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Etats-Unis : le lobby tabac très présent au niveau étatique et fédéral

Action on Smoking and Health (ASH) a publié la troisième édition de son outil de surveillance des lobbyistes et des cabinets de lobbying de l’industrie du tabac aux États-Unis. Le « Lobbyist Tracker » d’ASH est le premier outil à compiler et à analyser les activités de lobby de l’industrie du tabac aux États-Unis. Il compile les données publiques provenant des différents systèmes d’enregistrement et de déclaration des 50 États américains et du district de Columbia[1].

ASH a commencé à suivre les activités de lobbying de l’industrie du tabac en 2021, en pleine pandémie. L’association a constaté une augmentation significative des dépenses de l’industrie du tabac au niveau fédéral pour tenter de freiner les politiques de santé publique et de lutte antitabac.

Des anciens fonctionnaires fédéraux au service de l’industrie du tabac

Bien que les données de 2024 ne soient pas encore disponibles, l’industrie du tabac disposait en 2023 de 262 lobbyistes enregistrés au niveau fédéral, dont 75% d’entre eux étaient d’anciens fonctionnaires fédéraux susceptibles d’avoir un accès étendu à des personnes très influentes auprès de la Chambre des représentants, du Sénat ou encore auprès d’autres agences fédérales. Pour ASH, le retard conséquent de l’interdiction des cigarettes mentholées est le résultat de la forte ingérence de l’industrie du tabac en particulier au niveau fédéral à Washington.

En 2024, au niveau des États, un total de 1 027 lobbyistes ou de cabinets de lobbying de l’industrie du tabac a été identifié, impliquant 950 lobbyistes ou cabinets de lobbying distincts, soit une augmentation de 10,7 % par rapport à 2023. La Pennsylvanie et la Floride restent les deux États américains qui comptent le plus de lobbyistes de l’industrie du tabac (respectivement 76 et 60), tandis que l’Ohio (46) se hisse à la troisième place, devant le New Jersey, désormais en quatrième position en 2024 (43). Dans un rapport publié en janvier 2024, l’American Lung Association[2] évaluait les mesures prises par les États et le gouvernement fédéral pour lutter contre le tabagisme et la Pennsylvanie et la Floride faisaient partie des états ayant reçu les pires notes en matière de mesures antitabac mises en place.

Par comparaison, des états comme le Massachussetts ou la Californie qui ont mis en place des mesures efficaces (hausse de la fiscalité, interdiction des arômes, interdiction de vente, etc.) comptent très peu de lobbyistes enregistrés (8).

Une augmentation du nombre de lobbyistes en 2023

Bien que JUUL enregistre une baisse de 81 % du nombre de lobbyistes déclarés en 2024, l’analyse souligne une hausse pour les autres fabricants.

Altria (anciennement Philip Morris USA) a déclaré 315 lobbyistes ou cabinets de lobbying, couvrant les 50 États et le district de Columbia. Reynolds American disposait d’un total de 197 lobbyistes ou cabinets de lobbying couvrant 48 États. Depuis que Philip Morris International (PMI) Global Services a acquis Swedish Match en 2023, le nombre de lobbyistes employés a considérablement augmenté aux États-Unis. Pour ASH, cette fusion révèle un changement important dans les stratégies de lobbying de PMI qui promeut activement ses nouveaux produits du tabac (tabac chauffé, snus). Sous la propriété de PMI, Swedish Match a augmenté de 200 % le nombre de lobbyistes employés, passant de 8 lobbyistes et 3 cabinets de lobbying en 2021 à 128 lobbyistes et 17 cabinets de lobbying en 2024.

Ces données compilées mettent en lumière l’étendue de l’activité de lobby et des entreprises de lobbying du tabac dans chaque État américain. ASH rappelle qu’il existe un conflit irréconciliable entre les activités des fabricants de tabac et la santé publique.

Une tendance similaire dans l’Union Européenne

Cette forte ingérence ne se limite pas aux États-Unis. Le lobby du tabac maintient aussi une forte influence auprès de la Commission européenne et des états européens. Le département de la santé et celui de la taxation et des douanes de la Commission ont ainsi reçu 11 fois l’industrie du tabac et ses représentants en trois ans contre seulement 1 fois un représentant de la société civile.  Début avril, La médiatrice européenne, Emily O’Reilly[3], a une nouvelle fois mis en garde contre les risques liés à l’influence du lobby du tabac sur la Commission européenne. Celle-ci pointe des réunions non enregistrées et des procès-verbaux insuffisants ou absents lors des rencontres entre certains départements de la Commission et des représentants de l’industrie du tabac. Un groupe d’eurodéputés et la société civile ont également publié un Livre blanc le 11 avril dernier qui met notamment en lumière les liens entre la Commission européenne, le lobby du tabac et Dentsu Tracking[4], une société suisse en charge du système européen de suivi et traçabilité des produits du tabac. Le système mis en place et les liens de Dentsu avec l’industrie du tabac signifient que le dispositif n’est pas conforme au protocole de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) visant à éliminer le commerce illicite du tabac pourtant ratifié par l’UE en juin 2016. En outre, l’efficacité même du système est interrogée au regard des annonces faites d’augmentation du commerce illicite de tabac depuis sa mise en œuvre en 2019.

©Génération Sans Tabac

AE


[1] U.S. TOBACCO LOBBYIST AND LOBBYING FIRM REGISTRATION TRACKER, Action on smoking and Health, publié le 2 mai 2024, consulté le 3 mai 2024

[2] Génération sans tabac, L’Association pulmonaire américaine demande à la Maison Blanche de se positionner rapidement sur l’interdiction du menthol, publié le 25 janvier 2024, consulté le 3 mai 2024

[3] Génération sans tabac, La médiatrice européenne tire la sonnette d’alarme sur l’influence du lobby du tabac sur la Commission, publié le 8 avril 2024, consulté le 3 mai 2024

[4] Tobaccogate Continues: The intriguing case of Dentsu Tracking, Euroreporter, publié le 27 avril 2024, consulté le 3 mai 2024

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 14 mai 2024