Bangladesh : une étude révèle un manque à gagner fiscal important lié à l’évasion fiscale des cigarettiers

11 mars 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 11 mars 2026

Temps de lecture : 4 minutes

Bangladesh : une étude révèle un manque à gagner fiscal important lié à l’évasion fiscale des cigarettiers

Une étude récente a mis en évidence des violations généralisées du prix de vente par les entreprises de cigarettes au Bangladesh, entraînant un manque à gagner fiscal conséquent pour l’État[1]. Selon les résultats présentés, si les taxes étaient appliquées sur les prix réellement pratiqués sur le marché, le gouvernement aurait perçu environ 51,82 milliards de takas (366 millions d’euros) supplémentaires au cours de l’exercice budgétaire en cours. Cette évaluation sur une année suggère que des montants importants de recettes fiscales échappent au système depuis plusieurs années en raison des pratiques irrégulières de fixation des prix des produits du tabac par les fabricants et les détaillants.

Des cigarettes vendues au-delà du prix officiel

Cette recherche a été rendue publique lors d’une rencontre présidée par le Dr. Syed Mahfuzul Haque de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et organisée conjointement par le Bureau of Economic Research (BER) de l’Université de Dhaka et le Bangladesh Network for Tobacco Tax Policy (BNTTP). Elle a rassemblé des experts, des représentants d’organisations de lutte contre le tabagisme ainsi que des journalistes, réunis dans le cadre de discussions visant à réduire les pratiques de manipulation des prix dans le secteur tabac.

Les chercheurs ont collecté des données dans 12 villes réparties dans quatre divisions administratives : Dhaka, Barishal, Khulna et Mymensingh. L’étude a porté sur 48 points de vente (quatre par ville), situés dans des lieux d’accueil du public. Cette méthodologie visait à observer les pratiques réelles de vente et les écarts entre le prix affiché et le prix effectivement payé par les consommateurs.

Au Bangladesh, la plupart des produits sont vendus au prix de détail indiqué sur l’emballage. Toutefois, l’étude indique que d’autres prix sont appliqués dans le cas des cigarettes et des bidis. Les fabricants vendraient les cigarettes aux détaillants au prix officiel, mais ces derniers les revendraient ensuite aux consommateurs à un prix supérieur à celui imprimé sur les paquets.

Des enquêtes antérieures avaient déjà révélé que les consommateurs payaient environ 70 milliards de takas (495 millions d’euros) supplémentaires par an en raison de ces écarts de prix sans que l’État ne perçoive les taxes additionnelles correspondantes.

Les données de terrain présentées par Ishrat Jahan Oishi, assistante de recherche au BNTTP, montrent que l’évasion fiscale estimée varie selon les segments du marché, allant de 1,24 milliard de takas (8,7 millions d’euros) à 26,21 milliards de takas (185 millions d’euros).

Ces sommes équivalent au budget annuel de cinq universités médicales, dont l’Université médicale du Bangladesh. Selon eux, ces ressources pourraient par exemple contribuer au financement de traitements gratuits contre les maladies cardiaques à l’échelle nationale.

Plusieurs recommandations des experts pour mieux endiguer ces pertes fiscales

L’étude formule plusieurs recommandations pour renforcer le contrôle de l’offre des produits. En lien avec ce cas précis de manque à gagner fiscal lié à des violations des prix de vente, un renforcement des contrôles de la vente au détail apparaît nécessaire, associé à des sanctions en cas de violations et à des poursuites judiciaires pour les faits passés. Ceci suppose de renforcer la collecte fiscale et la surveillance du marché grâce à des systèmes numériques mais aussi de simplifier le système de taxation.

Enfin, la question de la vente de cigarettes à l’unité en particulier aux jeunes favorise ce type de pratique tout en affaiblissant l’efficacité des avertissements sanitaires sur les conditionnements. Ce manque à gagner fiscal est d’autant plus problématique que la consommation de tabac induit en tant que telle un coût social important.

Une étude de l'université Johns Hopkins indique que, durant l'exercice 2023-2024, les recettes publiques provenant du tabac se sont élevées à 400 milliards de Taka bangladais (2,8 milliards d’euros), tandis que les coûts sanitaires et environnementaux avaient atteint 840 milliards de Taka (5,9 milliards d’euros), soit plus du double des recettes.

©Génération Sans Tabac

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[1]BDT 51.82 Billion in Tax Evasion by Cigarette Companies: Research Findings Released, Sushanta K Singha, publié le 5 mars 2026, consulté le 9 mars 2026

Comité national contre le tabagisme |

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