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Déterminants commerciaux de la santé

Les déterminants commerciaux de la santé, thème émergent de recherche et de mobilisation

Un récent séminaire de l’OMS sur le cancer et une thèse de santé publique en France mettent en lumière l’importance de ce qu’on dénomme les déterminants commerciaux de la santé. Ceux-ci englobent les incidences des stratégies commerciales des entreprises sur la santé des populations, et se révèlent aussi considérables que les déterminants sociaux de la santé.

C’est à Barcelone que la branche Europe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Association des ligues européennes contre le cancer ont organisé une université d’été en septembre 2023. Celle-ci a réuni durant deux jours une quarantaine d’ambassadeurs de la jeunesse contre le cancer, tous professionnels de santé. L’objectif était de sensibiliser ces jeunes acteurs de santé aux liens entre les déterminants commerciaux de la santé et les cancers[1].

Incidence des produits du secteur privé sur la santé publique

Selon la définition d’un comité d’experts internationaux indépendants, les déterminants commerciaux de la santé désignent « les systèmes, les pratiques et les voies par lesquels des acteurs commerciaux influent sur la santé et l’équité »[2]. Ils posent la question de l’incidence du secteur privé sur la santé publique et prennent particulièrement en compte l’ensemble des conséquences sur la santé des populations dues à la commercialisation de certains produits nocifs que sont le tabac et l’alcool, dont le fardeau sanitaire est bien connu, mais aussi des hydrocarbures et des aliments transformés. Ces produits sont principalement fabriqués par des multinationales qui, via des actions de lobbying, font pression sur les décideurs publics lorsque des mesures de santé publique menacent leurs intérêts. Les déterminants commerciaux de la santé caractérisent ainsi les pratiques et les stratégies déployées par les fabricants pour maintenir des produits nocifs sur le marché. Les cancers ne composent qu’une partie des pathologies occasionnées par l’exposition à ces produits.

« La communauté de la santé publique investit massivement dans la sensibilisation (…), le secteur privé investit dans le lobbying », résumait Mashkur Isa, l’un des ambassadeurs de la jeunesse contre le cancer. Les professionnels de santé réunis à Barcelone se désolent que leurs efforts en matière de santé soient constamment invalidés par les produits et les pratiques de ces fabricants. Ils ne voient cependant pas cette situation comme une fatalité, et militent aujourd’hui pour un retournement des priorités de santé. Il leur semble en effet paradoxal de laisser librement ces produits envahir le marché, et dépenser ensuite de l’argent public pour demander aux populations de ne pas les utiliser. Réduire à la source les facteurs de risques pour la santé apparaît ainsi plus efficace que de combattre des maladies ou de se focaliser sur les seuls déterminants sociaux de la santé (sexe, âge, catégorie sociale, éducation, niveau de revenu…).

La collaboration avec certains acteurs du secteur privé et les conflits d’intérêts auxquels peuvent être confrontés les décideurs publics constituent ici des freins aux politiques de prévention. Selon les participants de ce séminaire, pour mieux discerner les priorités, les professionnels de santé ont besoin d’informations fiables, qui ne soient pas influencées par des intérêts catégoriels allant à l’encontre de l’intérêt général. Les recherches financées par les industriels, tout comme les lobbyistes et les tierces parties, représentent ainsi autant d’écueils pour les politiques de santé publique.

Impulsion de la recherche sur les déterminants commerciaux de la santé

Le thème des déterminants commerciaux de la santé devient aussi un sujet de recherche, comme l’indiquait en mars 2023 le lancement par The Lancet d’une revue médicale qui leur est consacrée. Au Royaume-Uni, l’Université de Bath y consacre un département de recherches depuis plusieurs années.

En France, cette thématique est plus récente mais a fait l’objet d’une thèse, soutenue en septembre 2023 à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Intitulée « L’impact des déterminants commerciaux de la santé. Le cas du lobbying de l’industrie de l’alcool et de l’industrie du tabac en France », cette thèse d’Ana Millot, dirigée par le Pr Karine Gallopel-Morvan, pointe expressément les deux principales causes de mortalité évitables que sont le tabac et l’alcool[3].

Au sujet du tabac, Ana Millot souligne notamment l’activité de lobbying de la Confédération des buralistes et de ses membres, en lien avec l’industrie du tabac. Les buralistes relaient ainsi en France les arguments développés par les fabricants de tabac dans le monde. Ils se présentent comme des « commerçants de proximité », dans un contexte de désertification de certaines zones du territoire et se placent dans une position victimaire pour contrer les mesures de santé publique.

Mots-clés : déterminants commerciaux de la santé, cancer, OMS, EHESP, Ana Millot

©Génération Sans Tabac

MF


[1] Étudier les influences commerciales sur les professionnels de santé et sur la lutte contre le cancer, OMS, publié le 13 novembre 2023, consulté le 17 novembre 2023.

[2] Gilmore AB, Fabbri A, Baum F, Bertscher A, Bondy K, Chang HJ, Demaio S, Erzse A, Freudenberg N, Friel S, Hofman KJ, Johns P, Karim SA, Lacy-Nichols J, Paes de Carvalho MP, Marten R, McKee M, Petticrew M, Robertson L, Tangcharoensathien V, et al. (2023). Defining and Conceptualising the Commercial Determinants of Health. The Lancet, 401(10383), 1194-1213.

[3] L’impact des déterminants commerciaux de la santé. Le cas du lobbying de l’industrie de l’alcool et de l’industrie du tabac en France., Addict’Aide, publié le 13 novembre 2023, consulté le 17 novembre 2023.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 27 novembre 2023