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Pressions de British American Tobacco sur le Kenya pour réduire les avertissements sanitaires

British American Tobacco aurait exercé un chantage à l’investissement auprès du ministre de la Santé kényan afin d’obtenir une réduction de la taille des avertissements sanitaires sur ses sachets de nicotine Velo, révèle une enquête de The Examination.

En janvier 2021, le ministre de la Santé kényan avait signifié à British American Tobacco (BAT) que ses sachets de nicotine étaient dorénavant soumis à la réglementation régissant les produits du tabac. Ceci impliquait notamment l’apposition d’avertissements sanitaires couvrant 30 % de l’avant et 50 % de l’arrière des emballages.

Le directeur général de BAT Kenya, Crispin Achola, avait répondu par courrier en septembre 2021, en demandant la permission de réduire ces avertissements sanitaires à 10 % de la surface de l’emballage. Il aurait mis en balance de cette décision les investissements prévus par BAT dans la construction d’une nouvelle usine à Nairobi. Le ministre de la Santé a finalement accordé à BAT que ces avertissements ne couvrent que 15 % des emballages, comme l’a révélé une enquête de The Examination[1], co-publiée par The Guardian et Africa Uncensored.

Lobbying et irrégularités durant l’introduction des sachets de nicotine au Kenya

Selon cette enquête, le lancement des sachets de nicotine au Kenya a été émaillé d’irrégularités et d’actions de lobbying. Ces produits furent d’abord introduits en juillet 2019 sous le nom de Lyft, BAT voulant faire du Kenya son terrain d’essai de ce marché dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. BAT avait alors obtenu une autorisation de commercialisation limitée aux pharmacies, qui interdisait la publicité et la vente en ligne, en magasin ou en distributeurs automatiques des sachets de nicotine – dispositions que BAT a toutes transgressées. Cette autorisation avait ensuite été jugée illégale par les autorités, ce qui les a conduites à interdire les sachets de nicotine en septembre 2020.

En mars 2021, BAT a fait pression sur le ministre de la Santé pour que ses sachets de nicotine soient de nouveau autorisés, afin d’écouler 400 000 boîtes de produits avant leur date de péremption. Les acteurs de santé avaient alors dénoncé ces pressions. Quelques mois plus tard, le directeur général de BAT Kenya aurait demandé que les avertissements sanitaires soient réduits, sous peine de ne pas construire l’usine destinée à diffuser ces produits dans la région. Crispin Achola avait notamment suggéré au ministre de la Santé d’user de son droit discrétionnaire à outrepasser la loi antitabac de 2017 en matière d’avertissements sanitaires. BAT a alors obtenu de réduire ces avertissements à 15 % des emballages, cette permission étant valable jusqu’en juillet 2023.

Les sachets de nicotine de BAT ont de nouveau été officiellement commercialisés en juin 2022, cette fois-ci sous la marque Velo. BAT a demandé de prolonger de façon permanente cette dérogation sur la taille des avertissements sanitaires, mais n’aurait à ce jour pas encore reçu de réponse.

La toxicité des sachets de nicotine en question

Conçus sur le modèle des snus suédois, avec lesquels ils sont souvent confondus, les sachets de nicotine se placent entre la gencive et la lèvre. Ils ne contiennent pas de tabac, mais une poudre de nicotine, des arômes et des fibres végétales. Les teneurs en nicotine sont très variables selon les fabricants et peuvent s’avérer importantes.

L’ampleur de la nocivité de ces produits est actuellement difficile à évaluer, la grande majorité des travaux sur les sachets de nicotine étant financés par les fabricants. Ces derniers présentent les sachets de nicotine comme des produits de réduction des risques, car comportant moins de substances toxiques que la fumée de tabac. Quelques études indépendantes ont cependant montré que, quel que soit le fabricant, les sachets de nicotine peuvent contenir des traces de nitrosamines spécifiques du tabac (TNSA), lesquels sont cancérigènes[2]. L’American Cancer Society estime que les conséquences à long terme d’une faible exposition aux TNSA ne sont pas encore connues. Au Royaume-Uni, les avertissements sanitaires apposés sur les sachets de nicotine indiquent qu’ils ne sont pas « sans risques ».

Comme dans de nombreux pays, BAT a fait la promotion de ses sachets de nicotine sur les réseaux sociaux, en recourant à des influenceurs. BAT se défend d’en faire la promotion auprès des jeunes, mais ceux-ci sont les principaux consommateurs de ces produits. Des recherches ont montré que les établissements scolaires comptent parmi les premiers lieux de revente illégale de sachets de nicotine au Kenya, des complicités de recel ayant été pointées chez les agents de sécurité filtrant les entrées et même chez certains enseignants.

Les acteurs de santé, dont la Kenya Tobacco Control Alliance (KETCA), ont dénoncé l’influence exercée par BAT sur le ministre de la Santé, et la mise en danger de la santé publique pour des motifs économiques. Ils redoutent que ces sachets de nicotine ne soient plus considérés comme des produits du tabac, comme semble l’annoncer une prochaine loi sur les produits de la nicotine. L’article 5.3 de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par le Kenya, exige pourtant de protéger les politiques publiques de santé des interférences de l’industrie du tabac. Les directives d’application de cet article invitent également à ne pas accorder d’avantages à l’industrie du tabac, ainsi que le contenait la loi kényane de 2017.

Mots-clés : Kenya, British American Tobacco, Lyft, Velo, sachets de nicotine

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Chapman M, Mukhwana T, Marsj S, British American Tobacco undermines Kenyan health laws in bid for Gen Z, the Examination, publié le 23 janvier 2024, consulté le 24 janvier 2024.

[2] Mallock N, Schulz T, Malke S, Dreiack N, Laux P, Luch A, Levels of nicotine and tobacco-specific nitrosamines in oral nicotine pouches, Tob Control 2022;0:1–7, Epub ahead of print: 10/07/2022.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 29 janvier 2024