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BAT utilise ses nouveaux produits pour affaiblir la lutte anti-tabac au Kenya

En juillet 2019, British American Tobacco Kenya (BATK) a lancé son nouveau produit LYFT, des pochettes de nicotine sans-tabac qui ont immédiatement connu un fort succès dans le pays, notamment auprès des jeunes. De nombreux groupes dénoncent cependant son fort potentiel addictif. 

Instrumentalisation de la notion de réduction de risques

Depuis son introduction sur le marché kenyan en juillet 2019, les nouveaux produits de BAT ont gagné beaucoup de popularité et d’intérêt, en particulier parmi les jeunes. Ils sont facilement accessibles dans les supermarchés, magasins locaux et sur internet à un prix très abordable et sans restrictions pour les mineurs[1]. De nombreuses saveurs sont également proposées comme la menthe, le citron ou d’autres saveurs fruitées. Le produit est cependant considéré comme très addictif et pouvant représenter une passerelle vers les produits du tabac.

De con côté, BATK le promeut comme une alternative plus saine et demande au gouvernement de faciliter sa commercialisation. Au cours du moins de septembre 2020, la société a déclaré avoir ouvert des pourparlers avec l’administration fiscale du Kenya[2] pour que ses nouveaux produits soient exonérés des droits d’accise pendant deux à trois ans.  Au-delà, l’entreprise demande à avoir une taxation inférieure à celle des cigarettes traditionnelles jugée trop « punitive » selon Beverley Spencer-Obatoyinbo, directrice de BATK.

Un nouveau moyen pour le fabricant de tabac BAT dans sa conversion vers une industrie de la nicotine

Selon les médias et les publications de BAT sur les réseaux sociaux, ces sachets de nicotine sont souvent promus dans les pays à revenu faible et intermédiaire, notamment en Ukraine, Biélorussie, au Kazakhstan, en Tanzanie et au Kenya[3][4] où les législations sont plus permissives. Grâce à l’élargissement de son portefeuille de produits, l’industrie accroît de manière agressive sa base de marché parmi les adolescents et les jeunes adultes et se transforme petit à petit en industrie de la nicotine. Elle offre des produits de plus en plus hybrides et affirme que l’industrie est un acteur dans la solution du tabagisme. La compagnie de tabac, à l’instar des autres fabricants de tabac, mise sur cette stratégie de nouveaux produits présentés comme étant à moindres risques pour redorer son image et revenir à la table des décisions.

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Selon les experts de la lutte contre le tabagisme[5], ces produits sont principalement destinés aux jeunes en raison des saveurs proposées, des modalités de vente et de promotion retenues sur les réseaux sociaux. Ils soulignent également combien BAT met en exergue le caractère stimulant de la nicotine en indiquant sur le produit, « The Pouch to LYFT your everyday. Welcome to a new world of stimulation. Anytime, Anywhere. Are you in? »[6]. («La pochette LYFT au quotidien : Bienvenue dans un nouveau monde stimulant. A tout moment, en tout lieu, est ce que vous êtes partant ? »)

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Diminuer les taxes affaiblirait la lutte contre le tabagisme au Kenya

L’exonération fiscale proposée, si elle était accordée, constituerait une faille dans le programme actuel de lutte antitabac du pays. L’indice d’interférence du tabac 2020 souligne les efforts du Kenya pour adopter des législations protectrices de lutte contre le tabagisme et de protection à l’égard de l’interférence de l’industrie du tabac[7]. Cependant la mise en œuvre des mesures demeure difficile, en particulier du fait de la forte ingérence de BAT dans les politiques du pays.

La Convention-Cadre fournit une réponse coordonnée au niveau international pour lutter contre l’épidémie de tabagisme et définit des mesures spécifiques pour les gouvernements en matière de lutte contre le tabagisme. Son article 5.3 vise à protéger les politiques solides de lutte antitabac de l’influence néfaste de l’industrie du tabac. Les Directives d’application de l’article 5.3 demandent aux Parties de ne pas accorder d’incitations, de privilèges ou d’avantages à l’industrie du tabac pour créer ou gérer leurs entreprises et de ne pas accorder d’exonération fiscale préférentielle aux l’industriels du tabac. Ceci s’oppose à des politiques fiscales différenciées en fonction du type de produit.

Mots clés : Kenya, BAT, nicotine

©Génération Sans Tabac


[1] Kenya : internet pour contourner la législation antitabac et promouvoir de nouveaux produits, Génération Sans Tabac, 7 août 2020, consulté le 1er octobre 2020

[2] BAT eyes tax holiday for nicotine pouches, Business Daily Africa, 17 septembre 2020, consulté le 1er octobre 2020

[3] Capital FM, Kenya: BAT to Launch Smoke-Free Cigarettes in Kenyaallafrica.com, 19 July 2019, consulté le 2 octobre 2020

[4] T. Rajula, Explainers: All about nicotine pouchesDaily Nation, 4 December 2019, consulté le 2 octobre 2020

[5] Expert call on government to ban nicotine product, Lyft, PD Online, 19 août 2020, consulté le 2 octobre 2020

[6] Nasibo Kabale & Stanley Kimuge, Lobby criticises tobacco-free nicotine pouches, Nation Africa, 6 août 2019, consulté le 2 octobre 2020

[7] Kenya : accentuation de l’ingérence de l’industrie du tabac pendant la pandémie, Génération Sans Tabac, 19 août 2020, consulté le 1er octobre 2020

Comité National Contre le Tabagisme |

Publié le 8 octobre 2020