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China Tobacco aurait altéré la traduction chinoise de la Convention-cadre pour la lutte antitabac

Une enquête de The Examination indique que la version chinoise du traité de l’OMS aurait été dictée par la China National Tobacco Corporation. Des dizaines de modifications auraient été apportées, utilisant des formulations moins contraignantes que celles employées dans le traité. 

Adoptée en 2003, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), portée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), est le premier traité international de santé. Elle contraint les 183 parties l’ayant ratifiée à prendre des mesures dont l’efficacité a été démontrée pour protéger les populations des dangers du tabagisme. Elle exige, par exemple, d’adopter des interdictions de fumer dans les lieux publics pour protéger de l’exposition au tabagisme passif et d’interdire la publicité, la promotion et le parrainage pour les produits du tabac.

Une enquête du média The Examination montre aujourd’hui que la traduction chinoise de la CCLAT a été fortement influencée par la China National Tobacco Corporation (CNTC), l’entreprise publique détenant le monopole du tabac en Chine[1].

Une traduction où les obligations ont été assouplies

En 2003, la délégation chinoise en charge de l’adoption de la CCLAT comprenait plusieurs représentants de la CNTC. Elle a accepté de signer la traduction en chinois de la version définitive de la CCLAT sous condition d’obtenir un délai de relecture. Pendant celui-ci, des dizaines de subtiles modifications ont été apportées par la CNTC à la traduction de l’OMS. Les obligations (« doit ») sont ainsi devenues des options (« devrait »), et les expressions absolues (« total ») ont été assouplies (« large »). Vingt ans après son adoption, cette version révisée par la CNTC servirait encore de traduction officielle, selon l’experte en traduction mandatée par The Examination.

Ce chapitre obscur de la lutte contre le tabagisme avait été rapporté en 2018 dans un ouvrage consacré à l’histoire de l’industrie du tabac en Chine, co-signé par l’activiste antitabac Wu Yiqun. L’histoire de cette traduction faussée n’avait jusqu’ici pas été portée à l’attention du grand public, elle était cependant connue depuis 2005. A tout le moins, elle confirme la nécessité de respecter l’article 5.3 de la CCLAT, qui stipule que les politiques publiques de santé doivent être protégées des interférences de l’industrie du tabac. La présence de dirigeants de la CNTC au sein de la délégation chinoise est en elle-même un problème.

La CNTC freine la lutte antitabac en Chine

Principal marché du tabac au monde, la Chine consomme 48 % du tabac en circulation. Si la prévalence tabagique a globalement régressé dans le monde au cours des vingt dernières années, elle est restée stable en Chine, où le tabagisme demeure une norme. Ceci est notamment dû aux efforts de la CNTC pour empêcher l’adoption des mesures de protection les plus efficaces (interdictions de fumer, augmentation du prix…) et pour maintenir un haut niveau de consommation. La CNTC a aussi essayé d’empêcher l’adoption de mesures lors des conférences des parties (COP) de la CCLAT, entre autres les directives d’application sur l’étiquetage et le conditionnement avec de larges avertissements sanitaires graphiques.

Exerçant un monopole d’Etat, la CNTC est une entreprise publique qui a rapporté, en bénéfices ainsi qu’en taxes, 213 milliards de dollars (195 milliards d’euros) à l’Etat chinois en 2022. Ceci représente 7 % des revenus de l’Etat, soit l’équivalent du budget annuel de la Défense. Longtemps restée concentrée sur le marché intérieur chinois, la CNTC s’active depuis plusieurs années à l’export pour s’imposer parmi les multinationales du tabac.

Le tribut sanitaire du tabagisme pour la population chinoise, qui ne cesse de croître et d’absorber les ressources du système de santé, devrait pourtant relativiser les sommes perçues du commerce du tabac. Les études conduites dans d’autres pays sur le coût social lié au tabac indiquent ainsi que les coûts pour la collectivité peuvent être jusqu’à dix fois supérieurs aux taxes engrangées. 3000 personnes meurent chaque jour du tabagisme en Chine, soit plus d’un million de personnes par an, ces chiffres étant appelés à progresser dans les prochaines années.

Mots-clés : Chine, CNTC, CCLAT, traduction   

©Génération Sans Tabac

MF


[1] McLure J, Leung S, How a tobacco giant changed a global anti-tobacco treaty, The Examination, publié le 20 décembre 2023, consulté le 21 décembre 2023

Comité national contre le tabagisme |

Publié le 28 décembre 2023