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Royaume-Uni : des services de sevrage tabagique approchés par Philip Morris

Action on Smoking and Health (ASH) a révélé qu’au moins deux services de santé travaillant pour l’aide à l’arrêt du tabac, dont le National Health Service, en Angleterre ont été contactés par la Global Action to End Smoking (GA) –financée par Philip Morris International- pour recevoir des financements.

Global Action to End Smoking, anciennement connue sous le nom de Foundation for a Smoke-Free World, a été créée par le fabricant de tabac Philip Morris International ; elle a reçu 140 millions de dollars de Philip Morris International (PMI) en 2023. La mission de GA est de « mettre fin au tabagisme », notamment en menant des programmes d’éducation. Son programme de sevrage tabagique porte sur les « outils de nicotine à risque réduit » et sur la « lutte contre la désinformation concernant la nature et l’impact de la nicotine ».[1]

Nicholas Hopkinson, professeur de médecine respiratoire à l’Imperial College London, a critiqué cette tentative d’ingérence, déclarant qu’« Il est à la fois décevant et alarmant qu’une organisation financée par l’industrie du tabac cherche à influencer les programmes de sevrage tabagique au Royaume-Uni. Cela compromet sérieusement nos efforts pour protéger la santé publique. »

Des services contactés directement par le directeur général de GA

Le 3 juin 2024, Elizabeth Starren, consultante en médecine respiratoire et générale et responsable du programme « Smokeless » du Chelsea and Westminster Hospital NHS Foundation Trust., a reçu un courriel de Cliff Douglas, PDG de GA proposant de discuter de subventions et d’un « nouvel effort éducatif ». Ce courriel indiquait que Douglas était à Londres pour rencontrer des experts en santé publique concernant les nouveaux financements que GA met à disposition au Royaume-Uni. Alertée par cette offre, le National Centre for Smoking Cessation and Training a averti les parties prenantes de rejeter toute proposition de GA en raison de ses liens avec l’industrie du tabac, soulignant que toute acceptation de fonds violerait la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) que le Royaume-Uni a ratifiée.

Les acteurs de santé rappellent les engagements du Royaume-Uni concernant la CCLAT qui est très claire en ce qui concerne l’ingérence de l’industrie du tabac. Son article 5.3 précise que les Parties doivent protéger leurs politiques de santé publique en matière de tabac des intérêts commerciaux de l’industrie. Cela inclut des mesures pour éviter tout conflit d’intérêts, garantir la transparence des interactions lorsque ces dernières sont strictement nécessaires avec l’industrie du tabac, et rejeter toute forme de partenariat ou accord avec cette dernière. L’objectif est de protéger les politiques publiques des interférences multiples de l’industrie du tabac.

Un organisme financé intégralement par Philip Morris

Global Action to End Smoking a changé de nom en mai 2024 mais reste financée exclusivement par Philip Morris International à hauteur de 17,5 millions de dollars US par an jusqu’en 2030. Bien qu’elle veuille être perçue comme un organisme entièrement distinct de son bailleur de fonds, ses actions et ses affiliations indiquent le contraire. Récemment, GA a subventionné des recherches menées aux Etats-Unis par l’Urban Institute pour étudier les maladies liées au tabagisme et la dépendance à la nicotine chez les populations à faible revenu. GA a également octroyé des subventions à des organisations comme Alternative Research Initiative au Pakistan et Knowledge Action Change au Royaume-Uni, deux organisations qui font la promotion du tabac chauffé et des dispositifs de vapotage.

Ces activités illustrent une stratégie coordonnée de PMI visant à influencer les politiques de santé publique à travers le monde, en utilisant un groupe de façade comme GA pour promouvoir ses produits et miner les efforts de lutte contre le tabagisme.[2]

Plus tôt dans l’année, le British Medical Journal (BMJ) avait révélé un partenariat entre Medscape et PMI à hauteur de 2,9 millions de dollars pour fournir un « programme PMI » de formation au sevrage tabagique d’un an qui serait envoyé au vaste réseau de professionnels de la santé de Medscape.

Cette démarche de financements des services de sevrage du tabac fait partie de la stratégie globale de Philip Morris visait à cibler les professionnels de santé pour faire la promotion de ses nouveaux produits du tabac et de la nicotine. PMI cherche ainsi à semer la confusion auprès des professionnels de santé afin de créer des controverses scientifiques et influencer politiques publiques. Cette démarche s’inscrit également dans le cadre d’une stratégie d’image destinée à positionner le fabricant comme un acteur légitime faisant « partie de la solution », et non comme le responsable de l’épidémie tabagique qu’elle entretient.

Historique de l’interférence du lobby du tabac au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni, par sa politique anciennement favorable aux produits du vapotage dans le cadre du sevrage tabagique, a été particulièrement ciblé par le lobby de l’industrie qui y a vu un moyen pour diviser les acteurs de la santé dans le pays mais également sur le plan international.

Une enquête de The Times avait mis en lumière les actions de lobbying de l’industrie du tabac en faveur du vapotage dans le pays. Cette industrie a utilisé diverses stratégies pour influencer l’opinion publique et les décideurs, notamment en finançant des recherches scientifiques favorables au vapotage et en utilisant des médecins et des groupes de vapoteurs prétendument indépendants pour promouvoir ses intérêts. Parmi les exemples d’influence,[3] Peter Lee, consultant de longue date pour l’industrie du tabac, a publié des articles favorables au vapotage, financés par des géants du tabac comme Philip Morris International.

DT

©Génération Sans Tabac


[1] Hristio Boytchev, Philip Morris backed organisation is targeting UK smoking cessation services, Thebmj, publié le 21 juin 2024, consulté le 26 juin 2024

[2] Génération sans tabac, États-Unis : une structure financée par Philip Morris subventionne des recherches sur l’arrêt du tabac, GST, publié le 19 mai 2024, consulté le 26 juin 2024

[3] Génération sans tabac, Influence de l’industrie du tabac dans le lobbying pro-vapotage : l’exemple du Royaume-Uni, GST, publié le 3 janvier 2024, consulté le 26 juin 2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 30 juin 2024