L’OMS rappelle que la lutte antitabac demeure sous-exploitée dans la lutte mondiale contre le cancer

12 juillet 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 9 juillet 2026

Temps de lecture : 6 minutes

L’OMS rappelle que la lutte antitabac demeure sous-exploitée dans la lutte mondiale contre le cancer

Le dernier rapport mondial de l’OMS sur le cancer, élaboré en collaboration avec le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), confirme à nouveau que la lutte contre le tabagisme reste l’un des leviers de prévention voire le levier le plus important pour réduire la charge mondiale des cancers, lesquels représentent un fardeau de 10 millions de décès par an. Malgré des progrès réels depuis une quinzaine d’années, la baisse du tabagisme demeure incomplète, inégale selon les régions, et insuffisante pour empêcher une forte hausse future du nombre de cancers[1].

La lutte antitabac, un levier majeur de la lutte contre le cancer, notamment du poumon

En 2024, environ 1,2 milliard de personnes de 15 ans et plus consommaient encore du tabac dans le monde, soit une prévalence moyenne de 19,5 %, et cette consommation a été à l’origine de 15 % des nouveaux cancers recensés à l’échelle mondiale.

Toutefois, l’OMS rappelle que les politiques de contrôle du tabac ont permis une réduction d’environ 27 % de la prévalence mondiale du tabagisme classique depuis 2010, une évolution présentée comme l’un des plus grands succès de santé publique à l’échelle mondiale dans la lutte contre les différents cancers. Le tabac est en effet impliqué dans la survenue d’au moins 17 types de cancer. Chez les femmes, la baisse a été plus rapide, tandis que la réduction reste plus lente chez les hommes, qui sont encore les principaux fumeurs.

L’OMS souligne notamment que la baisse de la mortalité par cancer du poumon observée chez les hommes dans de nombreux pays est directement liée aux politiques antitabac mises en place depuis plusieurs décennies et constitue un bon indicateur de l’efficacité des politiques antitabac. D’une manière générale, l’OMS souligne clairement que la lutte antitabac constitue la modalité d’actions la plus avancée et immédiatement rentable en santé publique.

Cette amélioration ne doit toutefois pas masquer l’ampleur du problème présent et à venir. Les auteurs du rapport insistent sur le fait que les progrès obtenus ne suffisent pas à inverser la dynamique globale du cancer en raison d’une effectivité encore insuffisante de nombreuses mesures de protection et de la prévalence tabagique encore très élevée.

Une mise en œuvre encore incomplète des recommandations antitabac de l’OMS

L’OMS rappelle certaines dispositions clés, particulièrement coût/efficaces, à systématiquement mettre en œuvre et réunies dans le programme MPOWER : surveiller la consommation et la prévalence, augmenter de manière régulière et significative les taxes sur l’ensemble des produits du tabac, protéger de l’exposition au tabagisme par le développement des lieux sans tabac et des interdictions de fumer, proposer une aide au sevrage, avertir des dangers sanitaires, interdire la publicité, la promotion et le parrainage. Le rapport note que 155 pays appliquent au moins une mesure du programme MPOWER en s’appuyant sur les meilleures pratiques, contre seulement 44 en 2007. Cependant, la mise en œuvre complète reste loin d’être généralisée, en particulier en matière de politique fiscale et d’interdiction de toute publicité.

De même, la prise en charge de l’arrêt demeure disparate avec une accessibilité aux soins pour les fumeurs qui n’est pas toujours garantie. Sans cette prise en charge, une partie importante de la population reste exposée à la dépendance nicotinique et à ses conséquences sanitaires.

Pourtant, la lutte contre le tabagisme demeure globalement sous-financée et insuffisamment traitée comme prioritaire dans les politiques de santé des pays. Le rapport souligne que l’influence industrielle, via le marketing, le lobbying, les contentieux, mais aussi le développement de nouveaux produits nicotiniques, continue par ailleurs d'affaiblir les politiques de prévention dans de nombreux pays.

De fortes inégalités socioéconomiques entre pays

En outre, le rapport souligne un écart croissant entre pays à revenu élevé et pays à revenu faible ou intermédiaire. Les gains enregistrés sont plus rapides là où les systèmes de santé sont mieux financés, les politiques antitabac mieux appliquées et les services de sevrage plus accessibles (Europe, Amérique du Nord, Asie-Pacifique…). À l’inverse, les pays les plus fragiles supportent une charge de cancer plus lourde, tout en ayant moins de moyens pour agir en prévention (Afrique, Méditerranée orientale, Asie du Sud-Est…). Le cancer n'affecte pas seulement la santé : il peut déstabiliser les conditions de vie des ménages avec une réduction des revenus, l’interruption parfois de la scolarité et la paupérisation des familles.

Cette inégalité est visible dans les trajectoires projetées à l’horizon 2050. L’OMS estime que le nombre annuel de nouveaux cas de cancer pourrait augmenter d’environ 66,7 % dans le monde, avec des hausses particulièrement fortes dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Le tabac figure au premier rang des causes modifiables qui peuvent contribuer à freiner cette progression.

La lutte antitabac pourrait inspirer la lutte contre les autres facteurs de risque évitable

La survenue de cancers est plurifactorielle. Une proportion importante est liée aux modes de vie et serait donc au moins pour partie évitable. Tel est le cas du tabac mais aussi de l’alcool, l’alimentation ultra-transformée, l’obésité, l’inactivité physique et certaines infections. Ces derniers représentent respectivement 15 %, 10 %, 3 % et 2 % de tous les nouveaux cas de cancer.

L’OMS pointe que les progrès dans ces domaines restent plus lents par rapport à ceux obtenus au niveau de la lutte contre le tabagisme. Les campagnes de prévention, le dépistage et l’accès aux soins demeurent très inégaux, ce qui limite l’effet global des stratégies de contrôle du cancer. Ainsi dans ce paysage, le tabac reste à la fois une cible prioritaire mais les politiques publiques de réduction du tabagisme constituent aussi des références pour les autres problématiques de santé publique.

©Génération Sans Tabac

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[1]Global status report on cancer 2026 - The future we choose together, World Health Organization, publié le 8 juillet 2026, consulté le 9 juillet 2026

Comité national contre le tabagisme |

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