La Bulgarie interdira les cigarettes électroniques jetables
21 mars 2026
Par: Comité national contre le tabagisme
Dernière mise à jour : 19 mars 2026
Temps de lecture : 5 minutes
La Bulgarie va interdire les cigarettes électroniques jetables après validation de la Commission européenne, invoquant la hausse de leur usage chez les adolescents et les risques sanitaires associés. Cette décision ouvre une période de retrait progressif de trois mois et s’inscrit dans une tendance européenne de durcissement des réglementations. Malgré cette avancée, le pays reste confronté à une forte prévalence du tabagisme classique et à l’influence persistante de l’industrie du tabac.
Un encadrement juridique renforcé au niveau national
La Bulgarie a adopté une mesure relative aux produits du tabac et aux produits connexes fin juin 2025, et promulguée le 4 juillet 2025, incluant l’interdiction de la mise sur le marché, la distribution et la vente des cigarettes électroniques jetables ou « puffs ». L’entrée en vigueur de cette mesure était cependant conditionnée à une validation de la Commission européenne, à qui la décision avait été notifiée par le pays, dans le cadre de l’application d’une des dispositions de la directive sur les produits du tabac[1].
Après examen, la Commission européenne a estimé que l’interdiction était justifiée, nécessaire et proportionnée au regard de la protection de la santé publique. Les autres États membres n’ayant pas formulé d’objections dans le délai des trois mois, expirant à la fin janvier de cette année, la décision a donc été validée. Elle considère notamment que cette mesure peut contribuer à prévenir l’émergence d’une nouvelle génération dépendante à la nicotine. La Commission souligne également que les dispositifs existants — interdiction de vente aux mineurs, interdiction de la vente en ligne et restrictions publicitaires — n’ont pas suffi à limiter l’accès des jeunes à ces produits.
Avec cette validation, la Bulgarie peut désormais appliquer la loi, qui prévoit un mécanisme de déclaration des stocks, un délai de trois mois pour écouler les produits et, à défaut, leur retrait du marché, avec possibilité d’exportation.
Une hausse de l’usage chez les jeunes et des préoccupations sanitaires
Les autorités bulgares avaient justifié cette interdiction par une augmentation significative de l’usage des cigarettes électroniques jetables chez les adolescents. Selon les données citées, un élève sur quatre âgé de 13 à 15 ans utilise des produits de vapotage dans le pays et l’initiation par ces produits était majeure. Les notifications adressées à Bruxelles soulignent que ces produits, souvent proposés à bas prix, avec des arômes fruités et des emballages attractifs, sont particulièrement accessibles aux mineurs.
Les pouvoirs publics mettaient également en avant les risques sanitaires associés à la nicotine, notamment ses effets sur le développement du cerveau des adolescents, ainsi que les problèmes respiratoires et l’exposition à des substances nocives et addictives.
Enfin, les cigarettes électroniques jetables étaient pointées du doigt pour leur impact environnemental, en raison des déchets qu’elles génèrent (plastique, batteries et substances chimiques).
Une mesure adoptée par de plus en plus de pays
La Bulgarie devient ainsi le troisième pays de l’Union européenne, après la France et la Belgique, à adopter une mesure aussi restrictive à l’encontre des cigarettes électroniques jetables, dans un contexte de préoccupation croissante face à leur usage chez les mineurs.
D’autres pays comme l’Allemagne, l’Autriche, l’Irlande, Monaco, l’Espagne, le Danemark et la Pologne ont également annoncé leur intention d’interdire ces produits, tandis que hors UE, le Royaume-Uni et la Suisse ont déjà acté leur interdiction. Ailleurs dans le monde, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande par exemple ont pour des raisons similaires interdit les puffs.
Le tabagisme classique et un lobby exacerbé demeurent toutefois le principal problème de la Bulgarie
Nonobstant ces mesures nécessaires contre les puffs, la Bulgarie reste le pays européen où la prévalence tabagique des adultes est la plus forte : en 2024, 34,9 % des adultes fumaient, une proportion beaucoup plus importante que celle de consommateurs de cigarettes électroniques évaluée à 3 % en 2023[2].
Le pays paye un lourd tribut au tabagisme avec 13,75 % des décès qui lui étaient imputables en 2023, avec une part considérable chez les hommes[3].
Le pays est donc appelé à s’attaquer à ce problème préoccupant, d’autant que l’efficacité des politiques de santé publique est constamment freinée et sabotée par un lobby intense de l’industrie du tabac et de la nicotine. Selon l’Indice mondial d’ingérence de l’industrie du tabac, la Bulgarie enregistre l’un des plus mauvais scores avec 72, le plaçant en 76e position sur les 100 pays étudiés.
L’industrie du tabac est ainsi particulièrement puissante dans le pays, affaiblissant non seulement les politiques antitabac de celui-ci, mais parvenant même par son intermédiaire à peser pour ralentir voire bloquer les décisions de santé au niveau européen, voire international.
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[1]Bulgaria’s Disposable Vape Ban Receives Formal Approval From the European Commission, 2Firsts, publié le 17 mars 2026, consulté le même jour
[2]Tobacco smoking in Bulgaria, Global State of Tobacco Harm Reduction, mis à jour le 30 octobre 2025, consulté le 17 mars 2026
[3]Drope J, Hamill S, Country profile: Bulgaria, The Tobacco Atlas, New York: Vital Strategies and Economics for Health, mis à jour en 2025, consulté le 17 mars 2026