Actualités

tchad-cclat

Le Tchad en route pour appliquer la Convention-Cadre de l’OMS

Pour endiguer la consommation de tabac, qui est un problème majeur de santé publique et un obstacle au développement, le gouvernement Tchadien souhaite intensifier ses efforts en matière de lutte contre le tabagisme. Pour ce faire, il se base sur un rapport publié en 2019, intitulé « Modèle d’Investissement pour la lutte antitabac au Tchad, arguments en faveur de l’investissement dans la mise en œuvre de la Convention Cadre de l’OMS pour la Lutte anti-tabac (CCLAT) ». Ce rapport met en lumière les bénéfices potentiels d’une politique antitabac forte pour sauver des vies et générer des gains économiques substantiels.

Le 31 mai dernier, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, le ministre de la santé publique du Tchad, le Dr Abdelmadjid Abderahim, a alerté sur les stratégies agressives déployées par les cigarettiers pour cibler les jeunes[1]. Il a particulièrement dénoncé les dépenses colossales consacrées par l’industrie du tabac pour appâter les jeunes à travers le marketing, et la vente aux mineurs. Il a ainsi réaffirmé son engagement à lutter contre le tabagisme et à protéger la santé de sa population en mettant en place un ensemble cohérent de mesures éprouvées conformément à la CCLAT, que le Tchad a ratifiée en 2006.

Une stratégie alignée sur la CCLAT

Pour répondre à ce problème, la stratégie du Tchad s’appuie sur les bonnes pratiques réunies dans la Convention-Cadre : L’augmentation significative et continue des taxes sur le tabac (Article 6 de la CCLAT), l’application des interdictions de fumer dans les lieux à usage collectif  et le développement d’autres lieux sans tabac (Article 8 de la CCLAT), les emballages neutres (Directives de l’article 11 et 13 de la CCLAT) et les campagnes de sensibilisation (Article 12 de la CCLAT).[2]

Le Tchad est un pays confronté à de nombreux problèmes de santé publique et les ressources limitées du pays constituent un obstacle à l’amélioration de la santé de la population tchadienne ainsi qu’à son développement économique. Le lobby du tabac est également puissant dans le pays. En 2023, suite aux pressions des fabricants de tabac, le gouvernement avait baissé la taxe spécifique sur les produits du tabac, qui était alors passée de 100 FCFA à 50 FCFA. Or cette taxe avait été instaurée pour financer le régime 3 de la Couverture santé universelle (CSU). L’Association pour la défense des droits des consommateurs (ADC) a rappelé au gouvernement ses obligations internationales liées à la Convention-Cadre et la nécessité d’appliquer une fiscalité forte sur les produits du tabac.

Les coûts de la consommation de tabac

La consommation de tabac coûte annuellement environ 32 milliards de francs CFA au Tchad, dont 5 milliards en dépenses de santé et 27 milliards en pertes de productivité et de réduction des revenus des ménages.[3]

Au-delà des coûts financiers conséquents, le Tchad doit également faire face aux ravages liés au tabagisme en termes de politique de santé. Près de 2 500 décès sont causés par le tabac, dont 71% de personnes âgées de moins de 70 ans. La fumée secondaire est responsable de plus de 800 décès annuels, incluant 384 enfants de moins de 15 ans. Ces chiffres alarmants démontrent l’urgence de renforcer les politiques antitabac.[4]

Bénéfices des mesures antitabac

En adoptant les mesures recommandées par la CCLAT, le Tchad pourrait éviter des pertes économiques évaluées à 105,7 milliards de francs CFA sur les 15 prochaines années. Ces économies se répartissent en 88,3 milliards de pertes de productivité évitées et 17,3 milliards de dépenses de santé économisées.

De plus, les projections montrent que ces mesures pourraient sauver 10 500 vies d’une mortalité prématurée, contribuant ainsi à l’objectif de développement durable (ODD) 3.4, qui vise à réduire d’un tiers la mortalité prématurée due aux maladies non transmissibles d’ici 2030.

Les bénéfices économiques de ces mesures dépassent largement leurs coûts, estimés à 7,9 milliards de francs CFA. L’augmentation des taxes sur les produits du tabac présente un retour sur investissement le plus élevé sur l’ensemble des mesures efficaces pour réduire le tabagisme (52:1)[5]. Au Tchad, les autres dispositions particulièrement pertinentes en terme de retour sur investissement sont les campagnes médiatiques (22:1), les interdictions de fumer dans les lieux à usage collectif  en incluant les lieux de travail (11:1), et les emballages neutres (10:1).

La mise en œuvre de ces mesures améliorerait non seulement la santé publique au Tchad mais stimulerait également la croissance économique du pays dans le cadre d’un développement durable.

©Génération Sans Tabac

DT


[1] Peter Kum, Journée mondiale sans tabac : Le Tchad mobilise sa jeunesse contre le fléau du tabagisme; Al Wihda, publié le 31 mai 2024, consulté le 6 juin 2024

[2] Eric Ngarlem Toldé, Lutte contre le tabac : des gains économiques et sanitaires significatifs en vue pour le Tchad, Tchadinfos, publié le 04 juin 2024, consulté le 06 juin 2024

[3] Modèle d’Investissement pour la Lutte Antitabac au Tchad, UNDP, publié le 10 février 2021, consulté le 06 juin 2024

[4] Tobacco, OMS, publié le 31 juillet 2023, consulté le 06 juin 2024

[5] NDLR : le retour sur investissement (ROI) des mesures de lutte contre le tabagisme est une évaluation de l’efficacité économique des politiques mises en place pour réduire la consommation de tabac. Il s’agit de comparer les coûts de mise en œuvre de ces mesures aux bénéfices qu’elles génèrent, principalement en termes d’économies sur les dépenses de santé et de gains de productivité. Ainsi par exemple, pour chaque franc CFA investi dans l’augmentation des taxes sur le tabac, le Tchad obtient 52 francs CFA en retour

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 8 juin 2024