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L’Indonésie peine à offrir des services d’aide à l’arrêt à ses fumeurs

Selon la dernière enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes en Indonésie, 63 % des 70,2 millions de fumeurs indonésiens avaient l’intention d’arrêter de fumer ou envisageaient de le faire. Malgré cette forte motivation, les services de sevrage tabagique existants dans le pays ne parviennent pas à soutenir efficacement ces personnes.

Selon ce même rapport, seuls 38,9 % des fumeurs qui se sont rendus dans des établissements de soins de santé ont reçu des conseils pour arrêter de fumer, ce qui met en évidence une lacune cruciale à laquelle il est urgent de remédier selon l’OMS[1].

Le fardeau du tabagisme en Indonésie

Parmi les adultes indonésiens (âgés de 15 ans et plus), 34,5 % consomment du tabac, dont près des deux tiers des hommes (65,5 %), soit l’une des prévalences les plus élevées au monde. On constate une augmentation inquiétante de la prévalence du tabagisme chez les femmes mais aussi une augmentation constante de la prévalence du tabagisme chez les mineurs âgés de 10 à 18 ans. Près de 300 000 Indonésiens décèdent chaque année en raison de la consommation de tabac et 50 000 de ces décès sont causés par le tabagisme passif.

L’Indonésie est l’un des rares pays au monde n’ayant pas ratifié la Convention-Cadre pour la lutte antitabac de l’OMS en raison d’un lobby de l’industrie du tabac très important. La publicité pour les produits du tabac est encore très répandue et les réglementations dans le domaine ou en matière d’interdiction de fumer demeurent insuffisantes pour protéger les Indonésiens et limiter l’accès aux produits du tabac, en particulier chez les enfants et les adolescents.

La nécessité d’offrir des services d’aide à l’arrêt pour les fumeurs

En réponse à ces défis, le ministère de la santé indonésien a collaboré avec l’OMS pour organiser une réunion de planification nationale sur le sevrage tabagique. Les principaux objectifs étaient de sensibiliser à l’importance d’une prise en charge du sevrage tabagique, d’identifier les défis et d’élaborer des recommandations clés pour un plan d’action national visant à améliorer ces services dans toute l’Indonésie. La réunion a rassemblé 45 représentants de divers ministères et organismes publics, ainsi que des membres d’organisations de la société civile et issus du monde universitaire.

Le Dr Dongbo Fu, médecin chargé du sevrage tabagique au siège de l’OMS à Genève, a fait part des recommandations de l’OMS et des meilleures pratiques en vigueur dans le monde entier. Il a insisté sur la nécessité d’un système global d’incitations à l’arrêt et de traitements, qui intègre des approches au niveau de la population, des interventions individuelles intensives et l’utilisation de médicaments figurant sur la liste de référence des médicaments essentiels de l’OMS. L’ensemble des participants se sont entendus pour renforcer l’accès aux services de sevrage en formant davantage les professionnels de santé afin que ces derniers puissent offrir à l’ensemble des patients des conseils sur le sevrage tabagique tout au long des parcours de soins. Ils ont par ailleurs proposé de s’appuyer sur la technologie numérique avec le développement d’applications mobile de sevrage afin que davantage de personnes puissent accéder à l’aide au sevrage tabagique.

Une politique de traitement via la prise en charge du sevrage tabagique n’est cependant qu’un des axes d’une stratégie de réduction de la consommation de tabac, qui pour être efficace, doit être complète. Une politique de sevrage est particulièrement difficile à mettre en œuvre indépendamment même du système de santé en l’absence d’autres réglementations protectrices notamment vis-à-vis de la prévention de l’entrée dans le tabagisme.

Des avancées très timides dans la lutte contre le tabagisme

Récemment, l’Indonésie a fait quelques progrès dans l’adoption de politiques antitabac. 456 villes et districts, représentant environ 86 % de l’ensemble des villes et districts d’Indonésie, ont adopté la mise en place d’espaces sans tabac. Mais la mise en œuvre effective de ces réglementations laisse encore beaucoup à désirer. L’un des principaux obstacles est le manque de données mesurables et d’outils de contrôle qui garantiraient l’application effective de ces politiques[2].

Selon l’enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes, un nombre alarmant d’adultes sont exposés au tabagisme passif : 74 % l’ont été dans des restaurants, 51 % dans des bâtiments publics ou des bureaux, 45 % dans des lieux de travail intérieurs et 41 % dans les transports publics. La mise en place d’espaces sans tabac est une mesure particulièrement coût-efficace qui protège non seulement les individus du tabagisme passif, mais contribue également à modifier les normes sociales entourant le tabagisme et encourage les fumeurs à cesser de fumer.

En décembre dernier, Le ministère indonésien de la santé a appelé à un renforcement des mesures de lutte contre le tabagisme pour enrayer la consommation de tabac. Il souhaite augmenter les taxes sur les produits du tabac et du vapotage et limiter la publicité pour ces produits ; il a particulièrement dénoncé la liberté dont profitent les industriels du tabac à ce niveau.

Mots-clés : Indonésie, sevrage, aide à l’arrêt, tabagisme, espaces sans tabac, lutte antitabac

©Génération Sans Tabac

AE


[1] Communiqué de presse, Breaking free: Enhancing tobacco cessation services to help Indonesians quit smoking, OMS publié le 3 janvier 2024, consulté le 4 janvier 2024

[2] Communiqué de presse, Indonesia launches innovative smoke-free area dashboard to protect public health, OMS publié le 18 juillet 2023, consulté le 4 janvier 2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 5 janvier 2024