Italie : une hausse limitée des accises sur le tabac en 2027

7 novembre 2026

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 3 novembre 2026

Temps de lecture : 6 minutes

Italie : une hausse limitée des accises sur le tabac en 2027

Le projet de loi de finances italien pour 2027, adopté par le gouvernement fin octobre 2026 et transmis au Parlement, prévoit deux hausses successives des accises sur les cigarettes au cours de l‘année : la première au 1er janvier 2027, conformément au calendrier pluriannuel déjà voté, la seconde au 1er juillet 2027, soit six mois plus tôt que prévu. La composante fixe de l'accise passera ainsi de 35,50 euros à 38,50 euros pour 1 000 cigarettes en l'espace de six mois. L'effectivité plus précoce de la hausse concerne aussi d'autres produits du tabac et de la nicotine, dont le tabac à rouler, le tabac chauffé et les liquides pour cigarettes électroniques. En revanche, la taxe sur les boissons sucrées et celle sur les plastiques à usage unique est reportée au 1er juillet 2027.

La loi de finances pour 2026 avait fixé la composante fixe de l'accise à 32 euros pour 1 000 cigarettes en 2026, 35,50 euros en 2027 et 38,50 euros en 2028[1]. Le projet pour 2027 conserve l'étape de janvier et applique le taux de 2028 dès le 1er juillet 2027[2]. Il en est de même pour d’autres produits, dont le tabac à rouler, le tabac chauffé et les liquides pour cigarettes électroniques. Le texte doit encore être examiné par les commissions compétentes du Parlement[3].

Une hausse limitée au regard du prix du paquet

L'écart de composante fixe entre les deux semestres de 2027 s'établit à 3 euros pour 1 000 cigarettes, soit 6 centimes par paquet de 20. Entre 2026 et le second semestre 2027, la progression cumulée de cette composante représente environ 13 centimes par paquet. L'effet final sur les prix dépendra des autres composantes fiscales et des décisions tarifaires des fabricants ; la presse italienne évoquait des hausses indicatives d'environ 25 centimes en 2027 et de 40 centimes à partir de 2028.

Ces montants doivent être rapportés au niveau des prix. Au 1er janvier 2026, le prix moyen pondéré d'un paquet de 20 cigarettes s'établissait à 5,40 euros en Italie, dont 3,26 euros d'accises, selon les données de la Commission européenne compilées par la Tax Foundation[4]. Il atteignait alors 12,07 euros en France, 7,33 euros en Allemagne et 5,96 euros en Autriche, contre 4,87 euros en Slovénie. Une hausse de 13 centimes représenterait ainsi environ 2,4 % du prix moyen italien, qui demeure inférieur de plus de moitié au prix moyen français.

Le gouvernement justifie la mesure par des considérations budgétaires : il s'agit d'anticiper des recettes pour financer la loi de finances. Aucun objectif de santé publique n'est avancé. Les hausses d’un niveau limité apparaissent essentiellement répondre à un objectif d’accroissement budgétaire, pouvant être couplé à une majoration des marges pour les fabricants. Pourtant l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère les hausses significatives et répétées des taxes sur le tabac comme le moyen le plus efficace et le plus rentable de réduire la consommation, dès lors qu'elles se traduisent par des rentrées fiscales majorées.

Le même texte reporte en revanche, une nouvelle fois, l'entrée en vigueur de la taxe sur les boissons sucrées et de la taxe sur les plastiques à usage unique, introduites en 2019, du 1er janvier au 1er juillet 2027. Selon le rapport technique du projet de loi, ce report représente un manque à gagner de 316,2 millions d'euros[5]. La fiscalité comportementale apparaît ainsi mobilisée en fonction des besoins de financement et non dans une perspective d'objectifs de santé publique.

Une politique exposée à l'ingérence de l'industrie du tabac

Dans l'édition 2025 de l'indice mondial d'ingérence de l'industrie du tabac (Global Tobacco Industry Interference Index)[6], l'Italie obtient un score de 76, contre 75 en 2023, et se classe au 82e rang sur 100 pays évalués, ce qui la place parmi les pays où l'ingérence est la plus marquée. L'indice relève l'absence de cadre législatif encadrant l'influence de l'industrie sur les politiques de lutte antitabac, ainsi que la possibilité laissée à ses représentants de faire valoir leurs positions, en particulier sur les produits dits de nouvelle génération. Ces constats sont contraires aux exigences de l'article 5.3 de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, à laquelle l'Italie est partie.

Le poids de l'industrie se reflète également dans la structure du marché. L'Italie constitue le premier marché européen du tabac chauffé, estimé à 4,5 milliards de dollars en 2024, en hausse de 15 % sur un an. Ces produits bénéficient d'une fiscalité particulièrement favorable: en 2023, le poids des accises était estimé à environ 75 % pour les cigarettes, contre 30 à 35 % pour le tabac chauffé et les cigarettes électroniques[7]. Philip Morris International, qui indique avoir investi 1,5 milliard d'euros dans son usine de Crespellano, près de Bologne, met en avant une contribution d'environ un demi-point au PIB national[8].

Au niveau européen, lors du Conseil Ecofin du 10 octobre 2025, le ministre de l'Économie Giancarlo Giorgetti a plaidé pour un relèvement plus graduel des minima prévus par la révision de la directive sur la taxation des produits du tabac (TED), en invoquant l'impact sur les recettes et le risque de commerce illicite. Faute d'unanimité au Conseil, le dossier a été retiré de l'ordre du jour en juin 2026.

Les enjeux sanitaires demeurent pourtant importants. Selon l'Istituto Superiore di Sanità (ISS), l'usage exclusif de cigarettes chez les 18 à 69 ans est passé de 30 % en 2008 à 18 % en 2025, mais l'usage d'au moins un produit nicotinique concerne encore 27 % de cette population. Chez les 14 à 17 ans, 37,1 % déclarent avoir consommé un produit du tabac ou de la nicotine au cours du mois précédant l’enquête, et plus de la moitié de ces jeunes consommateurs en utilisent plusieurs[9].

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Manovra, aumenti anche per le sigarette: 15 centesimi in più nel 2026, 60 in tre anni, Sky TG24, 21 octobre 2025, consulté le 3 novembre 2026.

[2] Sigarette, doppia stangata nel 2027, La Capitale News, octobre 2026, consulté le 3 novembre 2026.

[3] Manovra di bilancio, per le sigarette nel 2027 arriva un doppio rincaro: anticipato di sei mesi il rialzo del 2028, Agenpress, 29 octobre 2026, consulté le 3 novembre 2026.

[4] Cigarette Taxes in Europe, 2026, Tax Foundation, 6 avril 2026 (données de la Commission européenne au 1er janvier 2026), consulté le 3 novembre 2026.

[5] Sigarette più care, il governo anticipa due aumenti delle accise. Sugar e plastic tax invece rinviate, La Voce di Venezia, 31 octobre 2026, consulté le 3 novembre 2026.

[6] Global Tobacco Industry Interference Index : Italie, Global Center for Good Governance in Tobacco Control (GGTC), édition 2025, consulté le 3 novembre 2026.

[7] Aumento prezzo sigarette, cosa fumano gli italiani, Il Giorno, 15 février 2023, consulté le 3 novembre 2026.

[8] Tabacchi, Philip Morris: “Italia ha ruolo centrale in filiera agricola e industriale”, LaPresse, 10 octobre 2024, consulté le 3 novembre 2026

[9] Giornata senza tabacco: tramonto delle sigarette tradizionali in Italia, crescono i consumi dei nuovi prodotti alla nicotina tra donne e giovanissimi, Quotidiano Sanità, 29 mai 2026, consulté le 3 novembre 2026.

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