques, communément appelés « spice », dans des e-cigarettes confisquées dans les établissements scolaires anglais. Ces produits, parfois proposés aux adolescents via les réseaux sociaux, exposent les jeunes à des substances aux effets imprévisibles et dangereux.
Une recherche conduite par l’université de Bath a analysé près de 2 000 vapes saisies dans 114 collèges et lycées à travers l’Angleterre. Les résultats révèlent que plus d’une sur dix contenait du spice, une proportion qui atteignait jusqu’à un quart dans certaines régions comme Londres ou le Lancashire. Ces produits, souvent falsifiés ou trafiqués pour ressembler à des vapes classiques, dissimulent la présence de cannabinoïdes synthétiques.
Qu’est-ce que le « spice » ?
Le terme spice désigne un ensemble de cannabinoïdes de synthèse, parfois appelés « cannabis de synthèse » ou « K2 ». Il s’agit de substances chimiques fabriquées en laboratoire pour imiter l’effet du THC, le principal principe actif du cannabis. Ces produits sont généralement pulvérisés sur des herbes séchées ou dissous dans des liquides, puis vendus sous forme de cigarettes, de sachets ou de liquides pour cigarettes électroniques.
Contrairement au cannabis naturel, le spice est entièrement synthétique et n’a pas de composition stable. Chaque lot peut contenir des molécules différentes, en concentration variable, ce qui entraîne des effets très imprévisibles.
Apparu initialement dans les années 2000 en Europe et aux États-Unis, le spice s’est diffusé comme un substitut peu coûteux et difficile à détecter lors de contrôles, notamment dans les milieux carcéraux et chez les jeunes. Sa commercialisation est aujourd’hui interdite dans la plupart des pays, mais sa circulation persiste par des réseaux parallèles et, plus récemment, par l’intégration dans des vapes trafiquées.
Une diffusion facilitée par les réseaux sociaux
La circulation des vapes contenant du spice, loin de rester cantonnée aux établissements scolaires, se propage largement via les réseaux sociaux, en particulier TikTok, Instagram et Facebook. Entre juin et août 2025, une équipe de recherche de l’Université de Bath a analysé les comptes proposant des vapes présentées comme contenant du THC – révélant que la majorité de ces produits étaient en réalité trafiqués.
- Sur TikTok, 68 % des e-liquides affichés comme du THC étaient en réalité élaborés à partir de spice.
- Sur Facebook, cette proportion est moindre mais reste alarmante, avec 12 % des produits marqués « THC » constitués de spice.
Ces chiffres sont en lien direct avec les données collectées dans les établissements scolaires, où 13 % des 1 923 vapes confisquées contenaient du spice. Cette proportion atteignait même 25 % dans des régions comme Londres et le Lancashire. A titre de comparaison seuls 1,2 % des vapes saisies incluaient du THC réel.
L’algorithme et la nature virale de TikTok favorisent la diffusion rapide de contenus visuellement attrayants. De nombreux comptes affichent ces produits commelégaux, accompagnés d’une esthétique colorée, d’arômes séduisants ou de références à des tendances culturelles jeunes. Ce type de promotion tend à banaliser la consommation de ces produits et à minimiser la perception des risques.
La facilité d’accès est un autre facteur clé : les jeunes peuvent découvrir ces offres via une simple recherche, établir un contact direct via messagerie privée, et procéder au paiement sans quitter l’application. L’achat d’une vape trafiquée peut ainsi se faire en quelques minutes, avec peu ou pas de contrôle d’âge ni de traçabilité des transactions.
Par ailleurs, malgré les signalements aux plateformes, environ 70 % des comptes identifiés durant l’enquête restaient toujours actifs au 1er septembre 2025, accessibles via des recherches simples de mots-clés. Cette situation démontre des failles dans les mécanismes de modération et remet en cause l’efficacité des politiques de contrôle en ligne.
Des effets sanitaires graves et un enjeu sociétal majeur
L’inhalation de vapes contenant du spice expose les jeunes à des risques sanitaires particulièrement préoccupants. Ce cannabinoïde de synthèse, plus puissant et imprévisible que le THC naturel, peut provoquer une large gamme d’effets indésirables, allant de l’anxiété et des hallucinations à des troubles sévères tels que convulsions, pertes de conscience, crises cardiaques et hospitalisations d’urgence. Plusieurs cas recensés dans des établissements scolaires britanniques montrent que ces incidents surviennent parfois après une seule bouffée, soulignant la dangerosité extrême de ces produits altérés.
Au-delà de la dimension médicale, l’apparition du spice dans les vapes consommées par des adolescents soulève un enjeu sociétal de premier ordre. Ces dispositifs trafiqués circulent sous une apparence anodine, avec des arômes attractifs et des emballages colorés, rendant leur détection presque impossible pour les parents, enseignants et professionnels de santé. L’absence de repères visibles accroît la vulnérabilité des jeunes, qui peuvent consommer sans avoir conscience d’être exposés à une drogue de synthèse aux effets potentiellement graves.
Cette situation illustre plus largement la capacité des réseaux criminels à exploiter les failles réglementaires et à cibler des populations fragiles à travers des stratégies de marketing trompeuses. Elle met en évidence la nécessité de renforcer la vigilance collective, de développer des outils de prévention adaptés aux adolescents et de consolider les dispositifs de réglementation afin de limiter la diffusion de ces substances. Selin les auteurs, le spice dans les vapes scolaires n’est pas seulement une menace pour la santé individuelle : il constitue désormais un défi global en matière de santé publique, d’éducation et de protection de la jeunesse.
Vers une nécessaire réponse institutionnelle
La présence de vapes trafiquées contenant du spice dans les écoles souligne la nécessité d’une réponse publique coordonnée indiquent les experts. Au-delà de la sensibilisation des familles et des enseignants, qui doivent être informés des risques spécifiques liés à ces produits, la réglementation des environnements numériques apparaît comme une priorité.
La législation, Online Safety Act, adoptée en 2023 au Royaume Uni, joue un rôle central dans ce dispositif. Il confère à l’Ofcom, l’autorité de réglementation des communications, des pouvoirs étendus pour lutter contre la vente de drogues illicites sur les réseaux sociaux. Les plateformes ont désormais l’obligation d’évaluer les risques que leurs services soient utilisés pour promouvoir ou vendre des substances illégales, y compris les vapes trafiquées au spice. En cas de manquement, l’Ofcom peut infliger des sanctions particulièrement dissuasives, allant jusqu’à 18 millions de livres sterling ou 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise, selon le montant le plus élevé.
Parallèlement, le projet de loi britannique sur le tabac et les cigarettes électroniques pourrait compléter ces dispositifs en encadrant plus strictement la commercialisation des vapes et en limitant l’accès des jeunes à ces produits. Une approche combinée, associant réglementation numérique, surveillance sanitaire et renforcement des politiques de prévention, apparaît indispensable pour réduire l’exposition des adolescents à des substances de synthèse dangereuses.
AE
[1] Communiqué, Up to 1 in 4 vapes confiscated in schools contains spice - and these are pushed on social media, Université de Bath, publié le 5 septembre 2025, consulté le 8 septembre 2025
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