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Nouvelle-Zélande : connivences de ministres avec l’industrie du tabac

Deux ministres issus du parti New Zealand First montrent une grande proximité avec l’industrie du tabac. Shane Jones, ministre délégué aux Finances et à l’énergie, refuse ainsi de respecter les dispositions de transparence de la Convention-cadre pour la lutte antitabac, tandis que la feuille de route de Casey Costello, ministre de la Santé, reprend une terminologie identique à celle de l’industrie du tabac. Le premier ministre, Christopher Luxon, affirme vouloir respecter les engagements internationaux de la Nouvelle Zélande mais se montre lui-même ambigu sur le thème du lobbying.

Depuis son arrivée au pouvoir en novembre 2023, la coalition gouvernementale ne cesse de remettre en question les fondements de la lutte contre le tabagisme en Nouvelle-Zélande. Les projets du gouvernement précédent sont tous remis en cause : interdiction de la vente de produits du tabac aux personnes nées à partir de 2009 pour parvenir à des générations sans tabac, réduction de 95 % de la teneur en nicotine des cigarettes et diminution du nombre de détaillants de tabac dans le pays de 6 000 à 600. A contre-courant de la politique de taxation continue des produits du tabac, le gouvernement envisagerait également un gel de trois ans de l’indexation de ces produits sur l’inflation.

Des révélations concernant deux ministres issus du parti New Zealand First viennent confirmer une forme de collusion avec les intérêts de l’industrie du tabac.

Un mépris affiché pour les règles de transparence

Dans cette coalition au pouvoir, Shane Jones cumule les fonctions de ministre des Océans et de la pêche, de ministre du Développement régional, de ministre des Ressources, de ministre délégué aux Finances et de ministre délégué à l’Energie[1]. Il fut parlementaire du Labour Party de 2005 à 2014, et l’est depuis 2017 sous la bannière de New Zealand First. Selon la BBC, ce parti ainsi que l’Association of Consumers and Taxpayers (ACT), également membre de cette coalition, auraient fait pression sur le National party pour réviser la politique relative aux produits du tabac et de la nicotine[2].

Shane Jones a reconnu avoir reçu des « sondages » de la part d’Apirana Dawson, un ancien salarié de New Zealand First devenu directeur des relations extérieures de Philip Morris International (PMINZ). Apirana Dawson était aussi présent lors de la cérémonie d’investiture de Shane Jones, en décembre 2023. Aux soupçons de proximité avec l’industrie du tabac qui lui étaient adressés, Shane Jones a répondu, le 6 mars 2024, qu’il n’entendait pas suivre les règles de transparence imposées aux ministres en cas de contact avec cette industrie.

A propos de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT), dont l’article 5.3 proscrit toute interférence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques, Shane Jones a déclaré qu’il en ignorait tout et qu’il n’y prêtait « pas un iota d’attention »[3].

Préalablement à ces déclarations, le Premier ministre, Christopher Luxon, avait pourtant pris soin de préciser que le gouvernement était bien conscient des obligations liées à la CCLAT, ratifiée dès 2004 par la Nouvelle-Zélande. Interrogé en février 2024 sur l’influence du lobby du tabac, Christopher Luxon avait toutefois été plus ambigu, indiquant que les politiciens devaient « parler à un large éventail de personnes, venant d’un large éventail de secteurs ».

Des notes de service reprenant les propos de l’industrie du tabac

Dans ce gouvernement, Casey Costello est ministre déléguée à la Santé, ainsi que ministre des Douanes et ministre des Personnes âgées. Elle est aussi une élue de New Zealand First et a été auparavant membre du bureau de la Taxpayers’ Union[4]. Ce dernier est un groupe de pression néolibéral qui fut notamment financé par British American Tobacco durant trois ans, et a touché au moins 347 000 dollars NZ (soit 194 000 euros) de donations et souscriptions en 2015 et 2016[5].

Dans une série de notes sur la réglementation du tabac adressées par Casey Costello à des hauts fonctionnaires de santé, les termes utilisés étaient, sur de nombreux sujets, identiques à ceux employés dans des documents publiés par l’industrie du tabac[6].

Ces notes évoquent par exemple les mesures innovantes qui ont été déprogrammées comme des mesures « expérimentales » ou « radicales », une manière de les présenter comme incertaines et risquées, voire extrêmes. Les allusions à la « prohibition » suggèrent des mesures liberticides et favorisant l’activité mafieuse. Les taxes sur le tabac sont estimées trop élevées et considérées comme « punitives » pour les plus pauvres, alors que leur action sur le sevrage tabagique des plus démunis a été démontrée. Une approche de « réduction des risques » appliquée au tabac serait censée justifier, comme le réclament les industriels du tabac, une taxation plus clémente pour leurs nouveaux produits du tabac et de la nicotine (tabac chauffé, cigarettes électroniques, sachets de nicotine). Décrire la nicotine comme « inoffensive » et « similaire à la caféine » est enfin une manière de dissimuler le caractère anxiogène, toxique et hautement addictif de cette molécule[7].

Bien que ces notes aient été émises par son cabinet, Casey Costello a nié les avoir écrites, ne pas savoir qui en avait la charge, ni avoir requis le moindre conseil. Elle a déclaré n’avoir aucun lien avec l’industrie du tabac et rester engagée sur l’objectif d’une Nouvelle-Zélande sans tabac en 2025. C’est pourtant par l’une de ces notes qu’elle avait envisagé l’arrêt durant trois ans de l’indexation du prix du tabac sur l’inflation, ce qu’elle a également nié.

Un gouvernement globalement favorable à l’industrie du tabac

Malgré les démentis des intéressés, les propos et les actes de Shane Jones et de Casey Costello semblent correspondre aux aspirations de l’industrie du tabac. Celle-ci s’oppose en effet aux obligations du traité de la CCLAT, et notamment à toute mesure de taxation des produits du tabac et de la nicotine. Les positions du gouvernement et la terminologie même utilisée par les ministres issus de New Zealand First renvoient à celles affichées par l’industrie du tabac.

Le National Party, qui tient les rênes de cette coalition gouvernementale, a également des liens avec l’industrie du tabac. Le ministre du Logement, des infrastructures et des sports, Chris Bishop, a ainsi été lobbyiste de Philip Morris Nouvelle-Zélande. Les déclarations imprécises du Premier ministre Christopher Luxon vis-à-vis de l’industrie du tabac laissent également soupçonner aux acteurs de santé des relations avec cette industrie qui vont au-delà des dispositions de la CCLAT.

Mots-clés : Nouvelle-Zélande, New Zealand First, Shane Jones, Casey Costello, Convention-cadre pour la lutte antitabac

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Hon Shane Jones, New Zealand Parliament, publié le 12 décembre 2023, consulté le 12 mars 2024.

[2] Mao F, New Zealand smoking ban: Health experts criticise new government’s shock reversal, BBC News, publié le 27 novembre 2023, consulté le 13 mars 2024.

[3] Newton K, NZ First Minister Shane Jones says he doesn’t know or care about tobacco industry transparency rules, RNZ, publié le 7 mars 2024, consulté le 12 mars 2024.

[4] Hoek J, Edwards R, Waa A, Tobacco industry interference: Is the new Government meeting its international obligations?, Public Health Communication Centre, publié le 1er février 2024, consulté le 13 mars 2024.

[5] Sachdeva S, Taxpayers’ Union backed by tobacco giant, Newsroom, publié le 24 janvier 2019, consulté le 13 mars 2024.

[6] Newton K, The tobacco industry language that found its way into ministerial papers, RNZ, publié le 7 mars 2024, consulté le 12 mars 2024.

[7] Ling PM, Glantz SA. Tobacco company strategies to identify and promote the benefits of nicotine. Tob Control. 2019 May;28(3):289-296.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 17 mars 2024