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Des influenceurs australiens font la promotion des sachets de nicotine pour arrêter le vapotage

Une enquête du Guardian Australia indique que plusieurs influenceurs australiens présentent les sachets de nicotine comme des outils de sevrage des cigarettes électroniques. Alors que ces produits sont interdits à la vente dans ce pays, influenceurs et industriels du tabac nient toute collaboration.

Se plaçant entre la gencive et la lèvre, sur le mode des snus (sachets de tabac) avec qui ils sont souvent confondus, les sachets de nicotine (« nicotine pouches ») font partie des produits émergents activement promus par l’industrie du tabac. Ces sachets de nicotine contiennent soit de la nicotine free-base (extraite du tabac), soit de la nicotine de synthèse, dans des proportions pouvant être très élevées.

Pour les sachets de nicotine comme pour les cigarettes électroniques, les industriels du tabac ont fortement investi les réseaux sociaux afin d’assurer la publicité et la promotion de ces produits vers les adolescents et les jeunes adultes. Une enquête du Bureau of Investigative Journalism avait ainsi montré, en 2021, que British American Tobacco (BAT) avait investi un milliard de livres sterling (1,16 milliards d’euros) dans ce type de communication et avait recruté des influenceurs dans différents pays. Ce phénomène semble également aujourd’hui en Australie autour des sachets de nicotine, comme le révèle une enquête du Guardian Australia[1].

Des produits illégaux en Australie

En pointe de la lutte antitabac, l’Australie a récemment renforcé sa législation sur les produits émergents. Comme c’est le cas pour les cigarettes électroniques, la vente de sachets de nicotine serait, dans ce pays, uniquement légale sur prescription médicale. Aucune marque de sachets de nicotine n’a cependant émis de demande d’autorisation auprès de la Therapeutic Goods Administration (TGA). De fait, la vente de sachets de nicotine est illégale en Australie.

Malgré cette interdiction de vente et celle d’en faire de la publicité, les sachets de nicotine sont fortement promus sur les réseaux sociaux australiens par des influenceurs de TikTok et Instagram. Si ces influenceurs ne vendent pas directement ces produits, ils renvoient vers un site marchand illégal, qui annonce ces sachets de nicotine comme légaux.

Les influenceurs se défendent de toute action publicitaire ou promotionnelle

Ces influenceurs relaient généralement le discours des fabricants, avec des arguments insistant sur la discrétion de ces produits et suggérant leur utilisation dans les situations où il n’est possible ni de fumer, ni de vapoter. Ces produits peuvent aussi être présentés comme des « alternatives » au tabac fumé, voire – selon les fabricants – comme une méthode d’arrêt du tabac.

La nouveauté observée récemment chez les influenceurs australiens est de présenter les sachets de nicotine comme des outils de sevrage des cigarettes électroniques. La prévalence du vapotage régulier a en effet atteint 19,8 % chez les 18-24 ans en 2023, tandis que la prévalence tabagique n’est plus que de 10,1 %[2]. Différentes alertes, notamment en milieu scolaire, ont signalé les grandes difficultés que peuvent rencontrer les adolescents et les jeunes adultes lorsqu’ils cherchent à arrêter le vapotage.

L’un de ces influenceurs proposait à ses visiteurs une offre de réduction sur un site marchand, tout en proclamant qu’il ne faisait qu’exposer sa propre méthode d’arrêt du vapotage, sans en faire la promotion. L’audience de chacun de ces influenceurs se chiffre en dizaines de milliers d’internautes, la vidéo la plus visitée sur ce sujet totalisant deux millions de vues.

Les fabricants nient toute implication dans la promotion de leurs produits

Au nom du gouvernement fédéral australien, le ministre de la Santé, Mark Butler, a vivement condamné ces pratiques commerciales, en particulier lorsqu’elles ciblent des mineurs[3]. Il a rappelé que, selon la TGA, les sachets de nicotine ne peuvent actuellement être vendus en Australie, que ce soit en ligne ou en magasin physique, et que des actions répressives seront menées.

Les influenceurs identifiés par The Guardian ont tous nié être liés aux fabricants par un quelconque lien d’intérêt, même lorsqu’ils orientent vers le site d’un revendeur ou qu’ils citent une marque internationale. Les deux principaux producteurs de sachets de nicotine, Philip Morris International (marque Zyn) et BAT (marque Velo, anciennement Lyft) se sont également défendus de tout lien avec ces influenceurs. Un représentant de BAT a même réclamé la fermeture immédiate des sites de revente. L’histoire de l’industrie du tabac est pourtant émaillée de groupes tiers et de chercheurs dont les conflits d’intérêts avec l’industrie du tabac sont avérés, mais systématiquement niés.

Mots-clés : Australie, sachets de nicotine, influenceurs, TikTok, Instagram, Zyn, Velo

©Génération Sans Tabac

MF


[1] May N, ‘All good to take to school?’: Australian influencers promote flavoured nicotine pouches to vape-addicted youths, The Guardian Australia, publié le 6 février 2024, consulté le 8 février 2024.

[2] Borys S, Over 3.5 million Australians aged 14 or over vape or smoke, new data has revealed, ABC News, publié le 2 juin 2023, consulté le 8 février 2024.

[3] May N, Butler J, Albanese government condemns ‘widespread marketing’ of nicotine pouches to young people, The Guardian Australia, publié le 7 février 2024, consulté le 8 février 2024.

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 16 février 2024