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Un mouvement d’alerte sur le cobalt détournerait les jeunes des cigarettes électroniques

Sur le réseau TikTok, les indignations face aux conditions d’extraction du cobalt en République Démocratique du Congo auraient initié une vague d’abandon de la cigarette électronique pour ce motif. L’intérêt des jeunes pour la justice sociale pourrait être un levier de sensibilisation.

« Je vais arrêter de vapoter pour le Congo. » La vidéo d’une créatrice de contenu dénommée Kristina est devenue virale et a été relayée 1,8 million de fois sur le réseau TikTok[1]. La jeune femme y exprimait sa révolte après avoir pris connaissance des conditions d’extraction minière du cobalt en République Démocratique du Congo (RDC). Désireuse de réduire sa consommation de cobalt et prenant conscience que les cigarettes électroniques jetables (« puffs ») sont une source de gaspillage de ce minerai, Kristina annonçait qu’elle renonçait maintenant à consommer des puffs.

Diffusée début novembre 2023, la vidéo a non seulement été abondamment relayée, mais elle a suscité des dizaines de commentaires où d’autres jeunes déclaraient également vouloir stopper leur vapotage pour ce motif.

Les exactions dues à l’extraction minière suscitent l’indignation

D’autres vidéos sur ce thème sont ensuite apparues dans ce sillage et appelaient, elles aussi, à se détourner du vapotage pour les mêmes raisons, amorçant une sorte de tendance sur les réseaux sociaux. Dans l’une d’entre elles, relayée 4,5 millions de fois, un créateur de contenu avait rendu hommage à ce mouvement naissant : « Vous n’arrêteriez pas pour votre propre santé, mais maintenant que vous savez que ces vapoteuses sont faites d’un minerai extrait en République Démocratique du Congo, vous être prêts à vous sevrer « à la dure » ; vous avez tout mon respect. »

S’appuyant sur un rapport d’Amnesty International publié en septembre 2023, plusieurs points noirs de l’extraction minière ont été soulignés par les lanceurs d’alerte. L’exploitation des enfants dans ces mines est le plus souvent mise en avant, mais les expropriations et les massacres de villageois, le travail forcé et les violences sexuelles font également partie des arguments avancés. S’il n’est pas totalement absent, le volet environnemental semble ici moins déterminant que l’aspect humain. Les autres batteries contenant du cobalt (téléphones mobiles, ordinateurs portables…) sont moins remises en cause car, contrairement aux puffs, ces batteries ne sont pas jetées après un usage unique.

Interrogé par la BBC, Christoph Vogel, un spécialiste de l’extraction minière en RDC, confirme les conditions de vie déplorables des mineurs, mais il estime qu’elles ne sont pas spécifiques au secteur du cobalt, dans ce pays comme dans la région[2]. Il regrette par ailleurs la « simplification massive » des informations par les activistes numériques, sans forcément avoir conscience des réalités du terrain.

Double tranchant des réseaux sociaux

Depuis leur apparition et leur succès auprès des jeunes et des adolescents, les réseaux sociaux ont jusqu’ici surtout été exploités par les industriels pour promouvoir leurs nouveaux produits du tabac et de la nicotine. Des milliers d’influenceurs, qui connaissent différents niveaux de notoriété, sont ainsi financés pour appuyer des campagnes commerciales. Cette stratégie de communication se révèle habituellement payante, les réseaux sociaux étant aujourd’hui, selon une étude, la première source d’exposition publicitaire des jeunes à ces produits.

Avec des moyens sensiblement inférieurs, les acteurs de santé publique se sont eux-mêmes emparés de ces médias depuis une vingtaine d’années. Au-delà des informations sanitaires, les droits humains et la prise de conscience environnementale font partie des dégâts dénoncés par ces acteurs de la lutte contre le tabagisme. La mise en avant des dommages causés à la communauté afro-américaine par les produits du tabac et de la nicotine au menthol a ainsi été abondamment soulignée. De même, la dénonciation par ces mêmes acteurs du travail des enfants par l’industrie du tabac s’inscrit dans cette démarche.

Mots-clés : réseaux sociaux, TikTok, RDC, Congo, cobalt, cigarettes électroniques jetables, puffs

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Andelane L, TikTok movement raising awareness on the Congo’s mining industry encourages people to give up vaping, NewsHub.nz, publié le 4 décembre 2023, consulté le 6 décembre 2023

[2] Chibelushi W, Congo cobalt: TikTokers quit vaping over mining concerns, BBC News, publié le 4 décembre 2023, consulté le 6 décembre 2023

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 10 décembre 2023