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La loi sur le contrôle du tabac au Nigeria reste majoritairement inappliquée

Neuf ans après l’adoption de la Loi nationale sur le contrôle du tabac au Nigeria, l’application reste largement insuffisante en raison de l’ingérence de l’industrie du tabac. Le tabagisme persiste dans les lieux publics et l’industrie du tabac continue de cibler directement les jeunes, exposant des millions de Nigérians à des dangers évitables.

La loi sur le contrôle du tabac, promulguée sous l’administration de l’ancien président Goodluck Jonathan, marque un effort significatif du Nigeria pour réguler la consommation de tabac et protéger la santé publique. Adoptée pour répondre aux défis croissants posés par le tabagisme et l’exposition à la fumée secondaire, elle vise à restreindre le tabagisme dans les lieux publics intérieurs tels que les restaurants, les bars et les lieux de travail. Cette législation interdit également la vente de cigarettes à l’unité et dans des kiosques, tout en promouvant des mesures éducatives pour sensibiliser le public aux dangers du tabac. Malgré ces efforts, l’application complète de la loi reste un défi, confronté à des obstacles tels que le manque de ressources pour faire respecter la réglementation et l’ingérence de l’industrie du tabac.

Une consommation de tabac très normalisée au Nigeria

Plus de 20 milliards de cigarettes sont fumées chaque année au Nigeria, avec environ 5,6 % des adultes utilisant actuellement des produits du tabac. Les lieux de socialisation comme les bars et les boîtes de nuit exposent jusqu’à 82 % de la population à la fumée secondaire, tandis que 29,3 % sont affectés lorsqu’ils visitent des restaurants. Le non-respect flagrant de la loi est observable non seulement dans la capitale, Abuja, mais aussi à travers toutes les grandes villes du pays. Les cigarettes sont vendues librement dans des kiosques et des parcs à véhicules, défiant ainsi les règlements en vigueur.[1]  En 2021, les organisations de la société civile nigériane pointaient le processus de « normalisation » du tabac dans la société et avaient lancé la campagne #SmokeFreeNollywood pour alerter sur la présence considérable du tabac dans les films et séries.[2] Un rapport de 2022 avait dénoncé la façon dont l’industrie du tabac a capturé l’espace virtuel au Nigéria pour promouvoir de manière agressive à la fois ses produits du tabac et une culture du tabagisme mais aussi ses activités de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Des icônes de la musique nigériane et du cinéma sont utilisés pour promouvoir les produits du tabac auprès des jeunes nigérians. Les principaux fabricants comme British American Tobacco, organisent régulièrement des soirées musicales et événements culturels dans la capitale nigériane ciblant directement les jeunes avec distribution gratuite de produits du tabac.

Le Nigéria est un marché clé de l’industrie du tabac en Afrique en raison de l’importance de sa population qui augmente rapidement (44% de la population a moins de 15 ans) et de son accès à d’autres marchés de la région.

L’ingérence de l’industrie du tabac dans la lutte antitabac

Malgré son adhésion à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT) le 20 juin 2005, le Nigeria fait face à des défis similaires à d’autres pays en matière d’application complète des mesures antitabac. En 2021, deux organismes africains, le Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA) avec le soutien de l’Alliance africaine pour le contrôle du tabac (ATCA), avaient sorti un rapport alarmant au sujet de l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques publiques nigériennes.

Le rapport montre qu’en dépit des lois et politiques claires en place, l’industrie du tabac continue de bénéficier d’avantages conséquents de la part des pouvoirs publics : participation à l’élaboration des politiques de santé, forte communication associée des actions dites de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Les ONG demandent ainsi à ce que le gouvernement protège les politiques de santé publique en matière de lutte antitabac contre les intérêts commerciaux et autres de l’industrie du tabac conformément à l’article 5.3 de la Convention-Cadre de l’OMS. Elles demandent une application de ces mesures de protection au sein de tous les ministères du gouvernement.

L’appel à action de l’OMS avec un renforcement de l’application des régulations anti-tabac

Face à cette situation critique, l’OMS appelle le Nigeria et d’autres pays africains à renforcer l’application des régulations anti-tabac, incluant une interdiction totale du tabagisme en public et de l’utilisation de cigarettes électroniques et à se prémunir de l’ingérence des fabricants de tabac. Lors de la Journée mondiale sans tabac 2024, le Dr Moeti Matshidiso, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, a souligné l’importance de protéger les jeunes contre les produits nocifs du tabac et les stratégies trompeuses de l’industrie du tabac pour les attirer.

Pour l’OMS, il est impératif que les gouvernements africains mettent en œuvre des mesures fiscales et de prix pour réduire la consommation de tabac, tout en renforçant la communication des risques pour la santé à travers des avertissements graphiques clairs. Ces actions sont essentielles pour protéger la santé publique et prévenir les millions de décès évitables liés à l’exposition à la fumée de tabac chaque année.

 

©Génération Sans Tabac

DT


[1] Patience Ivie Ihejirika, Smoking: Why Implementation Of Tobacco Control Act Is Crucial, Leadership, publié le 12 juin 2024, consulté le 14 juin 2024

[2] Génération sans tabac, Nigéria : L’industrie du tabac exploite les médias sociaux pour promouvoir ses produits, GST, publié le 27 juin 2022, consulté le 14 juin 2024

Comité national contre le tabagisme |

 

Publié le 19 juin 2024