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Pakistan : méconnaissance et consommation élevée de tabac chauffé chez les adultes

Une récente étude publiée dans BMC Public Health par l’Université Aga Khan et le Jinnah Medical and Dental College a évalué les connaissances, les attitudes et l’utilisation des produits du tabac chauffé en population générale au Pakistan. Menée auprès d’un échantillon représentatif de 1200 adultes, l’étude révèle que plus de la moitié d’entre eux ont déjà entendu parler du tabac chauffé et 13% en consomment régulièrement. Ils sont également 27,78% à ne pas savoir que ces produits contiennent du tabac.

L’épidémie tabagique au Pakistan reste majeure. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 19 % des adultes pakistanais consomment des produits du tabac, avec une prévalence plus élevée chez les hommes (31,8 %) comparée à celle des femmes (5,8 %). Le tabagisme est responsable de plus de 160 000 décès prématurés par an dans le pays.

Une méconnaissance sur la composition de ces produits et une sous-évaluation des risques

Une étude transversale a été menée par l’Université de Aga Khan et le Jinnah Medical and Dental College au Pakistan et publiée le 16 mai 2024. Un échantillon de 1 195 adultes de plus de 18 ans a répondu à un questionnaire en ligne. L’objectif de cette étude était de mettre en lumière les connaissances, les attitudes et l’usage des produits du tabac à chauffé au Pakistan.

Elle révèle que 54,73 % des participants avaient entendu parler des produits du tabac à chauffer et que près de 17% en ont déjà consommé au moins une fois. 13,4% d’entre eux déclarent en consommer de manière régulière.

Près de la moitié ont indiqué que ces produits contenaient à la fois de la nicotine et du tabac tandis que 27,78% ont mentionné que selon eux ces produits ne contiennent que de la nicotine. Pour les auteurs de l’étude, ce pourcentage élevé montre l’efficacité des campagnes de marketing des cigarettiers pour les produits du tabac chauffé. Concernant les risques sur la santé 31,63 % n’étaient au courant des risques de la consommation de ces produits sur la santé comme le cancer et les accidents vasculaires cérébraux. Cependant, une majorité des participants (59%) a exprimé des inquiétudes quant à leur utilisation pendant la grossesse et pour les personnes souffrant de maladies chroniques telles que les maladies cardiaques, la tension artérielle et le diabète.

Parmi les raisons évoquées de la consommation, les répondants ont indiqué qu’il s’agissait d’une « expérience plaisante », que le tabac chauffé était une « bonne alternative » au tabagisme classique, qu’il y a moins d’odeur que les cigarettes manufacturées et la disponibilité des arômes.

Le Pakistan : Un marché convoité par l’industrie du tabac

Malgré la ratification du Pakistan de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2004, et l’adoption de différentes mesures par le pays, nombre d’entre elles demeurent inappliquées. Les hausses de taxes demeurent faibles, les interdictions de publicité sont peu respectées. Le pays Le Pakistan a adopté une loi pour augmenter la taille des avertissements sanitaires illustrés à 85 % de la surface des paquets de cigarettes (SRO 22(KE)/2015). Cependant, cette loi n’a jamais été appliquée et a été continuellement retardée à cause de la pression exercée par l’industrie du tabac. Finalement, lorsqu’elle a été mise en œuvre, la taille des avertissements n’était que de 60 % de la surface des paquets.[1] Ce compromis politique met en évidence le pouvoir de l’industrie dans le pays.

Le Pakistan compte 208 millions d’habitants, dont deux tiers ont moins de 30 ans, une cible privilégiée pour les fabricants. Ces derniers déploient des stratégies de marketing agressives pour promouvoir leurs produits comme étant moins nocifs et comme des alternatives « plus sûres ». Environ 10 % des jeunes de 13 à 15 ans consomment régulièrement des produits du tabac.[2]

Besoin de clarification et de sensibilisation sur les tabacs chauffés

Les auteurs de l’étude soulignent i la nécessité de clarifier le statut des tabacs chauffés qui sont des produits du tabac et doivent être réglementés comme tels. Ils appellent à informer la population, notamment les jeunes, sur les dangers de ces nouveaux produits du tabac.

En effet, malgré les allégations des cigarettiers sur la prétendue nocivité réduite des produits du tabac à chauffer, aucune étude scientifique indépendante n’a validé ces produits comme une alternative saine aux cigarettes traditionnelles. Les recherches existantes soulignent que ces produits contiennent encore des substances toxiques et présentent des risques pour la santé. Les affirmations des fabricants reposent souvent sur leurs propres études, qui manquent de transparence et sont susceptibles de biais.

DT

©Génération Sans Tabac


[1] Journals, Tracking progress of tobacco control in Pakistan against the MPOWER package of interventions

Challenges and opportunities, publié en 2020, consulté le 9 juillet 2024

[2] Génération Sans tabac, Pakistan : l’industrie du tabac a profité de la pandémie pour promouvoir ses nouveaux produits, GST, publié le 29 juin 2021, consulté le 8 juillet 2024

 

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 10 juillet 2024