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La stratégie d’image de l’industrie du tabac en matière de développement durable

Les périodes de crises sont propices à une communication accrue de la part de l’industrie du tabac, la pandémie de COVID19[1][2][3] en a été le parfait exemple récemment. Se positionner comme un allié de santé publique n’est pas la seule porte d’entrée de l’industrie pour parfaire son image. Pour se forger une image eco-responsable en matière de développement durable et attirer de nouveaux consommateurs consciencieux –ou ne pas en perdre-, l’industrie a bien compris qu’il fallait s’engouffrer dans cette stratégie marketing. Le greenwashing ou écoblanchiment, est une tactique utilisée par des industries dont les pratiques notamment commerciales sont destructrices pour l’environnement. Cette tactique vise ainsi à présenter les produits de ces industries comme « durables ».

L’activité de l’industrie du tabac, de la culture à la gestion des déchets est particulièrement toxique à l’environnement. La déforestation, la forte utilisation de produits chimiques dans les cultures de tabac et la grande quantité de déchets générés par les emballages et les mégots portent atteinte à l’environnement, ce que les fabricants de tabac cherchent à dissimuler. L’écoblanchiment de l’industrie du tabac a pris son essor au début des années 2000 et s’appuie sur les préoccupations du public pour le développement durable.

Les sociétés de tabac communiquent notamment à travers la « responsabilité sociale des entreprises » (RSE) et elles utilisent ce levier en l’absence de réglementations environnementales internationales pour mieux faire prévaloir leurs intérêts dans nombre de pays à revenu faible ou intermédiaire.

En effet, lorsque les économies en développement ne peuvent pas financer entièrement leurs propres politiques de protection de l’environnement, les compagnies de tabac leur proposent des financements. En échange de ceux-ci l’industrie réclame des avantages et renforce son influence pour s’opposer à des réglementations susceptibles de réduire la consommation de ses produits.

Les activités de RSE offrent en effet un accès convoité aux gouvernements. Au Bangladesh par exemple, British American Tobacco Bangladesh[4] a utilisé des projets de RSE en matière de développement durable pour renforcer son poids dans les décisions du gouvernement.

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Or, lorsqu’un pays propose une législation environnementale, les fabricants de tabac s’y opposent et menacent de délocaliser leurs activités dans un autre pays où les conditions réglementaires sont plus souples. En 2013, suite aux protestations des riverains d’une usine ougandaise de BAT en raison de la pollution de l’air générée par le fabricant, le Parlement a proposé d’élaborer une loi réglementant plus strictement la production et la vente de tabac dans le pays. BAT a alors fermé son usine ougandaise et a transféré ses installations au Kenya[5].

Les compagnies de tabac cherchent à gagner en légitimité en utilisant les classements d’évaluation mis en place par des organisations de protection de l’environnement.

Chacune des quatre principales sociétés transnationales de tabac (British American Tobacco, Philip Morris International, Japan Tobacco International et Imperial Brands) a ainsi mis en avant son résultat établi par le Carbon Disclosure Project[6] (CDP). Pourtant, lorsque le même groupe a révisé cette évaluation, ces mêmes entreprises ont quitté la structure. De même lorsque BAT, JTI et Imperial ont tous reçu des notes médiocres en matière de transparence et en matière d’impact environnemental en 2017, ces trois sociétés se sont retirées du CDP Forestry reporting.

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Les compagnies de tabac rédigent leurs propres règles et ‘objectifs [7].

L’évaluation externe ne conduisant pas à une reconnaissance des pratiques de ces sociétés, ces dernières ont décidé de mettre en place un dispositif de déclaration volontaire, émanant de leur propre initiative et sur la base des normes qu’elles décident pour elles-mêmes.  Il n’y a pas en effet de format normalisé pour les données que les industries doivent suivre. Il est donc difficile pour les chercheurs et les évaluateurs externes de suivre les progrès au fil du temps ou de faire des comparaisons entre les entreprises.

De plus, un manque de normes conduit à la création de nouvelles unités de mesure qui peuvent masquer la véritable ampleur de l’impact environnemental. En 2018, par exemple, les compagnies de tabac ont déclaré des données sur l’impact environnemental dans des unités très vagues nommées « intensité » Enfin, les entreprises sont libres de fixer des objectifs environnementaux et choisissent de divulguer sur des thématiques qui décrivent leurs pratiques sous le meilleur jour. En 2017, après que les fournisseurs de feuilles appartenant à BAT aient dépassé l’objectif mondial de 1,5 kg de produits chimiques par hectare, BAT a annoncé qu’il « n’aurait plus d’objectif moyen mondial »[8].

Il s’ensuit que les publications faites sont peu claires, fréquemment incohérentes, faibles sur le plan méthodologique et sans signification quant aux résultats.


[1] https://www.generationsanstabac.org/actualites/observatoire-de-lindustrie-du-tabac-face-a-la-pandemie-de-covid-19/

[2] https://www.generationsanstabac.org/actualites/smoke-free-partnership-tabagisme-et-covid-19-ce-quil-faut-retenir/

[3] https://www.generationsanstabac.org/actualites/lindustrie-du-tabac-profite-du-covid-19/

[4] https://www.who.int/tobacco/communications/CSR_report.pdf

[5] Hendlin, Y.H., Bialous, S.A. The environmental externalities of tobacco manufacturing: A review of tobacco industry reporting. Ambio 49, 17–34 (2020). https://doi.org/10.1007/s13280-019-01148-3

[6] Ibid

[7] https://tobaccotactics.org/wiki/greenwashing/

[8] British American Tobacco, Sustainability Report 2016, BAT website, 2017, accessed March 2020

Publié le 5 mai 2020