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Istanbul : niveaux préoccupants de pollution par les microplastiques à cause des mégots de cigarettes

Une étude turque révèle des niveaux préoccupants de pollution par les microplastiques provenant des mégots de cigarettes sur les côtes d’Istanbul. Dirigée par Nuket Sivri de l’Université d’Istanbul-Cerrahpasa, cette recherche met en lumière l’impact environnemental de ces déchets toxiques.

Dirigée par Nuket Sivri, professeure au département de génie environnemental de l’Université d’Istanbul-Cerrahpasa, l’étude visait à évaluer la quantité de plastique émise par les mégots de cigarettes dans les environnements terrestres et aquatiques d’Istanbul. Un mégot de cigarette de 1 centimètre contient entre 15 000 et 17 600 particules de fibres microplastiques.[1] Et les chercheurs ont trouvé jusqu’à 35 mégots de cigarettes par mètre carré.

Les filtres, à l’origine d’une pollution plastique majeure

Un microplastique est une particule de plastique dont la taille est inférieure à 5 mm. Il s’agit d’un déchet que l’on peut retrouver dans nos océans, littoraux et qui peut être ingéré par des poissons, des mammifères marins mais aussi des oiseaux de mer. Les microplastiques sont aussi présents dans les cours d’eau, lacs, où ils peuvent contaminer des poissons d’eau douce. Ainsi, l’absorption de microplastiques par des animaux est nocive à leur organisme. Ces particules peuvent avoir des effets de type perturbateur endocrinien et nuire à la reproduction.[2] Les microplastiques représentent un danger avéré pour la santé de tous les êtres vivants.

Dans l’étude turque, les chercheurs ont collecté des échantillons de quatre zones côtières différentes à Istanbul et des échantillons terrestres de la zone du campus de l’Université d’Istanbul-Cerrahpasa. Les résultats ont montré qu’un mégot de cigarette de 1 centimètre de structure fibreuse contient entre 15 000 et 17 600 particules.

L’équipe de chercheurs a trouvé des résultats plus élevés du nombre de mégots de cigarettes jetés au sol par mètre carré par rapport aux études menées en Europe. Sur les côtes turques, les chercheurs ont récupéré jusqu’à 35 mégots de cigarettes par mètre carré. Dans certaines zones terrestres, le nombre de mégots de cigarettes trouvés était encore plus élevé, atteignant jusqu’à 116 mégots de cigarettes par mètre carré.

La libération de microplastiques par les mégots de cigarettes est significativement plus élevée que celle des sacs plastiques en raison des matériaux toxiques et des produits chimiques qu’ils contiennent. Dans l’étude, le filtre d’un mégot de cigarette pouvait libérer plus de 15 000 fibres microplastiques, alors qu’un sac plastique couramment utilisé en libère 100.[3]A cela s’ajoute le fait que les mégots de cigarettes contiennent non seulement ces fibres plastiques mais constituent en tant que tels des déchets particulièrement toxiques pour l’environnement.

Vers une possible interdiction mondiale des filtres ?

Les filtres de cigarettes sont la première forme de déchets plastique dans le monde – 4 500 milliards sont jetés dans la nature sur les 5 500 milliards produites chaque année. C’est pourquoi les filtres sont devenus un enjeu de poids dans le traité plastique, actuellement en négociations à l’échelle mondiale. L’interdiction des filtres de cigarettes et l’inclusion des nouveaux produits du tabac et de la nicotine sont les objectifs principaux des organisations de lutte contre le tabac et de protection de l’environnement qui sont regroupés au sein de la Stop Tobacco Pollution Alliance. Cette dernière demande à ce que le futur traité inclut la pollution évitable des produits du tabac. Les filtres de cigarettes représentent en effet un déchet plastique problématique, évitable à usage unique correspondant précisément aux produits à faire interdire dans le cadre de ce traité. Lors de la précédente session de négociations qui s’est tenue au Canada en avril dernier, plusieurs pays ont proposé d’interdire les filtres de cigarettes, notamment le Pérou, le Panama et la Suisse.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) soutient également cette interdiction immédiate des filtres de cigarettes quels qu’ils soient, la notion de filtres biodégradables n’existant pas dans les conditions réelles. Elle a rappelé aussi que la réduction de l’émission de ces déchets passait par une diminution importante de la consommation des produits du tabac et que la participation de la société civile était essentielle pour atteindre les objectifs du traité. Enfin, conformément à l’engagement des pays dans le cadre du traité de la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS, les organisations ont rappelé la nécessité que les représentants de l’industrie du tabac et d’autres acteurs privés ayant un conflit d’intérêts inhérent ne soient pas représentés en tant que « parties prenantes » dans les négociations.[4]

©Génération Sans Tabac

DT


[1] Seda Sevencan, Study finds alarming levels of microplastic pollution from cigarette butts on Istanbul’s shores, Anadolu Ajansi, publié le 31 mai 2024, consulté le 7 juin 2024

[2] Marie-Céline Ray, Microplastique : qu’est-ce que c’est ?, publié le 13 septembre 2020, consulté le 10 juin 2024

[3]Frontiers.org, The unignorable ecological impact of cigarette butts in the ocean: an underestimated and under-researched concern, publié le 22 septembre 2023, consulté le 10 juin 2024

[4] Génération sans tabac, Interdire le filtre est le seul moyen pour réduire la pollution liée aux mégots, GST, publié le 6 mars 2023, consulté le 7 juin 2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 12 juin 2024