Droits de douane : le Royaume-Uni sous pression face à l’afflux de e-cigs chinoises

30 mai 2025

Par: Comité national contre le tabagisme

Dernière mise à jour : 23 mai 2025

Temps de lecture : 5 minutes

Droits de douane : le Royaume-Uni sous pression face à l’afflux de e-cigs chinoises

L’administration Trump a récemment imposé de nouveaux droits de douane massifs sur les produits chinois, notamment les cigarettes électroniques, modifiant l’équilibre du commerce international dans ce secteur. Face à la fermeture du marché américain, les fabricants chinois réorientent leurs exportations vers d’autres marchés, dont le Royaume-Uni. Ce déplacement suscite de vives préoccupations chez les acteurs de santé publique, alors même que le Royaume-Uni s’est engagé dans une politique ambitieuse de réduction du tabagisme, avec l’adoption récente d’une loi visant à instaurer une génération sans tabac et à interdire les cigarettes électroniques jetables.

Tensions commerciales sino-américaines : un marché britannique de report

Depuis avril 2025, l’administration Trump annonce des hausses drastiques et successives des tarifs douaniers sur une série de produits en provenance de Chine, dans le cadre d’une nouvelle vague de sanctions commerciales. Parmi les biens ciblés figurent les cigarettes électroniques, désormais frappées de droits de douane à hauteur de 60 %. Cette mesure vise à contenir la domination du marché américain par les produits chinois de vapotage, dont une très grande majorité des dispositifs sont conçus, assemblés et expédiés depuis la Chine.

Confrontés à une fermeture brutale du marché américain, les producteurs chinois se tournent vers d'autres débouchés commerciaux. Le Royaume-Uni s’impose comme l’un des principaux marchés alternatifs, à la fois en raison de son niveau élevé de consommation de cigarettes électroniques et de l’absence actuelle de barrière tarifaire équivalente. Cette situation crée un effet de report immédiat : selon les estimations du secteur, le volume des produits chinois destinés au marché britannique a bondi depuis le mois d’avril, suscitant une réaction inquiète des autorités sanitaires britanniques.

De nouveaux modèles pour contourner l’interdiction des dispositifs jetables

L’interdiction des cigarettes électroniques jetables doit entrer en vigueur au Royaume-Uni le 1er juin 2025. Ce texte, présenté comme un pilier de la politique de santé environnementale du gouvernement, vise à réduire le vapotage des jeunes séduits par ces cigarettes jetables et à réduire les déchets plastiques issus des dispositifs à usage unique. Toutefois, l’industrie du vapotage semble déjà s’adapter pour contourner cette interdiction imminente.

Selon The Guardian[1], les fabricants chinois développent à grande vitesse une nouvelle génération de produits dits « semi-jetables » : des dispositifs rechargeables, équipés de pods remplaçables, mais conçus de manière à être presque aussi bon marché et visuellement similaires aux versions jetables interdites. Ces produits, bien que techniquement conformes à la nouvelle réglementation, suscitent l’inquiétude des experts, qui estiment qu’ils pourraient être perçus par les consommateurs comme des produits à usage unique, compromettant ainsi les objectifs environnementaux et sanitaires de l’interdiction. Plusieurs fabricants se positionnent déjà sur ce segment avec des produits spécifiquement conçus pour répondre à la demande britannique. Des acteurs du secteur préviennent que cette nouvelle génération pourrait rapidement inonder les points de vente si aucun encadrement réglementaire complémentaire n’est mis en place.

Une situation similaire a déjà été observée en France depuis l’interdiction des dispositifs électroniques jetables. Plusieurs fabricants ayant initialement commercialisé des puffs se sont rapidement repositionnés. Ils proposent des dispositifs rechargeables un nombre limité de fois, parfois jusqu’à trois recharges, ou ont introduit des produits spécifiquement conçus pour contourner la réglementation européenne sur la capacité maximale des réservoirs (2 ml). Certains modèles commercialisés combinent ainsi un réservoir non amovible de 2 ml intégré à l'appareil, auquel s’ajoute un pod de recharge prérempli de 10 ml, qui se clipse sur le même dispositif. Le produit n’est pas rechargeable avec un autre pod une fois le premier pod de 10 ml vidé, rendant de facto l’appareil jetable après une seule utilisation complète.

Une menace pour l’ambition britannique d’une génération sans tabac

Cette situation pourrait mettre à mal l’un des objectifs majeurs du gouvernement britannique : parvenir à une génération sans tabac grâce au Tobacco and Vapes Bill, en cours d’examen au Parlement. Cette législation vise à interdire la vente de tabac aux personnes nées après le 1er janvier 2009, tout en renforçant les restrictions sur les produits de vapotage, notamment à travers l’interdiction des arômes attractifs, la limitation des formats et de la publicité pour ces produits.

Or, l’arrivée massive de nouveaux produits conçus pour exploiter les zones grises de la réglementation pourrait fragiliser cette stratégie. Plusieurs experts du secteur estiment que les autorités doivent réagir rapidement pour adapter leur arsenal réglementaire et empêcher que ces dispositifs n’échappent à l’esprit de la loi. Cette évolution illustre les tensions croissantes entre les impératifs de réglementation nationale et les logiques industrielles mondialisées, dans un contexte où les fabricants ne cessent de s’adapter pour contourner les mesures restrictives.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Mabel Banfield-Nwachi et Olivia Lee, Trump tariffs could lead to surge of cheap Chinese vapes in UK, experts say, The Guardian, publié le 19 mai 2025, consulté le jour-même Comité national contre le tabagisme |

Ces actualités peuvent aussi vous intéresser