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Recrudescence des intoxications aux nouveaux produits du tabac et de la nicotine

Les intoxications dues aux sachets de nicotine, aux snus, au tabac chauffé et aux billes aromatiques se sont multipliées en France depuis 2020, indique un bilan des centres antipoison réalisé par l’Anses. Les adolescents et les jeunes enfants sont les premiers touchés, mais les adultes le sont aussi. L’Anses prône un meilleur encadrement de ces produits.

Dans les pays anglosaxons, la multiplication des nouveaux produits du tabac et de la nicotine s’est accompagnée d’une augmentation des cas d’intoxications. Une étude des centres antipoison étatsuniens, publiée le 31 octobre 2023, faisait ainsi état de 6 581 cas d’intoxication par des e-liquides et des cigarettes électroniques pour la seule année 2023, chiffre qui a nettement progressé au cours des années 2010[1].

Cette tendance s’exprime également en France, comme l’indique un rapport d’étude de toxicovigilance publié par l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses)[2]. La rapide croissance des signalements recueillis a conduit l’agence publique à engager une auto-saisine sur ce sujet.

Des signalements en augmentation depuis 2020

Le rapport de l’Anses s’appuie sur les données des centres antipoison. Il détaille les signalements répertoriés pour cinq catégories de produits du tabac et de la nicotine : tabac chauffé, tabac à mâcher (ou à chiquer), sachets de nicotine[3], snus[4] et billes aromatiques[5]. Pour la période comprise entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2022, 295 cas ont été recensés : 12 cas pour le tabac chauffé, 98 pour le tabac à mâcher, 47 pour les snus et les sachets de nicotine et 138 cas pour les billes aromatiques. Ces cas sont en augmentation depuis 2020, notamment pour les snus, les sachets de nicotine et les billes aromatiques. La proportion occupée par les billes aromatiques est d’autant plus inquiétante que ces produits sont arrivés récemment sur le marché. Le tabac à mâcher n’est pas nouveau, mais occasionne un certain nombre de signalements, les emballages n’étant pas sécurisés.

Les ingestions accidentelles touchent en premier lieu les très jeunes enfants. Elles impliquent notamment les bâtonnets de tabac chauffé, le tabac à mâcher (âge médian : 1 an) et les billes aromatiques (âge médian : 3 ans). Les adolescents sont plutôt victimes de consommations intentionnelles de snus ou de sachets de nicotine (âge médian : 14 ans). Plus rarement concernés, les adultes ont pu rencontrer des problèmes avec des snus, parfois avec des sachets de nicotine et le plus souvent avec des billes aromatiques. Pour ces dernières, il s’agissait d’ingestions accidentelles en les confondant avec des confiseries ou à la suite d’une mauvaise insertion dans le filtre d’une cigarette[6].

Les symptômes relevés étaient de gravité faible (82,6%) à moyenne (17,4 %). Ils s’agissait surtout de syndromes nicotiniques de sévérité variable, avec un ou plusieurs symptômes : nausées, palpitations, tachycardie, vertiges, tremblements, vomissements (parfois prolongés avec risque de déshydratation), hypotension, convulsions et hypotonie. Des cas de projection oculaire de gravité faible ont également été signalés pour les billes aromatiques.

Carences réglementaires sur les sachets de nicotine et les billes aromatiques

L’Anses reconnaît que le nombre de cas relevés est inévitablement sous-estimé. Il ne reflète que les signalements émis aux centres antipoison, de nombreuses autres situations n’étant pas déclarées.

L’agence publique attire plus particulièrement l’attention sur les sachets de nicotine, qui ne font l’objet ni d’une réglementation harmonisée entre pays européens, ni d’un encadrement précis en France en dépit du fait qu’il s’agisse de produits à la nicotine, elle-même réglementée. L’agence pointe la promotion de ces sachets de nicotine sur les réseaux sociaux et appelle la communauté éducative à alerter les parents, les enfants et les adolescents sur les nouveaux produits du tabac et de la nicotine. L’Anses rappelle qu’une proposition de loi interdisant les sachets de nicotine a été déposée en juin 2023.

Les billes aromatiques relèvent quant à elles de la réglementation CLP[7] sur les substances irritantes, dont les obligations d’étiquetage et d’emballage ne sont pas respectées. L’Anses appelle au respect a minima de cette réglementation pour les billes aromatiques, qu’elle considère comme des produits de contournement de l’interdiction des cigarettes aromatisées.

Crédit photo : @Vincent Isore/IP3 PRESS/MAXPPP

Mots-clés : Anses, intoxications, centres antipoison, tabac chauffé, tabac à mâcher, snus, sachets de nicotine, perles de nicotine

©Génération Sans Tabac

MF


[1] E-cigarettes and liquid nicotine, America’s Poison Center, consulté le 1er décembre 2023.

[2] Produits du tabac, produits connexes et arômes. Analyse des cas enregistrés par les centres antipoison (de janvier 2017 à décembre 2022), ANSES, rapport d’étude de toxicovigilance, septembre 2023, 40 p.

[3] Les sachets de nicotine s’utilisent comme les snus mais ne contiennent pas de tabac.

[4] Les snus sont des sachets de tabac se plaçant entre la lèvre et la gencive. Ils sont souvent confondus avec les sachets de nicotine. Interdits dans l’Union Européenne (Suède exceptée), ils font l’objet de ventes illicites en ligne dans de nombreux pays d’Europe.

[5] Les billes aromatiques sont vendues séparément des cigarettes. Elles se placent dans le filtre de cigarette et libèrent des arômes lorsqu’on les mord. Ces billes aromatiques sont apparues en Europe après l’interdiction des cigarettes mentholées, en mai 2020. A ne pas confondre avec les perles de nicotine, apparues en France en mai 2023.

[6] Sachets de nicotine ou de tabac : un risque pour les jeunes, ANSES, publié le 30 novembre 2023, consulté le 1er décembre 2023.

[7] Classification, Labelling and Packaging – Règlement n°1272/2008 du Parlement européen relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances chimiques et des mélanges.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 7 décembre 2023