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Malgré leurs engagements, certaines banques françaises ont continué de financer des cigarettiers

Un rapport de l’organisme d’investigation Profundo, commandé par l’Alliance contre le tabac, indique comment des banques et des organismes financiers français financent les industriels du tabac, malgré leurs engagements éthiques. Au total, 5,3 milliards de dollars de prêts ont été accordés aux multinationales du tabac entre 2018 et 2023, et 723 millions d’euros sont encore investis en actifs financiers.

Parce qu’elle occasionne huit millions de décès par an dans le monde et qu’elle décime la moitié de ses clients, l’industrie du tabac n’est pas une industrie ordinaire. C’est à partir de ce constat que l’initiative Tobacco-Free Finance Pledge (TFFP) propose aux banques et aux organismes financiers d’exclure tout financement et toute collaboration avec l’industrie du tabac. Initié par l’organisation australienne Tobacco Free Portfolios, le TFPP a été développé en collaboration avec la branche Finance du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)[1].

Des banques et des organismes financiers français engagés dans le TFFP ont cependant continué de financer les multinationales du tabac, comme le montre un rapport commandité par l’Alliance contre le tabac (ACT)[2].

Réduction des prêts bancaires mais poursuite des investissements

A partir d’une enquête réalisée par l’organisme d’investigation Profundo, l’ACT a pointé de nombreuses entorses au TFFP. Celles-ci peuvent être divisées en deux groupes, d’une part les prêts accordés aux industriels du tabac, et d’autre part les placements financiers investis dans le secteur du tabac.

Sur la période 2018-2023, les prêts aux multinationales du tabac ont atteint au moins 5,3 milliards de dollars US (soit 4,8 milliards d’euros). Ils ont été surtout été consentis jusqu’en 2020 et se sont sensiblement réduits depuis (300 millions de dollars depuis 2021, 9 millions en 2023). Ces prêts ont bénéficié à British American Tobacco (BAT)(2 milliards de dollars), Philip Morris International (PMI)(1,4 milliard), Imperial Brands (1,2 milliards) et Japan Tobacco International (JTI)(720 millions). Ils ont été émis par seulement deux banques, la Société Générale (4,3 milliards de dollars) et le Crédit Agricole (957 millions de dollars).

De leur côté, les investissements dans l’industrie du tabac représenteraient 723 millions de dollars US (soit 658 millions d’euros) en novembre 2023, et sont en diminution depuis 2018. Ils ont bénéficié à PMI (307 millions de dollars), BAT (255 millions) et Imperial Brands (78 millions). Ces investissements se répartissent principalement entre le groupe BPCE (282 millions de dollars), le Crédit Agricole (160 millions), BNP Paribas (96 millions), Axa (75 millions) et le Crédit Mutuel (35 millions). L’organisme financier Groupama se distingue en ayant relancé ses investissements entre 2021 (environ 2 millions de dollars) et 2023 (près de 13 millions).

Des pratiques en contradiction avec les engagements éthiques

Si des prêts bancaires ont été consentis durant la période étudiée, ils sont en net recul et ont pour la plupart été stoppés après la signature du TFFP. Certains établissements bancaires et financiers (Crédit Agricole, BNP Paribas, Axa) ont freiné leurs investissements dans l’industrie du tabac, mais les ont tout de même poursuivis malgré leur engagement éthique.

BNP Paribas et Axa ont ainsi été parmi les premiers partenaires du TFFP et l’ont signé en 2018, le Crédit Agricole en mai 2020 et le Crédit Mutuel en septembre 2023. Le groupe BPCE n’a pas signé cette charte, mais sa filiale Natixis l’a fait en 2017. De son côté, le groupe Société Générale a signé la charte TFFP en septembre 2023 et a adopté une politique sectorielle Tabac qui s’adresse à l’ensemble du groupe[3]. 

La mise en conformité de ces établissements avec leurs engagements éthiques apparaît plus que jamais nécessaire, sous peine de perdre eux-mêmes leur crédibilité. Le rapport de l’ACT souligne par exemple que, parmi les investissements, 1,33 millions de dollars le sont dans des fonds Environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG), dont les industriels du tabac devraient en principe être exclus, mais qu’ils revendiquent tout de même. L’influence des critères ESG dans l’obtention du label des investissements socialement responsables (ISR) et le manque d’exigence de ce label avaient conduit en France à sa révision par les pouvoirs publics. A la demande de l’ACT et du Comité nationale contre le tabagisme (CNCT), le label ISR exclut aujourd’hui le secteur de l’industrie du tabac.

Mots-clés : banques, organismes financiers, placements financiers, prêts bancaires, critères ESG, label ISR

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Tobacco-Free Finance Pledge (TFFP), Novethic, consulté le 8 mars 2024.

[2] Alliance contre le tabac, Financement de l’industrie du tabac en France, Les synthèses de l’ACT, mars 2024, 21 p.

[3] Société Générale, Politique sectorielle Tabac, septembre 2023, 6 p.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 15 mars 2024