Une étude reconfirme qu’une taxation élevée du tabac s’accompagne d’une baisse de la charge des maladies non transmissibles
5 novembre 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 30 octobre 2026
Temps de lecture : 7 minutes
Une étude internationale portant sur 193 pays entre 2008 et 2023 établit une association entre l’augmentation des taxes sur les cigarettes et une réduction des décès et des années de vie ajustées sur l’incapacité (DALY) liés aux maladies non transmissibles (MNT). Les effets apparaissent plus marqués dans les pays à revenu intermédiaire supérieur et à revenu élevé[1], tandis que les taxes spécifiques (fixées par quantité de produit) apparaissent plus efficaces que les taxes proportionnelles à la valeur des cigarettes. Les auteurs appellent à la fois à relever la fiscalité du tabac et à en améliorer la structure, notamment dans les pays à faible revenu, afin de renforcer la prévention des maladies cardiovasculaires, des cancers et des maladies digestives.
Une étude mondiale
Les chercheurs ont analysé des données nationales issues de l’OMS, de l’étude « Global Burden of Disease » et de la Banque mondiale. Ils ont utilisé des modèles de régression en panel à effets fixes, avec un décalage de deux ans pour tenir compte des effets différés des politiques fiscales. La variable principale était la part de la taxe totale dans le prix de détail moyen d’un paquet de 20 cigarettes. Les auteurs ont également examiné les taxes spécifiques, prélevées par quantité, les taxes ad valorem, calculées en pourcentage de la valeur du produit, et les autres taxes, notamment les droits d’importation et la TVA.
L’échantillon comprend 26 pays à faible revenu, 52 à revenu intermédiaire inférieur, 53 à revenu intermédiaire supérieur et 62 à revenu élevé. En 2022, seuls 41 pays, soit 22,28 %, atteignaient le seuil de 75 % de taxe totale recommandé par l’OMS.
Des effets variables de la taxation selon les pays, les populations et les types de maladies non transmissibles
Au niveau mondial, une hausse d’un point de pourcentage de la taxe totale est associée à une diminution de 16,43 DALY et de 0,63 décès par MNT pour 100 000 habitants. L’association est significative dans les pays à revenu intermédiaire supérieur et à revenu élevé, mais pas dans les pays à faible revenu. Selon les modèles des auteurs, si les 143 pays dont la taxe totale était inférieure à 75 % en 2022 avaient atteint ce seuil, environ 990 880 décès par MNT auraient pu être évités en 2025. Les chercheurs soulignent toutefois qu’il s’agit d’une estimation fondée sur une étude observationnelle, et non d’une preuve de causalité. Les pays à faible revenu restent particulièrement concernés : leur charge de MNT demeurait en 2020 près de 1,44 fois plus élevée en DALY et 1,81 fois plus élevée en mortalité que celle des pays à revenu élevé. Les auteurs évoquent notamment la faible progression des taxes spécifiques et la possibilité, pour les consommateurs, de se reporter vers des marques moins chères.
L’effet de la taxation est plus prononcé chez les personnes âgées de 55 ans et plus, avec une baisse estimée de 71,82 DALY pour 100 000 habitants par point de pourcentage supplémentaire de taxe totale. Les associations sont également plus fortes chez les hommes, chez qui la prévalence du tabagisme est généralement plus élevée. Par type de maladie, la réduction la plus nette concerne les maladies cardiovasculaires, suivies des maladies digestives et des cancers. Aucune association significative n’a été observée pour les troubles mentaux et les troubles neurologiques.
Le rôle de la structure fiscale
Les taxes spécifiques semblent produire les effets sanitaires les plus importants. Une hausse d’un point de pourcentage de ce type de taxe est associée à une baisse de 7,16 DALY et de 0,33 décès pour 100 000 habitants. Selon les auteurs, ces taxes relèvent davantage les prix de l’ensemble des marques et réduisent les écarts entre produits haut de gamme et produits bon marché, limitant ainsi les substitutions vers des cigarettes moins chères. Les taxes ad valorem sont elles aussi associées à une baisse de la charge des MNT, mais de manière plus limitée et principalement dans les pays à revenu élevé.
Les chercheurs recommandent une fiscalité tabac plus efficace et mieux intégrée
Les résultats soutiennent l’idée que l’augmentation de la taxe sur les cigarettes constitue un levier central de prévention des maladies non transmissibles (MNT). Selon l’étude, porter la taxe totale à 75 % du prix de détail dans les 143 pays qui étaient en dessous de ce niveau en 2022 pourrait éviter environ 990 880 décès liés aux MNT en 2025. Cette mesure présente aussi un intérêt budgétaire : les recettes supplémentaires générées par la taxation peuvent renforcer les ressources des systèmes de santé. Les auteurs la présentent comme l’une des interventions les plus rentables pour réduire la consommation de tabac et la charge des MNT.
Au-delà du niveau global de taxation, la composition de la taxe apparaît selon eux déterminante. Les résultats suggèrent de privilégier les taxes spécifiques, fixées par quantité de produit, car elles relèvent plus uniformément les prix de toutes les marques et réduisent la possibilité pour les fumeurs de se reporter vers des cigarettes bon marché. Cette recommandation vise particulièrement les pays à faible revenu, où les taxes spécifiques demeurent faibles et où le recours aux taxes ad valorem peut laisser davantage de marge de manœuvre aux fabricants pour ajuster leurs prix. Les auteurs recommandent ainsi d’éviter une dépendance excessive aux taxes ad valorem, tout en adaptant la structure fiscale aux capacités administratives et aux caractéristiques de chaque marché.
Les bénéfices de la taxation varient aussi selon les groupes de population. Ils sont plus marqués chez les hommes et les personnes de 55 ans et plus, ce qui incite à maintenir des services d’aide au sevrage et un soutien pharmacologique pour les fumeurs à risque élevé. Chez les plus jeunes, pour lesquels l’effet observé est plus limité, les auteurs proposent de compléter la fiscalité par des actions visant à faire évoluer les normes sociales autour du tabagisme, notamment par le recours à des modèles de comportement et à des campagnes de prévention.
Par ailleurs, l’étude souligne que la mise en œuvre des mesures de lutte antitabac reste inégale, notamment en ce qui concerne l’application effective des taxes. En 2024, 40 pays n’avaient mis en œuvre aucune des mesures du dispositif MPOWER de l’OMS, laissant près de deux milliards de personnes exposées aux méfaits du tabac. Les auteurs identifient l’interférence de l’industrie du tabac comme l’un des principaux obstacles à l’application de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT). Ils appellent donc à une coordination entre plusieurs administrations (santé, finances, douanes et répression des fraudes) afin de limiter les stratégies visant à contourner les hausses de prix.
Enfin, les maladies cardiovasculaires, digestives et les cancers sont celles pour lesquelles l’association avec une taxe plus élevée est la plus nette. Les auteurs estiment que le renforcement de la taxation du tabac doit donc s’inscrire dans une stratégie de prévention de ces pathologies, qui continueront de peser lourdement sur la santé mondiale. Ils rappellent toutefois que les MNT résultent de facteurs multiples, dont l’alimentation, la consommation d’alcool, l’activité physique et les conditions environnementales. La taxation du tabac devrait donc s’accompagner d’actions sur les déterminants sociaux, les comportements à risque et le renforcement des systèmes de santé.
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[1]Peng W., Lin S., Liu X., Zhang H., Lu J., Association between cigarette tax and the global burden of non-communicable diseases: a longitudinal ecological study in 193 countries, BMJ Global Health, publié le 9 octobre 2026, consulté le 29 octobre 2026