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Le futur traité plastique doit inclure la pollution évitable des produits du tabac selon une alliance d’ONG

 La quatrième session du Comité de négociation intergouvernemental chargé d’élaborer un instrument international juridiquement contraignant pour limiter la pollution plastique (INC-4) commence aujourd’hui et se tiendra jusqu’au 29 avril à Ottawa (Canada). Des organisations non gouvernementales, (ONG), regroupées au sein de la Stop Tobacco Pollution Alliance (STPA), demandent à ce que le futur traité prenne en compte la pollution évitable des produits du tabac et de la nicotine, notamment en interdisant les filtres des cigarettes et les dispositifs de vapotage jetables.

Une pollution massive liée aux produits du tabac et de la nicotine

Les filtres de cigarettes sont la première forme de déchets plastique dans le monde – 4 500 milliards sont jetés dans la nature chaque année. Les filtres de cigarettes sont fabriqués à partir d’acétate de cellulose qui se dégrade uniquement dans des circonstances biologiques particulières. Il faut jusqu’à 15 ans pour sa totale dégradation. Ils peuvent libérer jusqu’à 7 000 substances chimiques et sont le principal contaminant d’origine humaine dans tous les océans. Rien qu’en France, on estime que 20 à 25 000 tonnes de mégots sont jetés chaque année dans la nature, soit l’équivalent du poids de deux tours Eiffel. Le Comité national contre le tabagisme (CNCT), rappelle par ailleurs que le filtre n’est qu’un outil marketing pensé par l’industrie du tabac pour recruter de nouveaux consommateurs et n’a aucune justification sanitaire pour le fumeur[1].

La pollution plastique est aussi aggravée par l’essor des nouveaux produits de la nicotine, en particulier les dispositifs de vapotage jetables. Ces dispositifs, constitués de plastique, circuits électroniques et métaux lourds, sont difficilement recyclables et très peu recyclés. Une étude de l’ONG Material Focus avait estimé qu’au Royaume-Uni, en 2022, 138 millions de cigarettes électroniques jetables avaient été vendues, soit assez de cuivre pour fabriquer 2 500 batteries de véhicules électriques et 370 000 chargeurs pour ces véhicules.

L’interdiction des filtres, une mesure portée par l’Organisation mondiale de la santé

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le secrétariat de la Convention-Cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) soutiennent l’interdiction immédiate des filtres de cigarette en tant que plastiques problématiques évitables et rappellent aussi que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs du traité plastique.

Au cours de la dernière session de la Conférence des parties de la CCLAT de l’OMS en février 2024 au Panama, les 183 Parties au traité ont notamment adopté une décision sur les « préoccupations environnementales liées au tabac, conformément à l’article 18 de la CCLAT de l’OMS ». Cette décision importante reconnaît que « les filtres à cigarettes en plastique sont des matières plastiques non essentielles, évitables, problématiques et à usage unique qui sont largement présentes dans l’environnement, tuent les micro-organismes et la vie marine et polluent les océans ». La décision souligne la pollution du sol et de l’eau par les déchets toxiques de l’industrie du tabac, notamment les piles, les cartouches en plastique et les métaux.

Enfin, la STPA demande à ce que le traité de l’OMS, la CCLAT, soit incluse dans le préambule du futur traité plastique arguant que ce dernier, ratifié par 183 Parties, inclut la dimension environnementale et qu’il importe de créer une synergie avec les autres traités des Nations Unies.

L’industrie du tabac ne doit pas être partie-prenante dans ces négociations

Les associations rappellent l’importance de protéger les intérêts de l’environnement et de la santé contre les intérêts commerciaux et particuliers de l’industrie du tabac. Par exemple, l’interdiction des filtres de cigarettes ne doit pas être utilisée pour justifier la création d’alternatives comme les filtres dits « biodégradables » par l’industrie du tabac qui permettraient de maintenir voire de développer le tabagisme et n’auraient aucun impact positif sur l’environnement.

Aussi, pour les membres de la STPA, l’industrie du tabac devrait être tenue financièrement responsable des coûts de nettoyage des déchets de produits du tabac selon le principe du pollueur-payeur. Cependant, pour être efficace, ce mécanisme ne doit pas être détourné par les fabricants de tabac comme une opportunité de communication ou d’activités de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) afin de bénéficier d’une image plus positive.

Crédit photo : ASH.org

Mots-clés : Traité plastique, INC4, pollution, plastique, environnement, filtre, RSE

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué, Négociations du traité plastique : le futur traité doit inclure la pollution évitable des produits du tabac, CNCT, publié le 23 avril 2024, consulté le jour-même

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 24 avril 2024