L’Allemagne alerte sur les risques des « agents rafraîchissants » pour e-liquides et envisage d’en interdire plusieurs

30 janvier 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 30 janvier 2026

Temps de lecture : 6 minutes

L’Allemagne alerte sur les risques des « agents rafraîchissants » pour e-liquides et envisage d’en interdire plusieurs

Une étude récente de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) met en évidence des risques sanitaires potentiels liés à l’utilisation d’agents rafraîchissants dans les e-liquides pour cigarettes électroniques. Certaines de ces substances pourraient présenter des effets nocifs pour la santé, y compris à faible dose, notamment sur le foie et les reins. Dans ce contexte de risques, les autorités allemandes envisagent un durcissement du cadre réglementaire, incluant l’interdiction de plusieurs agents aromatiques, tandis que les experts appellent à la prudence et à une réduction de l’usage des cigarettes électroniques[1].

Les données scientifiques font état de substances dangereuses même à faible dose

Les agents rafraîchissants sont ajoutés aux e-liquides afin de produire une sensation de fraîcheur au niveau de la bouche et de la gorge. Il s’agit de diverses substances chimiques, souvent synthétiques, dont certaines sont inodores et sans goût, tandis que d’autres, comme le menthol, l'acétate de menthyle ou l’eucalyptol, possèdent des caractéristiques aromatiques marquées. Les concentrations varient fortement selon les produits, et sont parfois présentes à des niveaux élevés.

Les conclusions de l’étude reposent principalement sur des expérimentations animales sur des rats et souris portant sur l’ingestion orale. En l’absence de données spécifiques, des substances chimiquement proches ont parfois été utilisées comme références.

L’évaluation du BfR a porté notamment sur les substances Isopulegol/Coolact P, Menthylacétate, L-menthyl lactate, menthol, Coolact 10, menthone, Frescolat MGA, eucalyptol et WS-12, complétant des analyses antérieures sur WS-23, WS-3 et WS-5.

Pour trois substances (WS-12, Frescolat MGA et lactate de menthyle), des effets néfastes sur la santé n’ont pu être exclus, même avec une consommation quotidienne d'un seul millilitre.

Le BfR estime qu’un risque sanitaire à long terme est possible à partir d’une consommation moyenne, évaluée à environ cinq millilitres de liquide par jour. Tous les agents de ce type évalués à ce jour présentent un risque de dommages durables pour des organes tels que le foie et les reins.

Le BfR souligne par ailleurs que l’exposition réelle pourrait être plus élevée, de nombreux e-liquides contenant des mélanges de plusieurs agents rafraîchissants. Le BfR a ainsi eu connaissance de mélanges contenant jusqu'à huit agents rafraîchissants différents.

Le BfR recommande de réduire voire arrêter l’usage des cigarettes électroniques par précaution

À ce jour, aucun seuil réglementaire n’a été fixé pour définir des niveaux d’exposition sans risque pour ces substances. Le BfR s’est appuyé sur les valeurs NOAEL (dose sans effet nocif observé) issues d’expérimentations animales, dans lesquelles des atteintes au foie et aux reins ont été fréquemment observées. L’Institut souligne toutefois les incertitudes liées au manque de données, en particulier concernant l’inhalation et les effets pulmonaires.

Le BfR recommande donc aux consommateurs d’éviter les e-liquides contenant des agents rafraîchissants et rappelle que bien que les cigarettes électroniques soient considérées comme moins nocives que les cigarettes, leurs effets à long terme demeurent imparfaitement connus.

La prévalence de l’usage de cigarettes électroniques s’élevait en Allemagne à 2 % de la population adulte en 2023[2]. Par comparaison, la prévalence tabagique est beaucoup plus élevée ; l’Allemagne paie un lourd tribut au tabagisme avec 120 000 décès prématurés chaque année.

Les acteurs de santé préconisent de développer la prise en charge des fumeurs sur la base des traitements validés et sans risques plutôt que d’orienter vers les cigarettes électroniques.

Ainsi, à titre de précaution, l’Institut conseille de s’abstenir complètement de l’usage de cigarettes électroniques, dont les vapeurs inhalées peuvent toujours être nocives et cancérigènes. Les risques pour la santé physique et mentale concernant ces produits sont découverts au fil des avancées de la recherche scientifique indépendante. À cela s’ajoute leur caractère rapidement addictif lié à la nicotine.

En réaction, le gouvernement compte supprimer certains agents rafraîchissants pour e-liquides, dont le menthol

Dans ce contexte, le ministre fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture, Alois Rainer, a engagé une modification réglementaire de l'ordonnance sur les produits du tabac, visant à interdire l’utilisation de 13 substances aromatiques et rafraîchissantes, dont l’eucalyptol et le menthol, déjà banni des cigarettes classiques dans toute l'UE depuis 2020[3].

Le ministère a justifié cette mesure par l'effet d'entraînement des agents rafraîchissants :  la sensation de fraîcheur masque l’âcreté de la nicotine et facilite ainsi l'initiation au tabagisme ou aux cigarettes électroniques, surtout chez les jeunes qui sous-estiment la nocivité de ces produits.

Les pneumologues ont salué l’annonce du gouvernement : « les enfants et les adolescents, en particulier, en bénéficieraient », a ainsi déclaré le professeur Stefan Andreas de la Société allemande de pneumologie et de médecine respiratoire (DGP). « La DGP se félicite de l'interdiction du menthol dans les cigarettes électroniques. ».

Les représentants allemands de l’industrie du tabac et de la nicotine ont affirmé quant à eux qu’environ 80 % des cigarettes électroniques contiennent du menthol, et qu’une telle interdiction reviendrait à interdire la plupart des cigarettes électroniques dans le pays, reconnaissant que les saveurs ont pour but de banaliser le vapotage et fidéliser une nouvelle clientèle[4].

Le projet de règlement est actuellement examiné par le gouvernement, après quoi les États fédérés et les associations pourront soumettre leurs observations. La date de la décision du Conseil fédéral reste encore indéterminée.

Récemment, l’Allemagne a aussi exprimé sa volonté de rejoindre la liste des pays qui envisagent ou ont déjà interdit les cigarettes électroniques jetables ou « puffs » (France, Belgique, Royaume-Uni, Irlande, Suisse, Autriche…), en raison de leur danger sanitaire et environnemental.

©Génération Sans Tabac

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[1]BfR warnt vor »Cooling Agents« in E-Zigaretten, Pharmazeutische Zeitung, publié le 26 janvier 2026, consulté le 27 janvier 2026

[2]WHO global report on trends in prevalence of tobacco use 2000–2024 and projections 2025–2030 (6e édition), World Health Organization, publié le 6 octobre 2025, consulté le 27 janvier 2026

[3]Felix Schneider, Experten schlagen Alarm: Bundesamt warnt vor Organschäden durch E-Zigaretten, news.de, publié le 26 janvier 2026, consulté le 27 janvier 2026

[4]Lena Glöckner, Rauchen: Lungenärzte atmen auf! Regierung will Menthol-Vapes verbieten, BILD, publié le 22 janvier 2026, consulté le 27 janvier 2026

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